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Moyen Orient et Monde

Israël / Iran : une stratégie de « grignotage » dangereuse

Syrie

Première confrontation directe entre l’État hébreu et la République islamique sur le sol syrien : une douzaine de cibles visées par Israël qui perd un F-16.

12/02/2018

La fièvre semblait être retombée hier, après deux jours de tensions dues à des affrontements d’une ampleur sans précédent entre Israël et l’Iran par conflit syrien interposé. Il s’agissait de la première confrontation directe, dans le cadre du conflit syrien, entre les deux camps. 

Samedi à l’aube, un drone iranien entré dans l’espace aérien israélien a été abattu. S’en sont suivis des raids israéliens de représailles contre la base militaire syrienne T4, près de Palmyre, d’où il était parti. L’un des F-16 israéliens impliqué dans ce raid a été détruit par la DCA (défense anti-aérienne syrienne), une première depuis plus de trente ans dans l’histoire de l’aviation israélienne. Les deux pilotes, qui ont eu le temps de s’éjecter de l’appareil au-dessus d’Israël, ont été hospitalisés. L’aviation israélienne a immédiatement répliqué par une série de frappes visant une douzaine de cibles syriennes et iraniennes dans le centre et le sud de la Syrie, dont trois batteries syriennes de défense anti-aériennes et quatre cibles « appartenant au dispositif militaire iranien en Syrie », selon l’armée israélienne.

Depuis 2012, Israël a mené plusieurs dizaines de raids en Syrie contre des convois d’armes ou autres cibles liées à l’Iran, mais c’est la première fois qu’un affrontement de cette ampleur a lieu. L’escalade augure d’une nouvelle phase dans le conflit syrien, déjà passablement complexe. Le Hezbollah a d’ailleurs salué samedi « le début d’une nouvelle ère stratégique, qui met un terme à la violation de l’espace aérien et du territoire syriens ».
Les développements du week-end surviennent quelques jours après des frappes similaires israéliennes contre un centre de recherches à Jamraya, près de Damas, et qui serait impliqué dans le programme chimique gouvernemental syrien, ainsi qu’un dépôt d’armes. Certains observateurs ont d’ailleurs souligné que l’envoi d’un drone par l’Iran était une réaction aux raids israéliens de la semaine dernière, comme pour mettre une limite aux actions de l’État hébreu en Syrie.

Depuis le début de l’intervention russe aux côtés de Bachar el-Assad le 31 septembre 2015, l’armée gouvernementale syrienne et ses alliés sur le terrain ont réussi à inverser la donne et à récupérer une grande partie des territoires perdus depuis 2011, infligeant une défaite cuisante aux détracteurs du régime. « Les deux camps tentent d’établir leurs propres règles du jeu, tout particulièrement l’Iran qui veut montrer que depuis la victoire d’Assad à Alep, Israël ne peut pas espérer opérer aussi librement qu’avant en Syrie », décrypte pour L’Orient-Le Jour Michael Horowitz, spécialiste du Moyen-Orient à LeBeck International, un think tank basé à Bahreïn, et qui rappelle qu’en septembre dernier, un drone de production iranienne avait également été abattu en Israël deux semaines après une frappe israélienne en profondeur près de la côte syrienne. « Il est donc bien possible que l’envoi du drone iranien représente une réponse de la part de Téhéran, tout à la fois à la frappe contre le centre de recherches de Jamraya, mais aussi aux efforts israéliens visant à mobiliser la Russie pour contenir les ambitions de son partenaire en Syrie. »

(Lire aussi : Attaques israéliennes en Syrie : le Liban va protester à l'ONU contre les violations de son espace aérien)


Rôle russe
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’évertue en effet à mettre toutes les cartes de son côté et n’a de cesse de pousser Moscou à contenir les agissements de Téhéran dans la région. Mais si Benjamin Netanyahu met souvent ses relations avec le président russe Vladimir Poutine en avant, la position russe semble garder toute son ambiguïté. Des militaires russes se trouvent sur la base T4, d’où est parti le drone iranien, et visée par l’aviation israélienne. Le commandement russe ne pouvait donc qu’être au courant de l’initiative iranienne, mais n’a pas prévenu Israël. « La Russie pratique une politique multilatérale qui vise à maintenir de bonnes relations diplomatiques avec les puissances régionales, dont Israël. Mais il est clair que, bien que Poutine respecte et comprenne les besoins sécuritaires d’Israël, le Kremlin est bien plus dépendant de son partenaire iranien », avance M. Horowitz. Le ministère russe des Affaires étrangères a rapidement réagi samedi, appelant les deux parties à la retenue, tout en mettant Israël en garde contre toute attaque pouvant mettre son personnel militaire en danger. 

De leur côté, les États-Unis ont réaffirmé leur soutien à Israël, qui a multiplié hier les avertissements à l’intention de l’Iran. Le ministre israélien des Renseignements, Yisrael Katz, a réaffirmé hier que son pays n’accepterait « aucune implantation militaire de l’Iran en Syrie ». « Nous avons les moyens de savoir tout ce qui se passe en Syrie comme nous l’avons prouvé lors des attaques de samedi. Notre supériorité aérienne est totalement préservée », a-t-il assuré. Le ministre de l’Éducation, Naftali Bennett, a quant à lui comparé la République islamique à une « pieuvre contre laquelle il faut mener une bataille diplomatique, économique, sur le front des renseignements et aller au-delà si nécessaire ». « Plutôt que de se battre contre les tentacules de la pieuvre, il faut s’en prendre à sa tête », a-t-il asséné. 

(Lire aussi : Israël ne permettra pas un "ancrage" militaire de l'Iran en Syrie, prévient Netanyahu)


Israël a pourtant déjà affirmé à plus d’une reprise ne pas vouloir une escalade, répondant de manière ciblée à ce qu’elle considère comme une menace et réitérant régulièrement son droit à « se défendre » contre la présence croissante de l’Iran à sa frontière. Les deux parties semblent constamment se mesurer l’une à l’autre, sans faire mine de reculer, usant d’une stratégie de « grignotage » pour gagner en influence, « où Téhéran en est clairement à ses dernières bouchées », d’après Michael Horowitz. « On est dans une stratégie de “dissuasion dynamique” : chacun des deux camps complexifie sa réponse à une attaque en ajoutant un nouveau vecteur ou en intensifiant ses représailles. C’est une situation extrêmement dangereuse pour la région : avec l’escalade de ce samedi, Israël ne peut pas faire moins que de répondre de manière encore plus importante à toute intrusion sur son territoire. De son côté, l’axe iranien ne peut plus ignorer les raids israéliens en Syrie sans perdre la face », détaille l’expert, pour lequel la stratégie iranienne s’inscrit dans le long terme, non seulement pour consolider l’autoroute chiite de Téhéran à la Méditerranée, mais aussi « assurer la viabilité du régime iranien ».



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Pierre Hadjigeorgiou

L'Iran implosera bientôt et toutes les puissances, régionales comme internationales, ne seront que heureuses de voir faire. Aucune dictature n'a pu se maintenir a jamais. Seules les Démocraties respectueuses de leurs systèmes, constitution et lois sont pérennes. Nous allons vivre bientôt des changements majeures dans la région et ce qui s'est passé entre l'Iran et Israël n'est pas du tout anodin... A suivre...

Bery tus

Ben dit donc pas du tout d’accords avec ce tink tank ... car les réponses de l’Iran ne sont pas de la même catégorie que celle d’isrsel Voyons donc !!! Et la Russie n’a pas condamner l’attaque à proprement parler ... et bien que la Russie essaye d’avoir de bon rapport diplomatique avec les pays de la région se ranger derrière l’iran Contre Israël provoquerai jusqu’en Russie même de graves pbs surtout que les usa ont fait comprendre qu’elle se rangeait derrière Israël par la même la russie ne pourra rien entreprendre car comme on le sait tous déjà ils sont de connivence et se sont déjà partager les zones d’influances

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