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Pour les évacués de la Ghouta, un voyage épuisant dans une Syrie divisée

Reportage

Depuis le 22 mars, plus de 17.000 personnes -des combattants privés de la plupart de leur armement, leurs familles, mais aussi de simples habitants- ont quitté les territoires rebelles dans l'enclave près de Damas.

OLJ/AFP/Abdulmonam EASSA et Omar HAJ KADOUR
28/03/2018

Le front collé à la vitre, la petite fille scrute le paysage d'immeubles éventrés, tandis que le bus se met lentement en branle. Pour les rebelles et civils évacués de la Ghouta orientale, c'est le début d'un périple épuisant dans une Syrie divisée.

Sous haute escorte des militaires russes, un voyage de douze heures, qui se fait généralement de nuit, attend les milliers d'évacués qui quittent le dernier bastion rebelle aux portes de la capitale, reconquis à plus de 90% par le régime, pour rejoindre la province d'Idleb (nord-ouest) qui échappe au contrôle de Damas. Mais avant, il faut s'armer de patience, et attendre à la périphérie de Damas de très longues heures durant, que soient remplis les dizaines de bus qui prendront finalement la route.

Depuis le 22 mars, plus de 17.000 personnes -des combattants privés de la plupart de leur armement, leurs familles, mais aussi de simples habitants- ont quitté les territoires rebelles dans la Ghouta.

"On a été fouillé, ils ont pris nos noms, et ils ont pris plusieurs chargeurs de munitions à chaque combattant", confie Mohamed Omar Kheir, 20 ans, alors qu'il s'apprête à quitter la Ghouta. "La police militaire russe supervisait toute l'opération", poursuit-il, rapportant de très longues heures d'attente.

Au milieu d'un paysage apocalyptique à Arbine, ex-fief rebelle ravagé par le pilonnage du régime, hommes, femmes et enfants juchés sur des monticules de décombres attendent d'embarquer avec leurs maigres possessions: des sacs de jute, des couvertures, des baluchons modestes. Sur l'autoroute à la périphérie de Damas, le convoi n'en finit plus de s'allonger, attendant le feu vert du départ vers Idleb. Dans un bus, des décorations kitsch pendent du plafond: des grappes de raisin en plastique, de la fausse fourrure.


(Lire aussi : Dans la Ghouta, ces Syriens à la recherche d'un proche détenu par les rebelles)


Insultes
Un militaire russe monte dans le véhicule, supervisant les soldats syriens qui effectuent une dernière inspection.  L'ambiance est décontractée. "Il ne parle pas deux mots d'arabe", plaisante un des évacués.

Un peu plus loin, deuxième arrêt. Cette fois-ci, le Croissant-Rouge syrien distribue des biscuits, des pistaches, de l'eau.

Le convoi se met enfin en branle, pour quitter la région de Damas et ses paysages verdoyants et rejoindre Idleb, plus au nord. Tout au long de la route, les équipes de militaires russes, qui escortent les bus à bord de leurs propres véhicules, vont se relayer.

Peu à peu la fatigue du voyage se fait ressentir. Les geignements des enfants se font plus insistants. "Arrête", crie sèchement une mère. "Assieds-toi", confie plus doucement un papa à sa fille.

Le convoi continue de progresser vers le nord, en territoire du régime. Le port méditerranéen de Tartous. La ville de Banias. Puis la province de Hama.

Sur la route, un quartier résidentiel modeste tenu par le gouvernement. Ici, pas de destructions visibles. De hauts palmiers se dressent, le long d'une rue bordée par des immeubles à la façade entretenue. A un carrefour, les portraits du président Bachar el-Assad, et de son prédécesseur, son père Hafez, apparaissent accompagnés des couleurs du drapeau syrien.

A un barrage de contrôle du régime, plusieurs soldats, rangés des deux côtés de la route, regardent passer les bus. Ils filment le convoi avec leur portable, ou effectuent un doigt d'honneur, tout sourire. Plein de mépris, les passagers lâchent une volée d'insultes.


(Lire aussi : Jaïch al-Islam refuse de quitter la Ghouta orientale )


"Enfer total"
Enfin, le convoi arrive au village de Qalaat al-Madiq, secteur sous contrôle rebelle de la province de Hama (centre) et escale coutumière sur la route vers Idleb. Au cours des deux dernières heures du périple, le silence règne dans les bus. Les plus jeunes se sont endormis. Les adultes sont épuisés.

Valises pleines à craquer et sacs en plastique bourrés d'affaires sont déchargés. Des secouristes transportent les blessés vers une clinique mobile pour leur prodiguer les premiers soins. Installé sur une chaise roulante, un jeune homme au crâne bandé attend son tour.  A même le sol, les voyageurs se reposent avant de devoir une nouvelle fois prendre la route, en direction de camps de déplacés, ou chez un proche. Installée près des bagages, une jeune fille dévore une banane.

A la faveur de son offensive dévastatrice lancée le 18 février, le régime a déjà reconquis plus de 90% des territoires rebelles dans la Ghouta. Plus d'un mois de frappes aériennes et de combats ont tué plus de 1.600 civils, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Notre situation était vraiment très difficile. Ils nous ont privé de tout ce qu'il y a de plus basique. On n'avait plus d'eau, beaucoup de maladies se sont développées", lâche Mohammed, qui vient d'arriver. "Ils ont transformé notre vie en un enfer total".



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