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Dans la Ghouta, ces Syriens à la recherche d'un proche détenu par les rebelles

Conflit syrien

Alors que les évacuations se poursuivent dans l'enclave, une vingtaine de personnes, des civils et des soldats détenus par les factions rebelles ont été relâchés par les insurgés.

OLJ/AFP/Maher AL MOUNES
27/03/2018

Depuis trois jours, Mays Ahmad campe aux portes de Damas, avec les soldats du régime syrien. La jeune fille espère retrouver son père et son frère, kidnappés par les rebelles de la Ghouta orientale il y a plus de quatre ans.

"J'ai peur qu'ils sortent de nuit et qu'ils ne me trouvent pas, je vais rester ici jusqu'à ce qu'ils soient libérés", lâche Mays, postée sur une route empruntée par les rebelles, qui évacuent par milliers leur dernier bastion dans la périphérie de la capitale.

Comme elle, des dizaines d'autres attendent. Ils ont l'espoir, mince mais tenace, de revoir un proche détenu par les insurgés, dont ils n'ont parfois pas eu de nouvelles depuis plusieurs années.
Car en vertu des accords imposés par le pouvoir de Bachar el-Assad et son allié russe pour évacuer rebelles et civils vers le nord-ouest de la Syrie, des libérations d'otages et des échanges de prisonniers sont prévus.

"Notre dernier contact, c'était il y a un mois, ils m'ont dit qu'ils allaient bien. Après ça, plus rien. Mon seul espoir maintenant, c'est Dieu", confie la jeune femme d'une vingtaine d'année, ses propos entrecoupés par des sanglots.
Elle a fait le voyage depuis Tartous (ouest), un port sur la côte méditerranéenne. Cela fait trois jours maintenant qu'elle dort sur le gazon brûlé. Dans la localité de Harasta, les soldats partagent avec elle leur ration de nourriture et d'eau.

Mays avait été kidnappée avec son père, Hossam, et son frère, Zein, en décembre 2013, quand les rebelles ont pris le contrôle de la cité ouvrière d'Adra, au nord-est de Damas. Elle seul avait finalement été relâchée.


(Lire aussi : Jaïch al-Islam refuse de quitter la Ghouta orientale )



"Ahd a parlé"
"Je n'ai plus d'yeux à force de pleurer. Ma mère a le cœur brisé par l'attente. Je l'ai laissée à l'hôpital. Elle guérirait immédiatement si elle apprenait qu'ils vont bien", soupire-t-elle.

Comme son père et son frère, des dizaines de milliers de personnes sont portées disparues en Syrie, ravagée depuis 2011 par une guerre meurtrière qui oppose de multiples belligérants, tous accusés de commettre des exactions envers les civils. Mais ces derniers jours, alors que les évacuations se poursuivent dans la Ghouta orientale, une vingtaine de personnes, des civils et des soldats détenus par les factions rebelles Faylaq el-Rahmane et Ahrar el-Cham, ont été relâchés par les insurgés.

Sabah Saloum est donc venue à Harasta avec son mari et sa fille dans l'espoir de retrouver son fils Ahd, enlevé lui aussi par les rebelles à Adra. La sexagénaire, tout de noir vêtue, a juré de ne jamais porter de vêtements de couleur avant de revoir son fils. En plus de quatre ans, la famille ne lui a parlé que trois fois.

Soudain, sa fille s'approche en courant pour lui tendre le portable. C'est Ahd, qui leur annonce qu'il va bien et qu'il devrait bientôt sortir. "Ahd a parlé! Ahd a parlé!" s'exclame Mme Saloum, pleurant des larmes de joie, s'agitant avec excitation, perdant le léger châle blanc qui couvre ses cheveux aux racines grisonnantes, noués en un chignon hâtif.
"Pas un instant, je n'ai perdu l'espoir de le voir sortir", soupire la maman de 63 ans au visage fatigué. "Mon cœur n'avait plus connu la joie avant que je n'entende sa voix. On va rester à l'attendre jusqu'à ce qu'on puisse le voir".


(Lire aussi : Difficile retour à la vie normale pour les assyriens de Syrie)



"Douleur"
En novembre 2015, des otages, capturés par les insurgés à Adra, avaient été placés dans des cages de fer, disposées sur les places des villes en territoire rebelle dans la Ghouta, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Ces "boucliers humains", utilisés pour dissuader le régime de frapper, étaient des soldats de l'armée mais aussi des civils alaouites, la minorité dont est issue le président Bachar el-Assad, selon l'ONG.

Akil Myita, 49 ans, est venu à Harasta à la recherche de son neveu, soldat dans l'armée, capturé en mai 2016 par les rebelles sur le front du quartier de Jobar, dans le sud de Damas.

"Il y a un an, on est entré en contact avec ceux qui le détiennent. Ils ont demandé 5.000 dollars, des munitions et des médicaments", déplore le quadragénaire. Il frappe ses cuisses de frustration en regardant s'éloigner des bus transportant des rebelles et leurs familles.
"Ce n'est pas juste. A quoi servent les accords si les geôliers partent en toute sécurité, tandis qu'on ignore tout du sort de mon neveu", lâche-t-il avec colère. "Personne ne ressent notre douleur. Au moins, la mère du martyr peut trouver le sommeil. Mais la mère du prisonnier, elle, ne dort pas".


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PAUL TRONC

Voilà ce qui enrage les occidentaux alliés des wahabites MANIPULÉS par israel.

Ils s'en prennent à la Russie du génial Poutine.

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