À moins d’un imprévu, il est attendu que se tienne aujourd’hui la rencontre tripartite à Baabda qui regroupera le chef de l’État Michel Aoun, le président de la Chambre Nabih Berry et le Premier ministre Saad Hariri. Cette réunion survient au lendemain de la crise provoquée par les propos du chef du Courant patriotique libre et ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, qui avait traité M. Berry de « voyou » dans une vidéo qui a largement circulé sur les médias sociaux.
L’incident avait enflammé la rue chiite et provoqué les partisans et sympathisants du patron d’Amal, donnant lieu à des débordements inquiétants, notamment dans le quartier de Hadeth.
Le calme est toutefois revenu lorsque le chef de l’État avait pris l’initiative d’appeler M. Berry, un geste de conciliation qui s’est conclu par la décision de la réunion des trois pôles de l’État à Baabda. La tension entre MM. Bassil et Berry s’est répercutée sur le congrès de la LDE (Lebanese Diaspora Energy) qui s’est tenu le week-end dernier à Abidjan. Boycotté par un certain nombre de Libanais de la diaspora en signe de solidarité avec M. Berry, le congrès a tout de même eu lieu, mais en l’absence du ministre des Affaires étrangères lui-même, qui s’est adressé aux participants par vidéo, après avoir été déclaré indésirable par un groupe de Libanais résidant à Abidjan.
La tension entre les deux composantes chrétienne et chiite a ainsi atteint son paroxysme au cours de la semaine dernière, sur fond de crispation confessionnelle de part et d’autre. Commentant les derniers développements survenus, un observateur a estimé que le comportement de M. Berry lors de cet épisode a fini par servir la cause de M. Bassil, les partisans du président du Parlement s’étant véritablement comporté « en voyous », en bloquant les rues et en brûlant des pneus, justifiant ainsi le qualificatif utilisé par le patron du CPL à l’encontre de leur chef, qui a attribué ces remous à une cinquième colonne.
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Le Hezbollah a pris la défense de M. Berry dans ce bras de fer, ce qui n’a pas manqué de susciter l’étonnement, voire un mécontentement parmi les aounistes qui s’attendaient à ce que le parti chiite prenne plutôt position en faveur du CPL.
Profondément déçus, plusieurs responsables au sein du courant aouniste se sont interrogés sur l’avenir de l’accord d’entente conclu entre le CPL et le Hezbollah en février 2006. Effectuant un bilan des douze années de relations entre les deux formations, certains cadres aounistes ont été jusqu’à dire que le CPL a tout donné au Hezbollah et lui a assuré une couverture politique et populaire notamment au sein de la communauté chrétienne, mais n’a rien reçu en contrepartie.
Les sources tiennent en outre à nuancer les affirmations émanant du parti chiite selon lesquelles ce dernier aurait assuré l’accès de Michel Aoun à Baabda, en affirmant que le Hezbollah n’avait pas d’autre choix, n’ayant pas avalisé cette option de manière explicite. Une fois à la tête de l’État, le président a continué de soutenir le parti chiite, toujours sans contrepartie. D’ailleurs, deux semaines après l’élection de M. Aoun, et la veille du défilé militaire prévu à l’occasion de la fête de l’Indépendance, le Hezbollah a organisé un contre-défilé militaire en Syrie à la frontière libanaise, défiant ainsi l’événement symbole de la souveraineté libanaise. Il a également œuvré à saboter la victoire de l’armée contre le terrorisme suite à la bataille l’« Aube des jurds », en concluant la transaction pour l’exfiltration en Syrie des éléments de Fateh el-Cham et de l’État islamique, au lieu de les faire arrêter et juger.
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À cela, il faut ajouter les positions politiques affichées par le parti chiite à intervalles réguliers et qui, souvent, ont desservi le régime, sans oublier les positions officielles de l’Iran telles que la célèbre déclaration du président iranien, Hassan Rohani, lorsqu’il avait affirmé que le Liban était sous influence iranienne et qu’aucune décision importante ne pouvait être prise sans l’aval de Téhéran.
Dans les milieux du CPL, on tient également à rappeler les positions du ministre des Affaires étrangères lors des réunions au sommet des pays arabes au cours desquelles M. Bassil a clairement soutenu le Hezbollah, ce qui lui a valu un tonnerre de critiques, et au Liban d’en payer le prix, les pays du Conseil de coopération du Golfe ayant drastiquement réduit leurs investissements et boycotté le tourisme dans ce pays.
Évoquant les récentes critiques adressées par M. Bassil au Hezbollah, la dernière en date étant dans le cadre de l’interview accordée il y a quelques jours à l’hebdomadaire Magazine, des responsables du CPL précisent que ces positions ne sont pas nouvelles mais ont déjà été formulées dès l’élection de Michel Aoun à la présidence. Il en va de même pour ses déclarations autour de l’accord d’entente avec le Hezbollah, que le chef du CPL considère comme « stratégique », même si le parti a omis de respecter les termes de l’accord dans leur volet relatif à l’édification de l’État.
(Repère : La tension Aoun-Berry : les temps forts d’un conflit remontant à plusieurs années)
M. Bassil avait également clarifié les objectifs visés par la conclusion d’un accord d’entente, non écrit cette fois-ci, avec le courant du Futur, pour consacrer un partenariat entre les deux formations, et enfin une troisième entente avec les FL pour consolider la présence chrétienne.
Malgré tout, la relation entre le CPL et le Hezbollah reste bien solide et inébranlable et ne saurait être ternie par des dossiers internes futiles, tiennent à conclure des responsables au sein du courant. D’ailleurs, on affirme dans ces milieux que la communication n’a jamais été interrompue entre M. Bassil et le parti chiite, en dépit de certains malentendus qui, au final, ont été dissipés, le parti ayant réalisé après coup que certaines parties tierces œuvraient à la détérioration de sa relation avec le CPL.
Quoi qu’il en soit, la réunion qui se tiendra aujourd’hui à Baabda devra permettre de définir une feuille de route pour redynamiser les institutions en amont de la tenue des conférences internationales en faveur du Liban, et à l’ombre des menaces israéliennes et leurs visées en matière de ressources pétrolières. Une occasion qui pourrait paver le terrain à la naissance d’une nouvelle troïka, laquelle serait placée sous le signe du partenariat et de l’entente.
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probablement ce sera concu comme toujours au Liban : on relegue un probleme de cote, on passe outre, on le laisse non resolu, en attendant le suivant , puis l'autre et ainsi de suite........
16 h 29, le 06 février 2018