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À La Une - Reportage

"Longue vie à Afrine!" : Au Liban, les Kurdes dénoncent le silence de la communauté internationale

"A bas Erdogan le terroriste" ont scandé des centaines de manifestants, drapés des couleurs du Kurdistan, du PKK et des YPG, devant l'ambassade américaine. 

Des centaines de manifestants kurdes se sont rassemblés le 5 février 2018 devant l'ambassade des Etats-Unis au Liban pour protester contre l'offensive turque sur la région d'Afrine, au nord de la Syrie. Photo Anne Ilcinkas

Communauté généralement discrète au sein du patchwork qu’est la société libanaise, les Kurdes n’hésitent toutefois pas à donner de la voix lorsque leurs frères en Irak ou en Syrie sont menacés. C’est pour protester contre l’offensive de l’armée turque sur l’enclave kurde d’Afrine, au nord-ouest de la Syrie, et appeler la communauté internationale à briser son silence, qu’ils ont manifesté lundi devant l’ambassade des Etats-Unis au Liban.

De façon très organisée, presqu’en rangs, et au son des chants patriotiques kurdes et des slogans condamnant "Erdogan le terroriste", des centaines de manifestants ont marché de la route de Dbayé vers les portes de l’ambassade américaine. Femmes et enfants de tous âges en tête, les hommes fermant la marche, ils ont brandi des rameaux d’olivier, des drapeaux du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan), de la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) et du Kurdistan. C’est la quatrième fois qu'ils descendaient la rue depuis le début de l’offensive turque, le 20 janvier, dans le cadre d'un mouvement de solidarité lancé dès le 22 janvier et qui les a menés tour à tour devant les représentations diplomatiques russe, turque et européenne.


(Repère : Afrine : qui veut quoi et pourquoi ?)


Mobilisation unanime face au "massacre"
Lundi matin, la manifestation rassemblait surtout des personnes originaires d’Afrine, réfugiées au Liban depuis le début de la guerre en Syrie en 2011 ou établies au pays du Cèdre depuis plus longtemps. Elles étaient soutenues par d’autres membres de la communauté kurde, arrivés pour la plupart de l’est de la Turquie il y a plusieurs décennies et qui ont été naturalisés dans les années 90.

Au-delà de leurs origines, ils se sont mobilisés grâce au puissant réseau qui lie toute la communauté. "Avec les Kurdes, tout se sait, nos réseaux sont très forts", souligne Zaloukh, venue avec toute sa famille et tenant par la main sa petite fille de six ans. "Devant une telle tragédie", toute la communauté s’est mobilisée au-delà des partis, affiliations, idéologies et origines, renchérit Hanan Othman, présidente de l’Association socio-culturelle Newroz. "Tous les Kurdes du Liban ont le sentiment de devoir faire quelque chose" face à l'offensive turque, ajoute-t-elle, indiquant que cette communauté compte au Liban près de 150 000 personnes. "Toute personne dotée d'un minimum de conscience ne peut se taire face au massacre qui se déroule à Afrine", martèle Kurdistan, originaire de cette région et qui porte fièrement son nom et les couleurs de sa patrie. 




Le silence de la communauté internationale
Parmi leurs principales revendications, les manifestants appellent la communauté internationale à "sortir de son silence" et prendre position. "Quand les Kurdes ont combattu Daech (acronyme arabe de l'Etat islamique, NDLR) à Raqqa, Kobané et Deir ez-Zor, tout le monde nous soutenait, mais maintenant tout le monde se tait sur ce que fait la Turquie", s’indigne Abderrahman Hibo, originaire de Jandairis, une des localités bombardées par l’aviation turque. Les YPG sont une des principales milices des Forces démocratiques syriennes (FDS), alliées de la coalition internationale menée par Washington pour lutter contre l'EI. L'opération turque sur Afrine vise ces YPG, considérés comme "terroristes" par Ankara. 

"Il y avait beaucoup de familles mixtes à la frontière syro-turque et jamais personne n'a échangé de coups de feu. C'est un fait, j'ai vécu là-bas", assure  Abderrahman. "Mais maintenant, ils nous accusent (d'être des terroristes) et viennent tuer nos enfants. C’est inacceptable". Et son voisin de réagir à son tour : "Je n'ai qu'une seule chose à dire à la communauté internationale : s'ils considèrent que nous sommes des terroristes, qu'ils viennent nous combattre et en finir avec nous. Mais si, à leurs yeux, nous ne sommes des terroristes, qu'ils se tiennent à nos côtés". 


(Lire aussi : Les Kurdes, éternels déçus de l’histoire)


Sans nouvelle des proches
Pour toute la communauté kurde, à Beyrouth et ailleurs, ces deux dernières semaines ont été très éprouvantes. La présidente de l’association Newroz raconte que "beaucoup de familles arrivent à l’association en pleurant". "Ils sont choqués, ils ont des parents, de la famille, des enfants même à Afrine". Ce lundi, de nombreuses personnes confient être sans nouvelles de proches qui sont encore dans l’enclave au nord de la Syrie.  

"Tout le monde, ici à la manifestation, a de la famille à Afrine, c’est pour ça que nous sommes ici", affirme Mohammad, qui a quitté le nord de la Syrie pour s’installer à Beyrouth il y a une quinzaine d’années. "Si les routes étaient praticables, on les ferait venir, mais ils sont coincés là-bas", indique-t-il. "On a aucun contact avec nos proches, tous les moyens de communication ont été coupés", explique Zaloukh, le regard perdu dans le vague. "On ne sait pas ce qu’il leur arrive, on ne peut que suivre les informations retransmises dans les médias", ajoute-t-elle d'un air las.

Kurdistan, elle, affirme que malgré la situation difficile, elle reste "optimiste". "On ne peut pas contacter nos familles sur place, mais on sait qu’ils sont actifs, qu'ils ne se laissent pas faire", lance-t-elle avant de retourner vers la foule pour reprendre en chœur le slogan "Biji Afrin", "Longue vie à Afrine", en kurmanji, le dialecte kurde du nord de la Syrie. 


(Lire aussi : Dans les hôpitaux d'Afrine, l'offensive turque fait craindre une "tragédie")


Barin Kobané et les enfants en ligne rouge
D'une même voix, les Kurdes condamnent les attaques et bombardements de l’armée turque et de l’Armée syrienne libre sur des villages peuplés de civils et d’enfants. "On est là pour les enfants d’Afrine", confie une manifestante. Sa voisine la coupe et se lance dans une tirade virulente contre le président turc, Recep Tayyep Erdogan, et son armée : "S’ils veulent bombarder, qu’ils bombardent des militaires, pas des femmes et des enfants!" Autour d'elle, des manifestants brandissent des photos insoutenables de corps d’enfants mutilés.


Des manifestantes tiennent une pancarte sur laquelle apparaît notamment la combattante kurde Barin Kobané (en bas à droite), un panneau montrant le président turc Erdogan avec la mention en arabe "tueur d'enfants" et une banderole sur laquelle on peut lire "L'occupation turque d'Afrine est un autre visage du terrorisme". Photo Anne Ilcinkas


Sur les pancartes, l'on voit aussi un visage qui a fait, ces derniers jours, les gros titres de la presse régionale et internationale : celui de la combattante des Unités kurdes de la protection de la femme (YPJ), Barin Kobané. "Nous sommes tous la martyre Kobané", peut-on lire sur de nombreuses pancartes, pendant que la foule scande : "Shehin Namirin", "les martyrs resteront vivants". Vendredi, des médias ont diffusé des images du corps mutilé de cette jeune femme entouré d'une dizaine de rebelles pro-turcs posant devant sa dépouille. "Cette vidéo du corps d’une martyre kurde est inacceptable et doit être rejetée par tout le monde", insiste Zakkaria, qui se dit Kurde libanais et qui a fait la route depuis le Liban-sud avec tout un groupe pour participer à l’événement. "Cette mise en scène est inacceptable. Ils tuent une femme kurde et puis ils viennent dire +vous voyez, les Kurdes sont des terroristes+", s'insurge Mohammad, rejetant les accusations des rebelles selon lesquels Barin Kobané n’aurait pas été mutilée mais se serait fait exploser dans un attentat suicide.


(Lire aussi : Cris de colère et de vengeance après la mort d'une combattante kurde en Syrie )


La tentation du départ
Au-delà des manifestations, plusieurs initiatives personnelles ont également été lancées par des membres de la communauté afin de récolter des fonds destinés à Afrine, explique Hanan Othman. Pourtant, pour Zakkaria ce n’est pas l’aspect matériel qui compte. "Tout ce qu’on veut, c’est de la compassion, que tous les pays du monde se tiennent à nos côtés, un soutien humanitaire", souligne-t-il.  

Pour d’autres, notamment parmi les plus jeunes, la tentation de se rendre dans l’enclave attaquée pour prêter main forte au peuple d’Afrine est forte. Alissar, le front ceint d’un drapeau du PKK martèle : "Si on nous appelle, on partira reprendre nos terres et revendiquer nos droits". "Nous, les femmes, serons les premières à nous battre, avant les hommes. Nous partirons à Afrine défendre notre patrie", affirme-t-elle. "J’ai entendu parler de plusieurs jeunes qui sont partis", confie de son côté Mme Othman, insistant sur le fait que son association ne promeut en aucun cas ces départs. "Mais nous ne pouvons pas les en empêcher, c’est leur droit", nuance-t-elle.

Lundi, alors que les manifestants commençaient à se disperser, une petite fille d'une dizaine d'années insiste pour prononcer devant des journalistes quelques mots en anglais. "Nous sommes Kurdes et nous n’abandonnerons pas Afrine", déclare-t-elle, le regard dur. 






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Communauté généralement discrète au sein du patchwork qu’est la société libanaise, les Kurdes n’hésitent toutefois pas à donner de la voix lorsque leurs frères en Irak ou en Syrie sont menacés. C’est pour protester contre l’offensive de l’armée turque sur l’enclave kurde d’Afrine, au nord-ouest de la Syrie, et appeler la communauté internationale à briser son silence, qu’ils ont manifesté lundi devant l’ambassade des Etats-Unis au Liban.
De façon très organisée, presqu’en rangs, et au son des chants patriotiques kurdes et des slogans condamnant "Erdogan le terroriste", des centaines de manifestants ont marché de la route de Dbayé vers les portes de l’ambassade américaine. Femmes et enfants de tous âges en tête, les hommes fermant la marche, ils ont brandi des rameaux d’olivier, des drapeaux...
commentaires (3)

Tout le monde proteste au Liban . Les kurdes sont-ils si nombreux chez nous ?

Antoine Sabbagha

18 h 46, le 06 février 2018

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Commentaires (3)

  • Tout le monde proteste au Liban . Les kurdes sont-ils si nombreux chez nous ?

    Antoine Sabbagha

    18 h 46, le 06 février 2018

  • Ce valeureux peuple kurde méritant, ne demande que son droit élémentaire comme tout homme sur terre, une patrie libre sur ses terres. Comment ce régime fasciste turc d'Erdogan ose encore traiter de terroristes ce peuple paisible pour ensuite les massacrer sous les yeux du monde ? Que fait l'ONU et surtout que font les puissances occidentaux ... signataires du traité de Sèvres qui donnait une patrie aux kurdes pour ensuite l'avoir oublié sous les pressions de la Turquie en 1923 Plus l'occident ménage la Turquie, plus l'instabilité du monde sera accrue ....

    Sarkis Serge Tateossian

    16 h 03, le 06 février 2018

  • Voilà ce qu'il faut faire . Manifester devant l'ambassade de l'allié qui vous a foutu dans la merde au profit d'un autre allié . Bon alors que dit cet allié qui vous a vendu pour cet autre allié hypocrite ?

    FRIK-A-FRAK

    14 h 46, le 06 février 2018

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