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Politique - Décryptage

Pourquoi Joseph Aoun ne lance pas un dialogue interne


Au moment où le clivage entre les Libanais semble s’accentuer, notamment au sujet des négociations directes avec Israël, certaines parties se demandent pourquoi le président Joseph Aoun ne prend pas l’initiative de lancer un dialogue interne, comme il l’avait promis lors de son discours d’investiture. Ce dialogue serait aujourd’hui primordial, selon l’avis de nombreuses parties libanaises. D’une part, pour tenter de réduire les tensions internes qui peuvent constituer le prélude à des affrontements et à des dérapages sécuritaires. D’autre part, pour trouver une solution à l’impasse actuelle dans laquelle se trouve le Liban.

À l’heure où les négociations semblent gelées, certains estiment que c’est le moment d’apaiser la situation interne par un dialogue national, en attendant que les développements régionaux et internationaux se décantent. Car s’il échoue, on ne pourra pas l’accuser d’avoir eu un impact sur les négociations. Par contre, s’il parvient à faire avancer les choses et à renforcer la cohésion interne, le Liban aura fait un grand pas vers la stabilisation.

Toutefois, cette argumentation ne semble pas convaincre le palais de Baabda, qui pense, au contraire, qu’aujourd’hui plus que jamais, un tel dialogue ne saurait être constructif. Pour s’en convaincre, disent les partisans de cette théorie, il n’y a qu’à se rappeler les débats lors de la séance parlementaire plénière pour discuter de la politique générale du gouvernement. Les Libanais n’en ont retenu que les échanges violents et personnels entre les députés, ces derniers ayant, pour la plupart, un souci principal : faire du populisme.

Dans un tel contexte, lancer un dialogue interne sur le sort des armes du Hezbollah et sur ce qu’on appelle désormais une « stratégie de défense nationale » pourrait être une mauvaise idée. Les différents protagonistes pourraient saisir l’occasion de faire étalage de critiques et, peut-être même, d’échanges violents, qui deviendraient vite incontrôlables et aboutiraient à la fin de ce dialogue dans des circonstances encore plus délicates que celles qui existaient avant son lancement. Dans ces conditions, et alors que la situation régionale et internationale reste confuse, initier un dialogue qui tournerait court ne ferait qu’aggraver les divisions. La situation du pays empirerait et les dirigeants auraient ainsi dilapidé une carte qui, un jour, pourrait être utile et devenir une voie de salut. Car, en fin de compte, le dialogue a ses conditions et doit se tenir dans un climat favorable, ne serait-ce qu’au niveau des intentions des participants. En effet, si un dialogue doit réussir, il faut que les participants soient soucieux de le mener et même de le maintenir. Ils devraient même être prêts, le cas échéant, à faire des concessions pour qu’il ne soit pas rompu. Ce qui ne pourrait qu’envenimer le climat général du pays. Or, jusqu’à présent, il est évident que la plupart des protagonistes ne souhaitent pas aboutir à des compromis, chacun continuant à miser sur la défaite de l’autre. Le chef de l’État n’a également pas les prérogatives nécessaires pour pousser les protagonistes à participer à un tel dialogue, et ils pourraient non seulement être présents pour le faire échouer, mais carrément le boycotter. Il y a eu, ainsi, des expériences antérieures où l’idée d’un dialogue interne national avait été lancée, mais de nombreuses parties avaient refusé d’y participer.

C’est pourquoi le chef de l’État ne peut pas prendre la décision de lancer un dialogue interne sur l’adoption d’une stratégie de défense nationale si les parties libanaises ne sont pas prêtes à y participer et ne sont pas disposées à discuter calmement et de manière constructive. Les milieux proches de la présidence précisent aussi que, lorsque des responsables du Hezbollah réclament un tel dialogue, ils savent parfaitement que cette demande ne peut pas se concrétiser pour l’instant, car d’autres parties ne le veulent pas. En réalité, les Libanais évoluent toujours dans le même cercle vicieux, quand une partie se sent faible, elle réclame le dialogue en pensant pouvoir compenser par ce biais son manque de moyens, et quand elle se sent forte, elle n’en veut plus, car elle est convaincue de ne pas en avoir besoin.

Pour toutes ces raisons, le chef de l’État estime que l’heure n’est pas à un dialogue interne. Selon des sources proches de Baabda, ces demandes relèvent plutôt du cadre des tiraillements politiques. Joseph Aoun préfère le dialogue bilatéral avec le Hezbollah. Mais pour certains, il y aurait aussi une autre raison pour laquelle le président ne souhaite pas convoquer un dialogue à l’heure actuelle : il préférerait être seul responsable du processus de négociation qu’il a déjà entamé et dont il assume la responsabilité. À un moment, il sera sans doute nécessaire d’obtenir l’aval de toutes les parties, ou en tout cas de les consulter, mais ce n’est pas encore le cas.


Au moment où le clivage entre les Libanais semble s’accentuer, notamment au sujet des négociations directes avec Israël, certaines parties se demandent pourquoi le président Joseph Aoun ne prend pas l’initiative de lancer un dialogue interne, comme il l’avait promis lors de son discours d’investiture. Ce dialogue serait aujourd’hui primordial, selon l’avis de nombreuses parties libanaises. D’une part, pour tenter de réduire les tensions internes qui peuvent constituer le prélude à des affrontements et à des dérapages sécuritaires. D’autre part, pour trouver une solution à l’impasse actuelle dans laquelle se trouve le Liban.À l’heure où les négociations semblent gelées, certains estiment que c’est le moment d’apaiser la situation interne par un dialogue national, en attendant que les développements...
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