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Moyen Orient et Monde

Nouveaux soupçons d’attaques chimiques dans la Ghouta

Syrie

« Il y a des symptômes qui ne trompent pas, comme la suffocation, les yeux qui brûlent, les irritations de la peau... » raconte, via WhatsApp, un médecin de Douma à « L’Orient-Le Jour ».

03/02/2018

Le régime syrien aurait une nouvelle fois utilisé des armes chimiques contre sa population, après plusieurs attaques présumées contre la Ghouta ces dernières semaines. « Du chlore a été utilisé à de nombreuses reprises dans des attaques en Syrie », a déclaré hier le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis, interrogé par des journalistes au Pentagone. « Mais ce qui nous inquiète le plus, c’est la possibilité que du gaz sarin ait été utilisé récemment », a-t-il ajouté, précisant que les États-Unis n’avaient pour le moment pas de preuves pour étayer cette hypothèse. La veille, les États-Unis avaient brandi la menace de nouvelles frappes en Syrie. Un haut responsable américain a affirmé que le régime de Bachar el-Assad et le groupe État islamique (EI) « continuent d’utiliser des armes chimiques ». Selon Washington, le gouvernement syrien pourrait être en train de développer de nouvelles armes chimiques. Et selon une évaluation française, au moins 130 attaques chimiques ont été perpétrées en Syrie entre 2012 et 2017.

 Tout porte à croire que les accusations américaines se basent sur les dernières attaques lancées par le régime contre l’enclave rebelle de la Ghouta proche de la capitale syrienne. Damas est ainsi accusé d’avoir mené des attaques au chlore dans la région assiégée depuis 2013 par les forces du régime. « Une attaque chimique a été enregistrée hier à Douma, après le tir de trois missiles sol-sol à côté d’un terrain de jeu, vers 5h30 du matin. Deux femmes et un homme qui tentait de les secourir ont été intoxiqués », rapporte le docteur Abou Ahed, médecin généraliste affecté au service des urgences de Kfar Batna, à moins de 10 km de Douma, contacté via WhatsApp par L’Orient-Le Jour. « Nous n’avons pas la confirmation officielle que c’est bien du gaz sarin qui a été utilisé, mais tout porte à croire que c’est le cas », ajoute le docteur Abou Yaser, dentiste et directeur d’un hôpital à Mesraba, dans la banlieue de Douma. Une odeur de chlore ou de javel est notamment évoquée. « Il y a des symptômes qui ne trompent pas, comme la suffocation, les yeux qui brûlent, les irritations de la peau… » précise-t-il. 


(Lire aussi : Sanctionnées par la France, des entreprises basées au Liban démentent être liées au programme chimique syrien)


Masques à oxygène

Assiégée, l’enclave et ses quelque 400 000 habitants vivent déjà une grave crise humanitaire et pâtit d’un manque évident de nourriture, de médicaments comme de matériel médical. « Nous ne pouvons rien faire entrer, et il y a un manque d’oxygène », poursuit le médecin. « Nous ne sommes absolument pas préparés à faire face à ce genre de situation », ajoute le docteur Abou Ahed. « En l’espace de moins d’un mois, Douma et sa région ont été visées au gaz à trois reprises », confirme le médecin. Le 22 janvier, l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) avait accusé les forces prorégime d’une nouvelle attaque à la roquette chimique dans la Ghouta, où 21 cas de suffocation ont été rapportés. Habitants et sources médicales avaient également évoqué une attaque au chlore. Le 13 janvier, une attaque similaire avait visé la périphérie de Douma, selon l’ONG, qui rapportait « sept cas de suffocation ». Plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des victimes portant des masques à oxygène, suite aux différentes attaques. Parallèlement, au moins sept civils ont été tués hier dans des bombardements du régime, notamment dans la localité de Erbine, où les frappes aériennes ont tué trois civils, dont un enfant, tandis que des tirs d’artillerie ont fait quatre morts au total, à Douma, selon 

l’OSDH. « Le régime tape tout le temps et n’importe quand. Cependant, nous avons pu constater que les attaques chimiques, elles, ne surviennent qu’avant que le soleil ne se lève », précise le docteur Abou Ahed. Des responsables américains craignent que des mortiers et d’autres armes au sol soient utilisés pour diffuser ces produits chimiques, en remplacement des bombes-barils lâchées depuis des hélicoptères. « Il semblerait qu’ils essaient de faire évoluer (ces moyens) pour des raisons militaires ou pour ne plus être tenus responsables », ont-ils ajouté. 


(Lire aussi : Armes chimiques en Syrie : mobilisation à Paris, Washington accuse la Russie)


#DoumaSuffocating

Le régime syrien a déjà été accusé, notamment par des experts de l’ONU, d’avoir mené plusieurs attaques à l’arme chimique en Syrie, en répandant, entre autres, du gaz chloré sur trois localités du nord de la Syrie en 2014 et 2015. Ce que le régime a toujours démenti. En septembre 2013, suite au bombardement au gaz sarin sur la Ghouta le 21 août, qui avait fait près de 1 300 morts et des dizaines de milliers de victimes, la résolution 2118 avait été votée par le Conseil de sécurité des Nations unies, demandant à Damas d’éliminer tous les équipements et matières liés aux armes chimiques. Selon plusieurs rapports de l’ONU datant de 2016, 77 % des attaques chimiques ont toutefois été perpétrées après le vote de la résolution en question. Pendant sa campagne, Donald Trump avait reproché à son prédécesseur Barack Obama de n’avoir pas frappé le régime syrien à la suite de l’attaque chimique contre la Ghouta, malgré une ligne rouge qu’il avait lui-même établie. Le 7 avril 2017, le président américain avait ordonné le lancement de 59 missiles de croisière sur la base aérienne d’al-Chaayrate d’où venaient les armes chimiques qui avaient servi à attaquer trois jours plus tôt la ville rebelle de Khan Cheikhoun, dans la province d’Idleb. Cette attaque aérienne – niée par le régime et son allié russe – avait fait 87 morts parmi les civils, dont 31 enfants. Donald 

Trump et son homologue français Emmanuel Macron considèrent l’utilisation d’armes chimiques comme une ligne rouge, susceptible d’entraîner des représailles de leur part. 

Les images de gens suffoquant et se convulsant avaient choqué le monde entier et suscité de nombreuses condamnations. Sur les réseaux sociaux, une campagne avec comme hashtag #DoumaSuffocating (Douma suffoque) fait, depuis plusieurs jours, le buzz sur Twitter, à travers des selfies en solidarité avec les habitants de cette grande ville de la Ghouta, des infirmiers français y participant même en postant une photo d’eux portant un masque à oxygène. 


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