X

Liban

Le congrès d’Abidjan maintenu contre vents et marées

Diaspora

Le ministère des Affaires étrangères invite les Libanais d’Afrique à se tenir à l’écart des conflits politiques internes.

01/02/2018

C’est le suspense le plus total qui entoure les conditions et le climat dans lesquels se déroulera, les 2 et 3 février courant, le second congrès de la LDE (Lebanese Diaspora Energy ), organisé par le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil.

Boudé par un certain nombre d’homme d’affaires chiites en signe de solidarité avec le mouvement Amal après la vexation infligée à son chef Nabih Berry par le chef du Courant patriotique libre, l’événement sera quand même « maintenu », assure-t-on de sources concordantes. Sauf que personne ne sait encore exactement dans quelles conditions se déroulera cette rencontre et quelle sera l’ampleur de la participation après la mobilisation de la rue chiite pour protester contre M. Bassil, qui avait traité M. Berry de « voyou » dans un enregistrement vidéo ayant fuité lundi.

La colère chiite s’est transposée à Abidjan, plusieurs Libanais ayant quasiment pris d’assaut, il y a deux jours, l’ambassade du Liban pour protester contre la venue du ministre des Affaires étrangères, menaçant même de l’asperger de tomates et d’œufs à son arrivée dans la capitale ivoirienne.

À Beyrouth, et après les tentatives volontairement timides aussi bien du président Michel Aoun que du président du Parlement Nabih Berry de calmer les esprits et atténuer l’impact de la nouvelle crise, la tension n’a pas pour autant baissé et l’escalade entre les deux camps s’annonce inéluctable.

C’est ce qu’a d’ailleurs promis le syndicat des transporteurs aériens, qui a tenu hier dans la matinée un sit-in devant le bâtiment des douanes à l’Aéroport international de Beyrouth pour exprimer son soutien au chef du mouvement Amal, menaçant de proclamer la désobéissance civile à l’aéroport « jusqu’au départ du ministre Bassil », accusé de chercher la « sédition ». Le sit-in est survenu alors qu’une partie de la délégation libanaise s’apprêtait à quitter Beyrouth en direction d’Abidjan.

« C’est un moyen de pression supplémentaire visant à intimider les membres de la délégation et à les dissuader de prendre l’avion », confie une source proche du palais Bustros, qui note « l’influence majeure » que détient le mouvement Amal notamment dans l’enceinte de l’aéroport et sur son fonctionnement.

Au siège du ministère des Affaires étrangères, on s’abstient toutefois d’avancer des chiffres sur la participation attendue à ce congrès qui doit réunir des hommes d’affaires libanais en provenance de toutes les contrées africaines.

Une délégation, présidée par Élie Turk, en charge du congrès, a déjà quitté le Liban hier soir avec mission d’« éclaireur ». Selon notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, M. Turk a affirmé que la sécurité des participants à la conférence sera assurée, les autorités ivoiriennes s’étant engagées hier devant le chargé d’affaires libanais à Abidjan à prendre toutes les mesures susceptibles de sécuriser le périmètre de l’hôtel Sofitel où doit se dérouler la LDE.   « Les autorités ivoiriennes qui ont été informées des menaces proférées à l’encontre des participants ont promis d’expulser du pays toute personne qui serait tentée de créer le moindre grabuge », a indiqué M. Turk.


(Lire aussi : Berry présente ses excuses... et attend celles de Bassil)


Les Ivoiriens s’inquiètent
À Abidjan, c’est un son de cloche un peu différent qui a été répercuté par l’un des médias locaux, qui a relayé les « inquiétudes » du gouvernement ivoirien.

Dans une récente édition, La Lettre du Continent souligne la crainte des autorités locales de voir ce forum « de promotion des milieux d’affaires libanais utilisé comme tribune pour exporter les graves tensions que connaît le pays ». Le quotidien souligne que « le jeu d’influence », auquel se livrent les « deux frères ennemis » (MM. Bassil et Berry), « aurait convaincu les responsables ivoiriens, dont le ministre des Affaires étrangères et le ministre de l’Économie et des Finances ivoiriens de boycotter ce rendez-vous ». Interrogée, une source proche du palais Bustros affirme qu’il n’en est rien et que la représentation officielle ivoirienne « sera assurée ».

Dans les milieux libanais de la capitale ivoirienne, on affirme que le congrès se tiendra comme prévu, quels que soient les développements qui surviendront dans les deux prochains jours.  « Peut-être qu’il n’aura pas le succès escompté, en l’absence notamment de certains opérateurs économiques qui ont décidé de boycotter l’événement », commente un interlocuteur qui a son poids au sein de la communauté libanaise. Il ajoute en utilisant une image emprunté au monde du foot : « Le match se déroulera de toute manière, même si les stades seront pratiquement vides. »

De confession chiite, cet interlocuteur affirme faire partie d’une « majorité de Libanais qui ne se sent aucunement concernée par les querelles locales et qui reste en faveur de la tenue de ce congrès qui, en définitive, profitera à toute la diaspora ».

Dans un communiqué publié en soirée, le ministère des Affaires étrangères à Beyrouth a insisté sur la nécessité pour les membres de la diaspora de « faire preuve de distanciation par rapport aux conflits politiques internes au Liban qui, précise le texte, sont d’ailleurs la cause principale ayant poussé les Libanais à émigrer ».

Parmi les premiers venus dans la capitale ivoirienne, le chargé d’affaires libanais en Guinée, Farah Farah, qui doit notamment coordonner la visite prévue de M. Bassil à Conakry, sitôt le congrès de la LDE terminé. Sur les cinquante Libanais de Conakry qui s’étaient inscrits pour participer au congrès, seule une dizaine feront le voyage. « La plupart étant musulmans chiites, ils se sont sentis concernés par ce qui s’est passé et ont voulu exprimer leur solidarité avec leurs frères de la communauté », confie un homme d’affaires libanais basé à Conakry. « Nous sommes excessivement peinés par ce qui se passe. Ici, nous avons lancé un mot d’ordre pour préserver la solidarité interlibanaise par-delà les appartenances communautaires », dit-il.



Lire aussi

On disait « ça barde », L'Impression de Fifi ABOU DIB

Un conflit ouvert... sous le plafond de la stabilité, le décryptage de Scarlett HADDAD

Un nouveau 7 mai aux couleurs d’Amal

Entre le CPL et Amal, une guerre des mots et une médiation discrète

Crise Bassil/Berry : Et le Hezbollah dans tout ça ?

L’Oscar du gâchis, l'édito de Issa GORAIEB

Le conflit Aoun/Berry dans la rue : ce qu'en dit la presse locale

Entre Aoun et Berry, une « guerre de cent ans » ?

À Abidjan, des menaces contre Bassil en pleine ambassade

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ON EXPORTE LE VENIN ET ON L,INOCULE DANS LE SANG DE LA DIASPORA !

ACQUIS À QUI

Là par contre les libanais devraient faire montre de maturité et ne boycotter en aucune façon un événement qui les sert à tous.

Bery tus

« Les autorités ivoiriennes qui ont été informées des menaces proférées à l’encontre des participants ont promis d’expulser du pays toute personne qui serait tentée de créer le moindre grabuge »

Comme je l’ai dit ... et ils ont les moyens de le faire !!

« aurait convaincu les responsables ivoiriens, dont le ministre des Affaires étrangères et le ministre de l’Économie et des Finances ivoiriens de boycotter ce rendez-vous ».

Sincèrement je ne pense pas qu’ils boycotteront la conférence

Bambino

Triste et honteux spectacle que donnent nos gouvernants qui s'écharpent comme des chiffonniers et mettent le pays au bord de la guerre civile au moment où ils sont censés à travers ce Congrès d'Abidjan, donner une image exemplaire du Liban en vue d'y attirer les investissements des émigrés si ce n'est leur retour au pays. La lutte effrénée pour le pouvoir et la collecte des voix n'a plus de limite et transgresse toutes les règles de la bienséance et du respect de l'autre. Ego surdimensionné et hubris ne peuvent que mener à la catastrophe.

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué