Des partisans d’Amal au siège du ministère de l’Éducation. Photo ANI
Durant les derniers jours, les proches du président du Parlement, Nabih Berry, étaient très clairs : le chef du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, doit s’excuser d’avoir porté atteinte à M. Berry. Certains ont même été jusqu’à réclamer la démission du chef du CPL de son poste de ministre des Affaires étrangères.
Dans le prolongement de la querelle opposant Baabda à Aïn el-Tiné autour du décret accordant une année d’ancienneté aux officiers de la promotion 94 de l’École militaire, M. Bassil avait qualifié le chef du législatif de « baltaji » (l’équivalent égyptien de « voyou » ) lors d’une rencontre politique tenue à Mahmarch, dans le caza de Batroun. Il a de ce fait provoqué la colère des partisans du mouvement Amal, qui protestent depuis trois jours dans la rue contre ces propos.
En attendant de voir Gebran Bassil s’excuser, Nabih Berry a profité de ses audiences hebdomadaires du mercredi pour « s’excuser auprès de ceux qui ont subi des préjudices à la suite des manifestations populaires », pour reprendre les termes de Ali Bazzi, membre du bloc parlementaire du président de la Chambre. « Tout le monde sait que le mouvement Amal n’a rien voir avec les manifestations populaires », a encore dit M. Bazzi, indiquant que "le chef du législatif n'a pas discute de la question de démission du gouvernement et n'a demandé a personne d'opter pour ce choix".
Selon un analyste politique interrogé hier par L’Orient-Le Jour, Nabih Berry aurait constaté l’ampleur de la grogne populaire suscitée par les protestations du lundi soir et se serait donc vu dans l’obligation de s’excuser auprès des Libanais qui se sont déchaînés contre ses partisans sur les réseaux sociaux. À moins qu’il n’ait tout simplement voulu renvoyer la balle dans le camp du chef de la diplomatie, dans une tentative de le pousser à se rétracter à son tour.
Ces propos de Nabih Berry interviennent en effet au lendemain d’un communiqué publié par la présidence de la République dans lequel Baabda a reconnu que les manifestations du lundi sont « une erreur générée par une erreur ». Les propos du locataire de Aïn el-Tiné s’inscrivent aussi dans la foulée de la réunion mardi du bloc du Changement et de la Réforme à l’issue de laquelle Ibrahim Kanaan, député du Metn, avait affirmé que son parti considère que la querelle a pris fin. M. Kanaan avait ainsi laissé entendre que Gebran Bassil ne comptait aucunement présenter ses excuses à M. Berry.
De son côté, le président de la République, Michel Aoun, a commenté hier le tournant dangereux qu’a pris la querelle opposant son camp à celui de M. Berry. S’exprimant devant une délégation de la Ligue maronite présidée par Antoine Klimos, M. Aoun a souligné que la rue n’est jamais le lieu convenable pour résoudre les crises politiques, qu’il convient de régler au sein des institutions. « La rue porte atteinte à la stabilité dont jouit le Liban », a-t-il dit, ajoutant que « les protestations observées dans la rue ces deux derniers jours ne devraient pas se répéter ».
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Le Hezbollah
Mais, à l’heure où l’on estime que le Hezbollah – en sa qualité d’allié commun aux deux belligérants – est le seul à même de résoudre le problème, il ne semble pas vouloir intervenir pour le moment. Mais un analyste politique présente, quant à lui, un point de vue tout à fait différent à L’OLJ. Selon lui, le parti chiite est toujours attaché au document d’entente de Mar Mikhaël le liant au CPL, d’autant qu’il n’est pas dans son intérêt de voir ses rapports avec le chef de l’État se détériorer. D’où le forcing qu’il aurait exercé sur le président de la Chambre pour le pousser à présenter des excuses. Il est très probable de voir une délégation du Hezbollah à Baabda prochainement, note-t-il.
Sauf que dans certains milieux politiques, on faisait savoir hier en soirée qu’une « personnalité haut placée au sein du Hezbollah » est entrée en contact avec M. Berry pour tenter de calmer la situation. Mais le chef du législatif aurait répondu par la négative à l’initiative, estimant que le communiqué du bloc aouniste a provoqué, une nouvelle fois, sa base populaire.
Une source proche de Aïn el-Tiné souligne d’ailleurs à L’OLJ que « l’excuse de M. Berry ne change rien ». « Nous avons présenté nos excuses aux Libanais, mais nous attendons toujours celles de M. Bassil », souligne cette source, sans cacher le mécontentement du locataire de Aïn el-Tiné vis-à-vis du communiqué présidentiel du mardi. « Un président qui se veut fort ne devrait pas se contenter de décrire les faits, mais prendre une position claire », ajoute cette source.
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Le soutien joumblattiste
En attendant l’hypothétique initiative du parti de Hassan Nasrallah, le président de la Chambre continue de bénéficier du soutien de ses alliés traditionnels. Ainsi, le ministre de l’Éducation, Marwan Hamadé (joumblattiste), a pris part aux audiences du mercredi. L’occasion pour lui d’affirmer l’appui de Moukhtara à M. Berry et de critiquer ouvertement Gebran Bassil. Insistant sur la nécessité de respecter la Constitution et l’accord de Taëf, le ministre a tenu à rappeler que « le régime est parlementaire démocratique, non présidentiel ». Un message directement adressé à Baabda, qui rejoint les critiques adressées par M. Berry au style de gouvernement du chef de l’État et à la rhétorique adoptée par son entourage politique.
M. Hamadé a par ailleurs commenté les propos « outranciers » de Gebran Bassil, rappelant que ce dernier avait fait de même dans la Montagne. Allusion à l’appel au « retour politique des chrétiens dans la Montagne », lancé par le chef du CPL en octobre dernier lors d’une tournée à Aley, et interprété comme une atteinte à la réconciliation druzo-chrétienne de 2001 scellée par le patriarche maronite Nasrallah Sfeir et le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt. « Les droits de tous sont garantis. Et ceux qui commettent des infractions à la Constitution doivent en assumer les responsabilités », a encore dit Marwan Hamadé.
De même, le conseil chérié du Conseil supérieur chiite a appelé hier, dans un communiqué, à changer la ligne politique actuelle et à respecter la Constitution, imputant au régime Aoun la responsabilité des infractions observées à l’heure actuelle.
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Amal à nouveau dans la rue
Parallèlement aux contacts politiques menés en vue de mettre fin à la querelle entre MM. Berry et Bassil, les partisans d’Amal ont continué à bloquer des routes et brûler des pneus en guise de solidarité avec leur chef, dans une volonté manifeste de maintenir la pression sur le camp Aoun. Quelques heures après le soutien de Marwan Hamadé à M. Berry, des partisans de ce dernier se sont rassemblés devant le ministère de l’Éducation, rejoints par M. Hamadé, Ali Khreiss (député Amal) et plusieurs cadres de la formation de Nabih Berry. Prenant la parole, M. Khreiss a déclaré sans détour que « même la démission de Gebran Bassil ne suffira pas à régler le problème ».
Des sit-in ont été également observés dans plusieurs régions, notamment à Hadath, Baalbeck, Tyr et Nabatiyé. Plus tôt dans la journée, la Fédération de transport aérien avait organisé un sit-in au siège des douanes, près de l’AIB. Brandissant les drapeaux d’Amal, les participants avaient menacé de recourir à l’escalade et à la désobéissance civile jusqu’à la démission du « ministre qui cherche à semer la discorde ».
Si la crise n’est pas jugulée, elle pourrait mener droit à une crise gouvernementale, estiment avec effroi certains milieux politiques. Preuve en est, le Conseil des ministres ne tiendra pas sa séance hebdomadaire aujourd’hui... Sous prétexte du déplacement du Premier ministre Saad Hariri en Turquie.
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19 h 02, le 01 février 2018