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Moyen Orient et Monde

Iran-USA : les commentaires de Trump, une escalade bien dosée ou de simples ruades maladroites ?

diplomatie

Le locataire de la Maison-Blanche multiplie les messages sur les réseaux sociaux au sujet des manifestations qui secouent la République islamique depuis une semaine.

Julie KEBBI | OLJ
05/01/2018

Depuis le début des contestations iraniennes, il y a une semaine, le président américain s'est employé à jeter de l'huile sur le feu, aggravant encore davantage l'état des relations déjà exécrables entre Washington et Téhéran. Donald Trump s'est tourné vers les réseaux sociaux pour apporter son soutien aux contestataires qui, depuis jeudi dernier, dénoncent notamment le taux de chômage élevé et la corruption au sein du régime iranien.

« Les États-Unis surveillent de très près les violations des droits de l'homme » en Iran, écrit-il ainsi le 31 décembre sur son compte Twitter, avant de qualifier la République islamique d'« État numéro un de la terreur commanditée ». Le lendemain, le locataire de la Maison-Blanche récidive. « L'Iran échoue à tous les niveaux malgré l'accord terrible conclu avec l'administration Obama. Le grand peuple iranien a été réprimé pendant de nombreuses années. Ils ont faim de nourriture et de liberté. De pair avec les droits de l'homme, la richesse de l'Iran est en train d'être pillée. Le temps est venu pour le changement ! » lance-t-il. Les messages continuent à un rythme quasi quotidien depuis une semaine. « Respect pour le peuple d'Iran qui essaie de faire reculer son gouvernement corrompu », peut-on lire dans un tweet diffusé mercredi. « Vous verrez un grand soutien de la part des États-Unis le moment venu ! » poursuit-il.

En début de semaine, l'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, a de son côté annoncé que les États-Unis avaient demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité pour aborder « la liberté réclamée par le peuple iranien ». Elle a également salué le « courage » des manifestants, avant de préciser que les États-Unis « ne peuvent pas rester silencieux » à ce sujet. Washington envisagerait également des sanctions contre Téhéran au sujet des violations des droits de l'homme et sur les entraves à la liberté de rassemblement, selon un haut responsable de l'administration américaine, sous le couvert de l'anonymat, rapportait l'AFP mercredi.

 

 (Lire aussi : À Téhéran, les habitants restent sceptiques)

 

La question des sanctions
La position de Washington en faveur des manifestants contre le régime iranien s'inscrit dans la continuité de la politique américaine traditionnelle hostile à la République islamique dès les années 1980. Suite à sa prise de position, « Donald Trump souligne également par son interventionnisme en faveur des manifestants iraniens sa différence avec Obama qui, en 2009, n'avait pas publiquement manifesté son soutien au mouvement de la "révolution verte" pro-Moussavi », rappelle Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste de la politique américaine, interrogé par L'Orient-Le Jour. L'influence réelle de la prise de position de M. Trump sur l'évolution de la situation en Iran est cependant difficile à évaluer, alors que la communauté internationale appelle à la retenue sur le terrain.

Mais le contexte actuel est également à prendre en compte, alors que le locataire de la Maison-Blanche s'apprête à prendre une décision sur le renouvellement ou non des sanctions contre Téhéran entre les 12 et 17 janvier, dans le cadre de l'accord nucléaire signé en 2015. La levée progressive des sanctions économiques et financières est un élément-clé du texte, puisque, en échange, la République islamique doit accepter les conditions posées par l'accord sur le développement de son programme nucléaire.
Ouvertement opposé à ce texte qu'il a qualifié de « plus mauvais deal de l'histoire américaine », M.
Trump a suspendu les sanctions en septembre dernier « temporairement », avant d'annoncer en octobre qu'il ne certifierait pas l'accord. « En montrant à l'opinion publique américaine un régime autoritaire, prêt à réprimer sa population et sa jeunesse, il le rend infréquentable et se donne un argument pour ses décisions à venir », observe M. Sellin. La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a expliqué mardi qu'aucune « décision finale » n'avait été prise pour le moment sur le sujet, ajoutant que l'administration Trump garde ses « options ouvertes en termes de sanctions ».

 

 (Lire aussi : L’Iran périphérique, à la source de la contestation du pouvoir)

 

« Provocations » des « étrangers »
Sans surprise, les commentaires de M. Trump ont été vertement accueillis par Téhéran qui voit d'un mauvais œil l'investissement de Washington sur ce dossier, alors que la grogne populaire persiste à l'intérieur du pays. Suite à l'annonce de Mme Haley, le représentant iranien à l'ONU, Gholamalo Khoshroo, s'est notamment plaint auprès du Conseil de sécurité mercredi dans une missive en réponse aux propos de la Maison-Blanche. « L'administration américaine actuelle a franchi toutes les limites en enfreignant les règles et les principes du droit international régissant la conduite civilisée des relations internationales », a écrit le diplomate. « Au cours de ces derniers jours, l'administration américaine dirigée par le président américain a augmenté ses interventions d'une manière grotesque dans les affaires intérieures de l'Iran sous prétexte de fournir un soutien à des manifestations sporadiques », a-t-il insisté.

Après une longue attente, le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, est sorti de son silence mardi, estimant, dans une allocution télévisée, que « les ennemis (de l'Iran) s'étaient unis en utilisant leurs moyens, leur argent, leurs armes (...) et leurs services de sécurité pour créer des problèmes au régime islamique ». Ils n'attendent « qu'une occasion pour s'infiltrer et porter des coups au peuple iranien », a-t-il poursuivi. Un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a aussi fustigé le président américain mardi, estimant « qu'au lieu de perdre son temps en envoyant des tweets inutiles et insultants, (M. Trump) ferait mieux de s'occuper des problèmes intérieurs de son pays, notamment (...) ses millions de sans-abri et d'affamés ».

Téhéran est notamment appuyé par Moscou dans ce face-à-face avec Washington. « Nous avertissons les États-Unis de ne pas tenter d'intervenir dans les affaires intérieures de la République islamique d'Iran », a déclaré hier le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, dans un entretien avec l'agence de presse TASS. « Ce qui se passe est une affaire intérieure qui attire l'attention de la communauté internationale (...), je suis convaincu que notre voisin (l'Iran), dont le gouvernement est notre ami, saura surmonter les difficultés actuelles », a-t-il affirmé.
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a également fait référence à des « étrangers » en Iran qui « font de la provocation, et celles-ci ne sont pas correctes », dans une interview diffusée hier sur la chaîne française LCI. « Il ne faudrait pas que des personnes de l'extérieur viennent (...), il ne faut pas s'ingérer dans les affaires intérieures du pays », a-t-il ajouté.

 

(Lire aussi : Nasrallah : La contestation en Iran est terminée)

 

Alors que les théories du complot fusent sur les réseaux sociaux pointant du doigt les États-Unis dans l'organisation des manifestations, le régime iranien use du même discours traditionnel envers son « ennemi juré » et l'Arabie saoudite. Dans cette optique, les déclarations de Donald Trump, qui se veulent pour la défense des manifestants, pourraient en réalité nuire aux intérêts des protestataires en mettant ces derniers davantage en porte-à-faux et servir d'argument pour confirmer les théories avancées par la République islamique pour appuyer une vague de répression plus sévère.

« Pour les manifestants iraniens, les interventions de Trump, répétitives et sans finesse, sur une grille de lecture se résumant au bien contre le mal, ont été très contre-productives », note Corentin Sellin. Selon le spécialiste, « le président Hassan Rohani a par ailleurs noté la forte contradiction d'un Trump se faisant le chantre du bonheur du peuple iranien tout en prônant une reprise des sanctions empêchant justement ce peuple de vivre correctement ».

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DES GAFFES A LA PELLE !

Sarkis Serge Tateossian

Je ne parle de pas du fond du sujet .... (il est vaste)

Je parle bien de Trump : Ce type ne pourra jamais œuvrer dans l'intérêt de l'Amérique encore moins des intérêts des régions du proche ou moyen orient.
Il est aveuglé par son siège (qui parait toujours éjectable) Il suffit de suivre les actualités de la maison blanche.

Quand on écoute les chaines principales d'Europe ou même d'Amérique il est juste question des déboires (graves) du milliardaire, starlette des téléréalités.....

Alors que lui décide du sort de Jérusalem, du Cuba, d'Iran ou je ne sais encore quel coin du globe!

Un accident navrant, l'élection de Trump à la tête d'une hyperpuissance ....

Allez, un cigare cubain pour calmer un peu les nerfs ...

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