À Téhéran, les habitants n’ont pas pris part aux manifestations qui se déroulent depuis plusieurs jours dans le pays. Atta Kenare/AFP
Hamed, musicien, a participé une fois aux manifestations qui ont commencé le 28 décembre dernier en Iran. Il fait la liste des raisons qui les poussent tous à sortir : « Chômage, pauvreté, manque de pouvoir d'achat et corruption d'abord... puis liberté d'expression, droits de l'homme et démocratie. » Pour lui, l'objectif n'est pas de faire durer les protestations. « L'idée c'est de réveiller nos élites pour qu'elles pensent aux gens », affirme-t-il.
Depuis cinq jours, un coup de projecteur vient éclairer les revendications d'une partie de la population iranienne qui subit une forte pression économique. Car, si le président modéré Hassan Rohani a réussi à baisser le taux d'inflation de 40 % au début de son premier mandat à environ 10 %, il doit encore faire face à un taux de chômage d'environ 12 %. Le salaire moyen est de 300 euros et la récente montée des prix a entraîné une baisse du pouvoir d'achat de la population. Enfin, la présentation du budget de l'année à venir (en mars) et ses mesures d'austérité représentent la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.
« Cela fait 6 mois que tous les jours, partout dans le pays, les travailleurs, les professeurs, les retraités, etc. sortent dans les rues pour protester contre cette situation, et il y en a qui demandent encore pourquoi c'est arrivé d'un coup ? » s'interroge Arash sur Twitter. Parmi les manifestants, on trouve donc des déçus du président Hassan Rohani, réélu il y a sept mois, mais aussi des personnes qui ne votent pas et qui ne croient pas – ou plus – à une évolution progressive. Les slogans scandés visent directement le président ainsi que le guide suprême Ali Khamenei. Ces manifestants sont en quelque sorte les oubliés du système. Pour autant, pour Zahra, il est impossible que ces rassemblements prennent plus d'ampleur : « S'ils baissent les prix, les gens rentreront chez eux. » Selon Fatemeh S., cette fois, les revendications des manifestants seront entendues, « contrairement aux dernières fois ».
Mais, à Téhéran, nombreux sont ceux qui restent sceptiques. Pour Fatemeh A., c'est la droite radicale qui est à l'origine de ces soulèvements. Ils ont commencé dans la ville sainte chiite et conservatrice de Mashad, à l'est de l'Iran, avant de se déplacer vers l'Ouest, dans les provinces du Lorestan et du Kurdistan iranien ainsi que dans le nord de l'Iran. Ils auraient donc été organisés au départ pour nuire au gouvernement de Hassan Rohani avant de prendre une tournure incontrôlable.
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De la manifestation aux émeutes
Sur Twitter, certains condamnent les violences commises par les manifestants : « Donc, pour obtenir des droits, vous brûlez les voitures, les magasins et les quartiers des gens normaux, vous qui ne pouvez vous battre contre "ceux d'en haut" », écrit un utilisateur en colère avant qu'un autre lui conseille de ne pas faire de généralités. « En 2009, Dieu en est témoin, j'étais dans les rues tous les jours. Nous étions des millions et jamais nous n'avons brûlé un seul bureau de police ! Pourtant, on nous tirait dessus. C'est ridicule ! » s'emporte la jeune femme qui constate que, malgré les dérives, la répression n'est finalement pas si sévère.
Depuis le début des soulèvements, cependant, une vingtaine de personnes ont perdu la vie et plus de 450 personnes ont été interpellées à Téhéran. Par ailleurs, les autorités ont bloqué de manière provisoire l'accès à Instagram et Télégram, deux applications très utilisées par les Iraniens. Dans les rues de la capitale, un canon à eau et une forte présence policière : l'atmosphère est tendue. Maria n'a pas participé aux manifestations, elle raconte qu'il y a deux jours les forces spéciales étaient sur toute l'avenue Enghelab : « Elles jouaient avec la manette de gaz de leurs motos. Peut-être pour nous faire peur. » Parsadokht était à l'Université de Téhéran : « C'était très agité et confus. Les gens lançaient des slogans et recevaient des coups de bâtons électriques », dit-il.
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« 2009 ne se répétera jamais »
Massoumeh, elle non plus ne comprend pas. Cette étudiante de 27 ans était aussi dans les rues lors des manifestations de 2009 contre la réélection d'Ahmadinejad : « C'est allé trop vite, cette fois. Il n'y a aucun leader. Qu'est-ce que veulent exactement ces gens ? Surtout après ce qui s'est passé en 2009 », dit-elle.
La comparaison avec le mouvement vert agace Ahmad qui a voté pour Hassan Rohani aux dernières élections : « 2009 ne se répétera jamais. Nous étions 4 millions dans les rues. Ce n'est pas comparable avec les quelques milliers de personnes qui manifestent aujourd'hui », lance-t-il, impatient. Il fait également remarquer que les réformateurs gardent leur distance, tout autant que les conservateurs : « Seuls les plus pauvres sont dehors. Dans un ou deux jours, ça va se calmer », assure-t-il. La situation reste cependant imprévisible et témoigne d'une division de la société. Pour Vali, il faut attendre de voir si dans la semaine à venir les Téhéranais décideront ou non de suivre le mouvement.
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10 h 22, le 04 janvier 2018