X

Moyen Orient et Monde

Quand les Syriens suivent de près les protestations en Iran

Témoignages

De nombreux activistes antirégime se montrent solidaires envers les manifestants.

04/01/2018

Depuis le début des manifestations en Iran, lancées jeudi dernier à Machhad dans le nord-est du pays, Amer suit attentivement les nouvelles sur les réseaux sociaux. Ce réfugié syrien originaire d'Alep vit depuis quelques années en Turquie, et comme bon nombre de ses compatriotes, il se sent directement concerné par les protestations survenues ces derniers jours. « Je soutiens le peuple iranien à 100 %. Le régime iranien est comme le régime syrien, voire pire », estime-t-il. Les opposants au régime voient la situation comme un juste retour de bâton contre le pouvoir iranien, qui a participé depuis ses débuts à la crise syrienne, en soutenant financièrement et militairement le régime de Bachar el-Assad. « Nous n'avons aucune animosité envers le peuple iranien qui est notre ami. J'avais moi-même plusieurs amis et connaissances venus de ce pays lorsque je faisais mes études de médecine à Alep. Notre problème, c'est le régime iranien qui a du sang sur les mains en Syrie », défend de son côté le Dr Abou Ahed, de Kfar Batna, dans la Ghouta assiégée par le régime. Tout comme Amer, ce médecin n'a pas été surpris lors du début des manifestations en Iran. « Ils vivent sous une dictature et ils sont pauvres à cause du gouvernement qui dépense de l'argent dans des guerres à travers les pays de la région », poursuit-il.

Haitham*, en revanche, ne cache pas sa surprise. « Je ne pensais pas que le peuple iranien aurait l'audace de se retourner contre le pouvoir », confie ce réfugié d'un camp du rif d'Alep. « J'espère que le régime iranien va enfin goûter à ce qu'il nous a fait subir », poursuit-il. Lors des différentes manifestations de ces derniers jours en Iran, le slogan « Sortez de Syrie » a pu être entendu à plusieurs reprises. « Peut-être que certains disent cela par solidarité avec nous, mais je pense qu'ils sont surtout conscients que ces guerres par procuration, en Syrie ou au Yémen, ont ruiné leur pays », estime Ragheb*, déplacé avec sa famille à al-Bab. Même constat chez Antoine, un habitant d'Alep. « Les manifestants iraniens n'ont pas tort de protester puisqu'ils ne trouvent pas de situation confortable chez eux, alors que des ressources conséquentes de leur pays sont employées à l'étranger », dit-il. En tant que chrétien, prorégime, il ne partage pas la rancœur contre le pouvoir iranien observée chez ses compatriotes anti-Assad. « L'Iran a activement participé à sauver la Syrie du fanatisme takfiriste, qui est le mal absolu », estime-t-il.

 

(Lire aussi : À Téhéran, les habitants restent sceptiques)

 

Solidarité mutuelle
Sur la Toile, l'opposition s'active. De nombreux activistes syriens se sont associés à leurs collègues iraniens, pour la plupart en exil. Des pages Facebook ou des comptes Twitter ont même été créés par des Syriens afin d'afficher leur solidarité avec les protestataires. « J'ai reçu des centaines, voire des milliers de messages de mes amis syriens sur toutes les plates-formes des réseaux sociaux. Ils veulent savoir comment aider et ils prient pour que le soulèvement en Iran soit un succès », confie de son côté Ali Reza, un dissident iranien exilé en Europe, contacté via WhatsApp. Des mots plein d'espoir de Syriens d'Idleb, de Hama, de la Ghouta, de Turquie ou d'Europe inondent sa messagerie : « Enfin se réalise le rêve des Iraniens », « Mabrouk », « Que le peuple iranien triomphe de l'injustice. Que Dieu vous protège », « D'Idleb sous les décombres, nous vous suivons et nous unissons à votre cause ». Des activistes lui demandent même de les aider à traduire leurs messages en farsi, afin de « faire porter (leur) voix au peuple iranien » en guise de solidarité. Un logo créé en 2016 par des Iraniens avec le hashtag WithSyrianRevolution a même été repris, cette fois-ci par les activistes syriens.

À Paris, Gaziantep ou en Syrie, les revendications des Syriens de l'opposition sont les mêmes. « Je suis à 100 % derrière chaque peuple qui veut faire tomber un régime dictatorial. J'espère que le peuple iranien prendra le pouvoir afin que les ingérences dans la région cessent une fois pour toutes », estime Salah, un Alépin réfugié en France. « Quand j'ai vu le début des manifestations, la première chose à laquelle j'ai pensé est qu'Inchallah, enfin, nous puissions nous débarrasser des milices iraniennes présentes en Syrie, car elles ont dévasté et corrompu notre pays », affirme Ragheb. Hussein, réfugié en Turquie, a eu, lui, comme un sentiment de déjà-vu. « C'était comme si je repassais le film du début de notre révolution », dit-il. Ce dernier s'informe en correspondant par messages avec une amie iranienne. Mais la connexion reste difficile à cause du contrôle et de la censure du gouvernement iranien.

Au vu de l'échec de la révolution syrienne contre un régime qui a été sauvé grâce à de puissants alliés, l'Iran et la Russie, les opposants restent prudents. « On espère juste que les manifestations resteront pacifiques, loin de toute militarisation, afin qu'une guerre civile comme la nôtre soit évitée », estime le Dr Abou Ahed. « J'ai peur pour les manifestants. J'espère qu'ils ne subiront pas le même sort que nous et qu'ils réussiront à se libérer d'un régime criminel sans qu'une seule goutte de sang ne soit versée. Il faut qu'ils évitent à tout prix de se faire instrumentaliser par les puissances étrangères », poursuit de son côté Amer. Mais il n'est pas dupe. « Même si les Iraniens quittent la Syrie, il nous restera les Russes », déplore-t-il, même s'il ne manque pas d'ironiser sur un possible renversement des religieux iraniens. « C'est le Hezbollah et les houthis qui risquent de se retrouver comme des clochards sans la manne financière de leur parrain iranien », dit-il.

 

*Les prénoms ont été changés.

 

Lire aussi

L’Iran périphérique, à la source de la contestation du pouvoir

Aux États-Unis, le soutien ardent des conservateurs aux manifestants iraniens

Canicule printanière, l'éditorial de Issa Goraieb

L’interventionnisme iranien dans la ligne de mire des manifestants

Rohani le « modéré » marche sur des œufs

Six journées de colère iranienne

A l'origine des manifestations en Iran, un ras-le-bol, aussi, des mesures d'austérité prises par Rohani

"La vie est vraiment dure", confient des Téhéranais

Netanyahu souhaite "bonne chance au peuple iranien dans sa noble quête de liberté"

En Iran, "le début d'un grand mouvement", selon Shirin Ebadi

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Le dossier des déplacés syriens au menu des entretiens de Merkel à Beyrouth

Les matchs d’aujourd’hui

  • Danemark
    Australie

    21/06

    15h00 (GMT+3)

  • France
    Pérou

    21/06

    18h00 (GMT+3)

  • Argentine
    Croatie

    21/06

    21h00 (GMT+3)

Le Journal en PDF

Les articles les plus

Impact Journalism Day 2018
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué