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Culture

L’éternelle renaissance de la Jamila

L’artiste de la semaine

Elle se produit au Grand Factory dans le cadre de Beirut and Beyond et présente son nouvel album, « Jamilat » : la belle Yasmine Hamdane à la voix voluptueuse est de retour.

18/11/2017

Une allure de féline qui a réussi à se tenir debout malgré tous les écueils, les incompréhensions, les critiques ou les étiquettes. Une voix de velours, sensuelle, hypnotique, qui fait tourner la tête ou encore les aiguilles du temps. Yasmine Hamdane est de retour à Beyrouth pour d'émouvantes retrouvailles avec le public libanais. Depuis des années, elle habite les airs, fait plus de cent vols par an, effectue des tournées autour de la planète et des rencontres avec des musiciens de partout. Elle retrouve, enfin, sa patrie, « la musique ».

Après avoir fait ses premiers pas dans un groupe underground devenu culte, The Soapkills, la jeune chanteuse voyage, va chercher plus loin ses connexions, ses extensions. Un désir ardent, « une urgence », comme elle aime à l'appeler, qui la pousse à aller ailleurs, toujours plus loin. Cet espace de liberté qu'elle a longtemps cherché dans une société libanaise qui l'a mal comprise et a voulu l'emprisonner avec des étiquettes, elle l'a enfin recomposé à sa manière. Pour elle. Parce qu'elle tonne que des mots comme activisme, féminisme ou underground ne font que limiter son vrai et unique engagement pour la musique. Mélanger les genres, briser les frontières virtuelles et casser les carcans : telle est sa véritable voie.
Yasmine Hamdane est une mutante. Nourrie dès son jeune âge à la musique arabe, et plus précisément celle des films égyptiens et des grandes divas comme Asmahane ou Oum Kalsoum – qu'elle aime surnommer les « dealers » de la musique d'un Orient à jamais sublimé –, elle y greffera des tonalités bédouines et des saveurs au goût de désert, mais aussi un tempo occidental et jazzy.

Qui peut croire que cette boule de feu, pleine d'énergie, qui ne cesse de créer des chocs entre la musique traditionnelle arabe et la pop occidentale, et qui collaborera plus tard avec de prestigieux musiciens et producteurs, dont Mirwais (Madonna) et Marc Collin (NouvelleVague), était une adolescente mélancolique qui ne trouvait pas de réponses à ses questionnements... « Étant de la génération postguerre, les jeunes n'avaient pas droit à la parole, j'ai dû prendre la voix moi-même et m'exprimer. C'est ainsi que la musique m'a sauvé la vie », a-t-elle avoué un jour.

 

(Pour mémoire : Arabité et branchitude : la pari pas encore gagné de Yasmine Hamdan)

 

Tomates massacrées...
Yasmine Hamdane est aussi une nomade. Tout comme ses parents qui se sont longtemps déplacés de pays en pays, elle ne trouve pas de difficultés à défaire et refaire sa valise. La vie en tournée, quoique fatigante, est très amusante. « Ce qui m'embête vraiment, c'est de tomber malade lors d'une tournée ou de sacrifier une obligation familiale », précise-t-elle.

Obsessionnelle et perfectionniste, la chanteuse retrouve son alter ego en 2002 lorsque, installée à Paris, elle est contactée par le réalisateur Élia Suleiman pour son film Intervention divine. Avec son époux, elle vit une complicité sans borne teintée de beaucoup de tendresse, d'humour et de rires. « Je peux faire des tas de choses à la fois, comme me brosser les dents, envoyer un mail et écouter de la musique, ce qui le rend dingue. À son tour, il peut me renvoyer de la cuisine en me reprochant d'avoir massacré les tomates en les découpant. J'accepte toutes les critiques venant de sa part parce qu'elles sont constructives. Il veille sur ma carrière et me guide dans mon parcours. C'est nourrissant d'être avec une personne aussi inspirante qu'Élia Suleiman, consciente politiquement et que j'admire humainement. Ce qui me motive à devenir une meilleure personne. »

Dans cet album Jamilat, Élia Suleiman joue le rôle de producteur exécutif. Il y réalise tous les clips de sa compagne. Pour sa part, elle est consultante artistique musicale sur ses films et lit tous ses scénarios. Et si l'interprète-compositrice apparaît toujours comme ce volcan en éruption, elle est cependant métamorphosée grâce aux multiples expériences et rencontres qui traversent sa vie. Elle se dit privilégiée de faire la musique qu'elle aime, qui la rafraîchit et lui donne de l'espoir. « Je sais que grâce à l'amour de cette musique, j'ai osé prendre des risques et être aujourd'hui une et multiple, à la fois explorateur et passeur. Je suis à la place où j'ai toujours désiré être. »

1976
Naissance au Liban-Sud

1976
départ pour la France, puis les Émirats arabes unis, la Grèce et le Koweït

1990
retour au Liban

1997
Naissance de Soap Kills

2002
rencontre Élia Suleiman qu'elle épouse

2005
dissolution du groupe

2011
collaboration avec Mirwais, puis Marc Collin

2014
elle joue et chante dans «Only Lovers Left Alive» de Jim Jarmusch

 

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