Papilles

L’Atelier du miel, une ruche pleine de saveurs

Les deux frères sur le terrain. Photo D. R.

L'aventure a commencé fin 2011. Marc Bou Nassif, architecte diplômé de l'ALBA, actuellement âgé de 37 ans, désire se lancer dans un projet, un domaine qu'il ne connaît pas vraiment. Désirant surtout se rapprocher de la nature, il pense presque spontanément à l'apiculture, un produit de consommation pur, naturel, mais dont le marché est inondé de produits frelatés. Il propose l'idée à son frère Ralph, de deux ans son cadet, ingénieur diplômé de l'ESIB et de HEC.
Les deux hommes achètent trente ruches qu'ils placent auprès de trois apiculteurs. « Nous venions de commencer et nous avions tout à apprendre. C'était bon d'avoir eu affaire à trois apiculteurs même si vingt ruches, chez deux d'entre eux, n'ont pas passé l'hiver », raconte Marc Bou Nassif. Ils ont appris leurs premières leçons sur l'art de confectionner du miel.
C'est ainsi donc qu'a commencé l'histoire de l'Atelier du miel, qui cultive certes du miel naturel mais propose aussi une grande variété de « parfums » et toutes sortes de confiseries à base de miel dans de beaux emballages, comme les nougats, les sucettes et le marron glacé.
Les deux frères n'ont toujours pas quitté leur travail dans les domaines de leur spécialisation, mais ils consacrent de plus en plus de temps à leur projet, Marc surtout. Leur mère Zalfa, en parfaite reine de la ruche, leur prête main-forte.
Pour pouvoir démarrer cette affaire, ils se sont endettés auprès d'une banque et ont ouvert une boutique à la fois coquette et accueillante, ayant pignon sur la rue Schéhadé à Achrafieh. Suivront deux stands à l'ABC et l'aéroport de Beyrouth. Aujourd'hui, grâce à de nouveaux partenaires séduits par leur produit et une réputation solide sur le marché, ils ont mis en place un atelier et un café à Mar Mikhaël, qui propose au menu toutes sortes de plats à base de miel.
« Comme nous sommes en Méditerranée, nous pouvons produire du miel à 100 % naturel toute l'année. Nous n'avons qu'à déplacer les ruches vers le littoral quand il commence à faire froid en montagne », explique Marc Bou Nassif, qui a placé une partie de ses ruches dans son village de Kfarkatra dans le Chouf.
« Même si je ne suis jamais allé au village quand j'étais petit, le projet m'a permis de me rapprocher de la nature, de découvrir le Liban, du nord au sud, d'est en ouest. Désormais, je vois les saisons différemment. À Beyrouth, ce sont les néfliers qui sont en fleurs en décembre. Et cela personne ne le remarque », ajoute-t-il, notant que certaines ruches de l'Atelier du miel sont également placées sur le toit d'un immeuble à Badaro, dans les jardins de particuliers qui veulent produire leur propre miel maison, à l'ESA, à la Résidence des Pins et au palais présidentiel. « Le miel récolté dans la résidence de l'ambassadeur de France et celle du chef de l'État n'est pas commercialisé. Un projet est en cours pour le vendre ponctuellement afin de lever des fonds pour des causes déterminées », rapporte-t-il. « En été, les ruches sont placées en montagne, notamment dans diverses cédraies du Liban. En hiver, nous les mettons par exemple dans les orangeraies de Tyr ou même à Hazmieh qui compte de nombreux eucalyptus, ainsi qu'à Baabda où poussent des chênes », dit-il.
Zalfa Bou Nassif ne s'occupe pas des ruches mais de la confiserie. C'est une belle femme blonde et mince, spécialisée en philosophie et en théologie. Elle enseigne dans de nombreuses écoles et universités, notamment à l'Université La Sagesse.
« Je passe au moins huit heures par jour à essayer des recettes ou confectionner des produits pour la vente », confie-t-elle. « Toutes les recettes sont de sa création. Le travail et les essais ont été faits dans notre appartement à Hazmieh, bien avant l'ouverture du café et de l'atelier à Mar Mikhaël, en mai dernier, chez nous », renchérit son fils.
« Marc et Ralph ont mis la maison sens dessus dessous, nous avions des produits partout, mais j'ai accepté avec le sourire même si j'ai la réputation d'être une obsédée du rangement ! J'ai toujours détesté confectionner des pâtisseries, poursuit-elle, car il faut être méticuleux, respecter le grammage exact... Mais là, j'ai testé certaines recettes une cinquantaine de fois avant de les réussir. J'ai juste voulu les aider et être auprès d'eux dans cette belle aventure », dit-elle.
Cette mère dévouée et passionnée, qui a inventé de nombreuses recettes à partir de recherches, n'en révèle les secrets à personne, même les gens qui travaillent avec elle derrière les fourneaux.
Pour partager la qualité de ses produits, l'Atelier du miel ouvre sa cuisine à tous et dispense des formations permettant à celles et ceux qui le désirent de confectionner des nougats, des marrons glacés ou d'autres produits à base de miel.
Depuis l'été dernier, l'Atelier du miel organise régulièrement des visites dans des sites naturels du Liban où ses ruches sont placées, comme les cèdres de Tannourine par exemple.
« C'est une façon de permettre au plus grand nombre de découvrir le Liban comme moi je l'ai fait », note encore Marc Bou Nassif, qui confie également avoir développé une allergie aux abeilles il y a quelques années, tout juste après avoir entamé son travail dans l'apiculture. « Mais je sais me protéger désormais. Quand j'inspecte les ruches, mes médicaments sont avec moi au cas où je suis piqué ! » conclut-il.

 

Dans la même rubrique

La cuisine bonne humeur de Luana Belmondo

adia Zeidan, des racines et des parfums

Les « Good Thymes » et vibes de Fady Aziz

Claude Chahine Shehadi, la passion de la cuisine levantine

Le hommos bohème de Charles et Sylvia

Lara Batlouni : la cuisine, une alchimie

Omar Koreitem, de la mairie de New York à la restauration parisienne

 


L'aventure a commencé fin 2011. Marc Bou Nassif, architecte diplômé de l'ALBA, actuellement âgé de 37 ans, désire se lancer dans un projet, un domaine qu'il ne connaît pas vraiment. Désirant surtout se rapprocher de la nature, il pense presque spontanément à l'apiculture, un produit de consommation pur, naturel, mais dont le marché est inondé de produits frelatés. Il propose...

commentaires (0)

Commentaires (0)