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La Dernière

Fadia Zeidan, des racines et des parfums

Papilles
26/10/2017

Fadia Zeidan habite la France depuis 25 ans, plus précisément à Illkirch-Graffenstaden, une banlieue de Strasbourg. Originaire de Ksaibé, dans le caza de Baabda, avec un long passage par Amchit où elle a vécu, cette Libanaise a emporté avec elle, en partant en France, les odeurs et les goûts de son pays. L'huile d'olive de son Liban l'emporte sur le beurre de Strasbourg, et les odeurs de sel marin et de forêts de pins parasols de la Méditerranée effacent encore celles des rôtisseries, des saucisses et de la choucroute de l'est de la France.

Fadia Zeidan vient de sortir un livre sur la cuisine libanaise intitulé, en toute simplicité, Liban, toutes les bases de la cuisine libanaise (éditions Mango). Il présente cinquante recettes de plats locaux, à l'huile, à base de légumineuses, de viande, des desserts et des sirops... Ces recettes sont accompagnées d'un historique et de petites histoires sur les traditions culinaires.

« Publier un livre sur la cuisine libanaise a toujours été mon rêve, souligne-t-elle. Je voulais laisser une sorte de guide pratique pour mes enfants. Mais je savais qu'un tel projet allait me coûtait trop cher », raconte cette mère d'une petite famille composée de deux enfants, une fille et un garçon.
« Je tiens un blog depuis six ans, baptisé "Cuisine du Liban", précise-t-elle. J'y ai publié jusqu'à présent 120 recettes et je reçois chaque mois environ 100 000 visiteurs. Ce sont surtout des étrangers qui me lisent, je le devine à leurs questions. Un Libanais qui veut des précisions sur une recette de cuisine ira les trouver auprès de sa famille, en général. »

Son rêve de publier un livre s'est réalisé le 15 novembre dernier. L'auteure, diplômée en sociologie et travaillant actuellement dans une garderie de la banlieue strasbourgeoise, se souvient exactement des circonstances. « Ce jour-là, j'ai été contactée par la maison d'édition Mango qui publie des livres de recettes faciles de cuisine internationale », raconte-t-elle.
Cap donc sur Paris. Forte des souvenirs et des recettes de sa mère disparue, elle s'entretient avec les responsables du projet et se met au travail.

« Ce n'était pas facile. Il fallait détailler les recettes, donner le grammage exact des ingrédients et, aussi, aller à la recherche de l'histoire et des racines de cette nourriture libanaise prisée partout en Europe. »
Le livre, sorti en juin dernier en France, connaît un franc succès. Il est également distribué au Canada et en Italie. « Notre cuisine est une affaire de racines et surtout de parfums », note-t-elle, relevant que le fait de cuisiner libanais en France, surtout pour ses enfants, « est une façon de garder le Liban vivant en nous, même si nous l'avons quitté ».

Fadia Zeidan porte clairement son pays natal dans la peau, du vert sombre et velouté des pinèdes de son village natal de Ksaibé au bleu fluide salé et étincelant de Amchit, la localité côtière où elle s'était installée durant une dizaine d'années avant de s'envoler avec son mari pour la France. En l'écoutant, chaque détail, qui semble encore présent, se retrouve d'une certaine manière dans ses recettes.
« Quand je pense au Liban, ce sont surtout les odeurs de mon enfance au village qui me reviennent, confie-t-elle. Ksaibé comptait plusieurs petites fabriques agroalimentaires, des petites usines artisanales où l'on cassait les pommes de pin pour retirer les pignons, et même des pressoirs pour extraire la mélasse des écosses de caroubier. »

L'été, elle pouvait respirer un air qu'elle n'a jamais oublié, rempli des odeurs vertes des pins parasols, sucrées des écosses brunes et froissées des caroubiers et acidulées du kechek blanc qui séchait aux terrasses des maisons.
Et ce sont ces parfums exaltés par le soleil qu'elle a emportés avec elle dans l'est de la France où il fait froid et qu'elle retient encore.
Vingt-cinq ans à l'étranger, un livre sur la cuisine libanaise, un blog à succès et peut-être encore d'autres projets. Fadia Zeidan passera encore du temps à l'étranger. Mais un jour, elle est sûre, elle rentrera définitivement au Liban et prendra ses déjeuners du dimanche entourée des siens, à l'ombre des pins de son village natal.

 

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