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Crise au Liban : les appels à la "non-ingérence" se multiplient

démission de saad hariri

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Bahram Qassemi, affirme que l'"Iran ne s'ingère pas dans les affaires libanaises" et "souhaite le retour de M. Hariri à Beyrouth le plus tôt possible".

OLJ/AFP
13/11/2017

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a appelé lundi à la "non-ingérence" au Liban après la démission du Premier ministre Saad Hariri, tandis que son homologue allemand disait ses craintes que le pays ne devienne "le jouet" de l'Arabie saoudite.

"Pour qu'il y ait une solution politique au Liban, il faut que chacun des responsables politiques ait évidemment sa totale liberté de mouvement et que la non-ingérence soit un principe de base", a déclaré M. Le Drian en arrivant à une réunion avec ses homologues de l'Union européenne à Bruxelles.
"Pour l'instant", M. Hariri "déclare être libre de ses mouvements, nous n'avons pas de raison de ne pas le croire", a toutefois tenu à souligner M. Le Drian.

"Nous sommes préoccupés de la situation au Liban parce que le Liban a une longue histoire avec la France, et nous sommes soucieux de sa stabilité, nous sommes soucieux de son intégrité, nous sommes soucieux de la non-ingérence et nous sommes soucieux de la Constitution libanaise", a martelé le ministre, qui a souhaité "que le gouvernement libanais puisse se stabiliser le plus vite possible".

La porte-parole du Quai d'Orsay, Agnès Romatet-Espagne, a ensuite précisé que cet appel à la non-ingérence visait l'ensemble des acteurs régionaux impliqués dans la crise libanaise.
"Nous souhaitons que tous ceux qui exercent une influence au Liban permettent aux acteurs politiques de ce pays d'exercer pleinement leurs responsabilités", a-t-elle souligné dans un point de presse électronique.

"Le Liban risque de retomber dans de graves confrontations politiques et peut-être militaires. Afin de prévenir ceci, nous avons en particulier besoin du retour (au Liban) du Premier ministre actuel, d'une réconciliation dans le pays et d'empêcher une influence de l'extérieur", a pour sa part insisté le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel. Le Liban "ne doit pas devenir un jouet de (...) la Syrie, de l'Arabie saoudite ou d'autres", a ajouté M. Gabriel.

L'Union européenne a également demandé qu'il n'y ait "aucune interférence extérieure" au Liban, a affirmé sa Haute représentante Federica Mogherini. "Nous jugeons qu'il est essentiel d'éviter d'importer au Liban des conflits régionaux, des dynamiques régionales, des tensions régionales qui doivent rester en dehors du pays", a martelé Mme Mogherini en annonçant qu'elle recevrait mardi matin à Bruxelles le ministre libanais des Affaires étrangères, Gebran Bassil.

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Bahram Qassemi, a de son côté affirmé que l'"Iran ne s'ingère pas dans les affaires libanaises" et "souhaite le retour de Saad Hariri à Beyrouth le plus tôt possible".

Bagdad a pour sa part indiqué être en contact avec Beyrouth et Riyad afin de parvenir à une solution à la crise née suite à l'annonce par M. Hariri de sa démission.

Le ministre qatari des Affaires étrangères, cheikh Mohamed ben Abderrahmane al-Thani, a quant à lui souligné "la spécificité de la crise au Liban, un pays qui réunit différentes composantes", appelant à ne pas s'ingérer dans les affaires internes du pays.

 

(Lire aussi : Démission de Hariri : le récit des dix premiers jours de la crise)

 

Réunion "urgente" de la Ligue arabe
Lorsqu'il avait annoncé depuis Riyad sa démission, à la surprise générale, dans un discours diffusé par la chaîne à capitaux saoudiens al-Arabiya, le chef du gouvernement libanais avait dénoncé la "mainmise" de l'Iran et du Hezbollah, membre de son gouvernement et proche de Téhéran, sur les affaires intérieures du Liban.

Son geste a très rapidement été perçu comme un nouveau bras de fer entre l'Arabie saoudite sunnite, important soutien de M. Hariri, et l'Iran chiite, grand allié du Hezbollah, un mouvement chiite.
Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, avait accusé vendredi l'Arabie saoudite de "détenir" M. Hariri, qui a la double nationalité saoudienne et libanaise, et assuré que sa démission lui avait été dictée par Riyad.

A la demande de Riyad, les chefs de la diplomatie des pays arabes se réuniront "en urgence" dimanche prochain au siège de la Ligue arabe au Caire pour discuter des "violations" de l'Iran dans la région, a-t-on appris dimanche de sources diplomatiques.

 

(Lire aussi : Au lendemain de l'interview de Hariri, Aoun se montre optimiste)

 

Hariri annonce son retour prochain
Depuis l'annonce du 4 novembre, M. Hariri n'est pas rentré au Liban pour présenter officiellement sa démission. Et ce malgré les appels unanimes de la classe politique libanaise, y compris de la part du Courant du Futur, le parti de M. Hariri, à ce qu'il rentre au Liban. Ces derniers jours, plusieurs hauts responsables libanais ont même affirmé que le Premier ministre est retenu contre son gré dans la capitale saoudienne.

Mais dans une première interview depuis sa démission, Saad Hariri a assuré dimanche qu'il allait rentrer "très bientôt" dans son pays, assurant être "libre" en Arabie saoudite. Lors d'un entretien avec la chaîne de télévision libanaise Future, organe de son parti, M. Hariri a évoqué la possibilité de revenir sur sa décision mais en posant une condition : que le Liban applique une politique de distanciation et de neutralité dans les conflits régionaux. Il a dans ce contexte une nouvelle fois appelé l'Iran à ne pas s'ingérer dans les affaires du Liban et des pays arabes. Il a mentionné le Yémen, où les forces saoudiennes luttent contre les rebelles chiites houthis, soutenus par Téhéran, selon Riyad, et la Syrie où le Hezbollah combat aux côtés des forces de Bachar el-Assad.

 

(Lire aussi : Première interview de Hariri depuis sa démission : ses principales déclarations)

 

Dimanche, le président libanais, Michel Aoun, qui n'a toujours pas accepté la démission de M. Hariri, affirmant qu'il attendait de le rencontrer pour en discuter avec lui, avait réitéré son inquiétude quant aux "conditions mystérieuses" entourant la situation du Premier ministre à Riyad. "La liberté de mouvement de M. Hariri est limitée et plusieurs conditions lui ont été imposées", a affirmé M. Aoun, quelques heures avant la diffusion de l'entrevue, réaffirmant que "les propos de Hariri doivent être évalués avec précaution car ils ne reflètent pas nécessairement la réalité".

Un responsable libanais a d'ailleurs indiqué à Reuters, que Michel Aoun a déclaré à des ambassadeurs étrangers en poste à Beyrouth que Saad Harriri "a été enlevé". Deux hauts responsables du gouvernement libanais, un haut responsable proche de M. Hariri et une quatrième source interrogées par Reuters ont également déclaré que M. Hariri est retenu contre son gré en Arabie saoudite.

 

 

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LE PORTE PAROLE DE LA DIPLOMAGTIE IRANIENNE AFFIRME QUE L,IRAN NE S,INGERE PAS DANS LES AFFAIRES LIBANAISES... ET IL CROIT QUE LES LIBANAIS ET LE MONDE EN ENTIER VONT GOBER CETTE ANECDOTE ?

Sarkis Serge Tateossian

l'Europe et surtout la France doit se montrer encore plus présente, plus active.

gaby sioufi

en tout cas, ils peuvent etre fiers les responsables francais . TRES forts a parler pour ne rien dire- encore moins faire.

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