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Liban

Premier débat budgétaire depuis 2005 à partir d’aujourd’hui

La situation
Fady NOUN | OLJ
17/10/2017

L'heure de vérité a sonné. Aujourd'hui, premier mardi après le 15 octobre, s'ouvre la session ordinaire d'automne de la Chambre et avec elle le débat budgétaire qui doit permettre le vote du budget 2017, premier budget à être voté depuis 12 ans (2005). Le Premier ministre, Saad Hariri, rentré de Rome après avoir rencontré son homologue italien, y sera présent comme prévu. Pour certains, ce sera là encore un moment de victoire, un signe du redressement progressif des institutions, après des années d'égarement. Oui, mais...

La discussion budgétaire s'étalera sur trois jours et sera entamée par un débat parlementaire sur ce projet qui risque d'être particulièrement vif, et qui sera suivi du vote du projet, article par article. Les séances parlementaires seront retransmises en direct par les médias audiovisuels.
Hélas, le redressement des institutions passe par l'acceptation d'une entorse à la Loi fondamentale. En effet, comment va-t-on contourner l'obstacle constitutionnel de l'adoption d'un projet de budget, alors que le bilan comptable de l'exercice précédent n'est toujours pas achevé, comme le prévoit l'article 87 de la Constitution ? Pour les Forces libanaises, pour le parti Kataëb, il y a là une violation inacceptable de la Constitution.

Toutefois, en vertu d'un compromis entre les principales forces politiques, et notamment le chef de l'État et le président de la Chambre, décision a été prise de faire exception et d'ignorer « pour une fois et à titre exceptionnel » cette disposition constitutionnelle, en échange de la promesse que la clôture des comptes du budget 2016 sera achevée avant un an.

On sait d'avance que les deux partis cités plus haut interviendront sur ce sujet délicat, en affirmant que « l'accord sur une erreur n'en fait pas une chose vraie ». Les deux partis, en effet, souhaiteraient que « l'on ne ruse pas » avec la Constitution et que les dispositions de l'article 87 soient suspendues en vertu d'un vote aux deux tiers de la Chambre, comme il convient de le faire pour tout amendement constitutionnel. Mais au point où il en est, le pays n'en est pas à une entorse constitutionnelle près, assurent les milieux hostiles à un amendement de l'article 87, qui assurent que ce sera là « un moindre mal ».

Un comble, le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, anticipant sur les séances parlementaires, a affirmé hier que le projet de loi sur les nouveaux taxes et impôts voté avant le projet de budget 2017, pour nécessaire qu'il ait été, a permis « d'enrichir le Trésor de fonds qui dépassent la somme nécessaire au financement de la grille des salaires » (1 200 milliards de livres) et va assurer « des rentrées supplémentaires d'environ 1000 milliards de livres ! ».

Toujours est-il que, dès vendredi, et tout au long de la semaine qui suivra, le gouvernement s'attellera à mettre au point le projet de budget pour l'exercice 2018.

 

(Lire aussi : Chez Berry, Salam met en garde contre « la surenchère »)

 

Grincements
Le débat budgétaire s'ouvre alors que la plupart des députés sont déjà en pleine campagne électorale, et que de sérieux grincements se font entendre, notamment dans les rapports entre les ministres de l'Intérieur, Nouhad Machnouk et des Affaires étrangères, Gebran Bassil. « La politique étrangère met en péril la solidarité gouvernementale », a lancé dimanche M. Machnouk, critiquant « la politique de fait accompli » de son collègue. Prié de préciser si ces propos avaient l'approbation du chef du courant du Futur, M. Machnouk a répondu par la négative. De son côté, M. Bassil a vanté « la politique étrangère indépendante » qu'il suit et qui, selon lui, « ne déplaît à son collègue qu'en raison de ses allégeances » externes.
Toutefois, il semble que les dissensions qui se manifestent à cette échelle ne se répercuteront pas sur l'échelle plus grande des rapports entre le président Aoun et M. Hariri.

Non content de troubler les rapports de son courant avec celui du chef du gouvernement, M. Bassil s'est également mis en porte-à-faux avec le leader du PSP, Walid Joumblatt, en affirmant que 27 ans après la fin de la guerre, « la réconciliation dans la Montagne est toujours inachevée », et en jouant sur la corde identitaire chrétienne. Là aussi, il semble que des considérations électoralistes poussent M. Bassil à chercher à arracher autant de voix que possible aux Forces libanaises, qui devraient faire alliance avec le PSP au Chouf et à Aley.
Le chef du CPL a été même jusqu'à accuser, hier, les protagonistes de la « rencontre de Clemenceau », Walid Joumblatt, Saad Hariri et Nabih Berry, de chercher à « encercler le chef de l'État en créant un front druzo-chiito-sunnite dont les chrétiens seraient exclus ».

 

(Lire aussi : Réunion de la sous-commission parlementaire chargée de mettre en place un système de retraite)

 

Les déplacés
Ces zizanies politico-confessionnelles restent toutefois insignifiantes par rapport aux gros dossiers que le Liban affronte, à commencer par celui des déplacés syriens, qui représentent aujourd'hui 40 % de la population du Liban.
C'est la raison pour laquelle le chef de l'État a réuni hier, à Baabda, les représentants des cinq Grands du Conseil de sécurité, ainsi que ceux de l'Europe, des Nations unies et de la Ligue arabe, pour les placer devant leurs responsabilités.
« Il y va de la sécurité du Liban », a-t-il dit, mettant en garde contre « une explosion » qui rendra « difficile de contrôler le mouvement des déplacés ».

Du reste, ce dossier brûlant continuera d'être au centre des discussions et des voyages présidentiels prévus au Koweït et en Italie, comme de ceux du Premier ministre en Grande-Bretagne et en Chine.
Il le sera aussi au centre de la tournée pastorale que le patriarche maronite entame à partir d'aujourd'hui et jusqu'à la fin du mois aux États-Unis, où il assistera notamment au congrès de l'organisation « In Defence of Christians » (IDC), le 23 octobre à Washington.

 

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