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La Dernière

La Parrilla n’a d’argentin que le nom...

L’aile ou la cuisse
30/09/2017

La Parrilla. Ce mot, suggérant la grille d'un barbecue, est devenu le nom d'un restaurant local. Comme son nom l'indique, il s'agit d'un steak house argentin qui ne sert presque exclusivement que de la viande. Mais au Liban, où l'on aime bien détourner les formules, ce restaurant, du moins dans sa version estivale que L'Orient-Le Jour a voulu tester, sert non seulement du poisson, mais également des volailles et des pâtes, dans une carte bien plus fournie que pour les viandes.

Nous avions de grandes attentes avant d'arriver, le bouche-à-oreille, qui était très positif, avait attisé notre curiosité. La Parrilla, nous avait-on souvent dit, était la référence en matière de steak à Beyrouth.
Une référence ? Ce restaurant ne sert même pas un Bife de Chorizo, ​​normalement un must dans une parrilla. Plus connu sous le nom de New York Strip Steak, il est épais, juteux et savoureux. Introuvable aussi dans son menu : le Bife Angosto, plus connu sous le nom de Porterhouse, le best of de toutes les coupes de bœuf. Au lieu de cela, le Lomo, un classique de la parrilla, occupe la vedette. Cette viande célèbre est tendre et juteuse. Un peu plus fine qu'un Chorizo, elle est cependant bien plus chère. Faible en gras, elle est également faible en goût et n'est pas assez marbrée. En Argentine, les serveurs découpent des steaks Lomo de quatre pouces d'épaisseur avec une simple cuillère. Vous ne pouvez pas le faire à La Parrilla, bien qu'il soit tendre et plutôt onéreux (110 000 LL la portion). Le manque de gras peut parfois signifier un manque de saveur : voilà pourquoi les Argentins ont tendance à le manger moins comme steak et plus comme viande sandwich. Mais ici, les variations de Lomo constituent plus de la moitié des choix de grillades disponibles...

 

De graves lacunes
Le menu est rédigé en trois langues (français, anglais et espagnol – dialecte argentin). Une langue aurait suffi, si la carte était claire et la traduction valable. De plus, les serveurs manquent de professionnalisme et visiblement d'expérience. Ils n'ont clairement pas compris le menu qu'ils doivent proposer, alors éclairer le client dans son choix – ils ne connaissent rien au bœuf – est mission impossible ! Une petite clarification demandée à propos du Churrasco, et pour toute réponse, nous avons eu droit à un laconique « C'est une coupe de bœuf avec tout le gras d'un côté... Mais il est difficile de la mastiquer, vous feriez mieux de prendre un Lomo! ». Alors qu'en réalité, un Churrasco suggère une coupe désossée de bœuf qui est tranchée légèrement en forme de steak et grillée sur des charbons chauds ou sur une poêle très chaude.

Quant à la Goat Cheese and Beet Salad, elle nous a été servie avec un fromage de chèvre qui n'est même pas entré au four. Le Beef Carpaccio était recouvert de parmesan râpé au lieu d'être découpé en fines tranches ; de plus, l'assiette comportait bien plus de fromage que de bœuf, noyant ainsi le goût du carpaccio. Sans oublier la présentation, une faute de goût, un hors sujet. La Parrilla Burger, décrit comme un « classique juteux avec une touche gourmande », est ici surestimé et trop cher, manquant de goût, servi avec des pains tellement épais qu'on pourrait croire qu'il s'agit d'un plat de pain et non d'un hamburger. Le steak tartare commmandé « bien relevé » a été servi « bien épicé », avec des morceaux de poivron. Une maladresse révélatrice des erreurs répétées durant notre repas. Les assiettes de viande grillée ont été servies trop tôt, il a fallu attendre près de dix minutes pour que le reste des assiettes suive. Pendant ce temps, la viande avait refroidi. Et comme si cela ne suffisait pas, quelques instants plus tard, le serveur revient avec un moulin à poivre en demandant si nous en avons (encore) besoin...

Même les desserts manquaient de saveur et de présentation. Le pain perdu, qui aurait dû être enrobé de pommes caramélisées, était particulièrement sec. Au final, une touche positive, heureusement, nous a légèrement consolés : le cheese-cake aux fruits rouges, qui était à la fois bon et beau.
Autoproclamés « leaders du grill de ces 10 dernières années », les responsables de La Parrilla ont encore beaucoup d'efforts à faire pour offrir à leurs clients une véritable expérience de steak house. Et surtout, éviter de se lancer des compliments tels que : « Nous offrons la meilleure viande disponible en ville – vous pouvez vérifier nos évaluations pour en être assurés ! » Quand un client demande sa viande saignante (Jugoso), elle ne peut être servie à point (A Punto). Et comme dans tout restaurant argentin qui se respecte, où sont donc passés le Chimichurri (sauce savoureuse composée d'huile d'olive, d'ail et de persil) et le Criolla de Salsa (condiment à la tomate découpée en dés, oignons et persil) ? Zesty pepper, Rich mustard, Creamy mushroom : les sauces proposées sont plus françaises qu'argentines. La variété argentine de bœuf est au top lorsqu'elle est tout simplement grillée au feu de bois (Asados) avec une pincée de sel et servie avec une sauce Chimichurri ! Certains restaurants argentins de la ville offrent un hamburger et des plats supérieurs à ceux de La Parrilla. À 100$+ par personne, La Parrilla est hors de prix et ne vaut certainement pas tout le tapage publicitaire fait autour. Sans parler de l'humidité et la chaleur en terrasse, qui empêchent même d'apprécier la magnifique vue, à défaut d'un décor intérieur plus qu'ordinaire...

DATA
Son : niveau max = 97,3 dB, TWA = 49,8 dB
Qualité de l'air : 97/100 (bien), COV 0.05 ppm, humidité 82 %, température +25 °C.

NOTES
Son : 3/5
Décoration : 2/5
Personnel : 2/5
Plats : 2/5
Propreté : 4/5
Avis : moyen
Prix : très élevé.

EN RÉSUMÉ
On aime bien : la vue en terrasse, le cheese-cake aux fruits rouges.
On aime moins : le steak tartare, le Beef Carpaccio, le pain perdu, le Parrilla Burger

Le conseil : La Parilla Summer Edition à éviter, en espérant que la Winter Edition sera de meilleure qualité.

LA PARRILLA SUMMER EDITION
Rooftop du Warwik Palm Beach Hotel Rue de Phénicie, Aïn Mreissé Jusqu'à mi-octobre.

 

* Critique gastronomique

FB: www.facebook.com/CordonCourtine/
Insta: cordon.courtine
Mail: cordon.courtine@gmail.com

 

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Cadige William

Article pertinent peut etre mais Assassin.
Le cauchemar de chaque restaurateur,
Ce genre de journees noires arrive dans chaque etablissement, et toujours dans les meilleurs.
Ce genre de coups bas provient generalement de la cuisine souvent a l’insu du Gerant.
Ces lacunes vont vite etre surement tres vites resolues.
Il faut redonner sa chance a un des meilleurs etablissements de la ville.
Une deuxieme visite serait souhaitable.

Marionet

Bien documenté, précis dans ses avis, excellent guide culinaire que je suis à chacun de mes séjours au Liban.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE LAISSE AUX CARNIVORES LE SOIN DE COMMENTER...

Antoine Sabbagha

Une bonne formule pour les gourmets .

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