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La Dernière

Bar du Port : quelques consolations...

L’aile ou la cuisse
22/04/2017

Parmi les nombreux bars et/ou restaurants qui fleurissent en ville, l'un d'entre eux sort du lot : le Bar du Port. Disposant d'une grande surface transformée en deux bars distincts, il ne désemplit pas, accueillant à la fois une foule chic, jeune et urbaine, et à l'étage, dans un espace restaurant un peu plus raffiné, un public plus mûr. La décoration des lieux est agréable. Les murs et les colonnes sont conservés en l'état, avec un aspect rugueux et brut, sans même une touche de peinture. C'est un mélange heureux d'ancien et de moderne. Alors que le DJ joue des remix de hits connus, il est difficile de résister à l'envie de se lever pour danser. Si seulement le volume n'était pas aussi bruyant, voire assourdissant, les deux heures passées au bar auraient certainement été agréables.

Alors que la jeune femme qui a pris nos réservations au téléphone ne pouvait sembler plus aimable et sympathique, la majorité des serveurs font vite oublier ce premier contact, tant ils manquent visiblement de formation et de professionnalisme. Lorsqu'on lui a posé des questions sur la spécialité de la maison, l'un d'entre eux a répondu qu'elles étaient tellement nombreuses qu'il ne pouvait en choisir une... Il a donc fini, tout simplement, par lire à haute voix la moitié de la carte en présentant les plats affichés comme autant de « spécialités ».

Notre dîner au Bar du Port commence par une très longue attente, près de 40 minutes, avant d'obtenir nos boissons. Pour aggraver un peu plus les choses, un des partenaires, apparemment ami de notre voisin de table, propose de lui « booster » sa boisson, en lui offrant un service « premium ». Ce qui en dit long sur la qualité des cocktails servis en mode « standard » !

Un bœuf pas tartare
Le partage des entrées nous ayant été suggéré, nous avons donc suivi le conseil. Alors que la carte comprend de nombreux plats savoureux, d'autres devraient en être carrément rayés. On se demande si c'est le même chef qui a mitonné toutes les recettes, inégales en saveurs. Les cubes de bœuf Rossini sont une délicatesse, même s'il est difficile de percevoir les truffes noires prétendument hachées dessus. De plus, sans doute selon l'humeur du personnel de la cuisine ou du chef, les bouchées de bœuf ne sont pas coupées de manière égale ou selon une taille standard à suivre. Le dim sum de Canard est un délice, une fois que vous l'avez repéré sous la croûte croquante qui le recouvre. Le poulet croustillant fait aussi partie des entrées exquises à ne pas rater.

Ce qui n'est pas le cas du tartare de bœuf. D'abord dans son aspect, qui ne ressemble en rien à un tartare. Puis dans sa composition, presque schizophrène : c'est en fait un mélange de trois plats en un. On y découvre ainsi un carpaccio de bœuf couvrant la moitié de l'assiette, surmonté de ce qui est censé être un tartare de bœuf, avec encore une troisième couche, cette fois de feuilles de roquettes et de parmesan râpé. Et, pour ceux qui ne seraient pas encore écœurés, il y a même un sirop de pomme rajouté pour, vous le comprendrez bien vite, aider à mélanger les saveurs... Le carpaccio de noix de Saint-Jacques est juste insipide. Tout simplement inacceptable. Quant au crabe frais d'Alaska, il ne vaut certainement pas son prix. Enfin, pour un restaurant qui a ouvert ses portes depuis quelques mois, il est inconcevable que des plats mentionnés sur la carte ne soient déjà plus disponibles, tels la burrata et les lamelles de bœuf.

L'âge du mi-cuit
Prenant note de la côte de veau grillée que nous avons commandée, le serveur a insisté pour que nous décidions de la température de la viande. Lui expliquer que la côte de veau devait et ne pouvait être cuite que d'une seule manière était un exercice vain. La côte de veau, l'une des coupes de viande les plus chères, peut être merveilleusement tendre et subtile lorsqu'elle est bien cuite, mais la marge d'erreur est étroite. À mon goût, la côte de veau doit être dégustée à peine rosée ou à point, c'est-à-dire ni saignante ni rosée, et encore moins trop cuite. Je suis toujours perplexe lorsque les serveurs dans les restaurants me demandent si je veux mon veau bien cuit, bleu ou saignant. Je réponds généralement : « Juste bien cuit. »

Cette habitude semble avoir évolué ces dernières années en cet âge de thon mi-cuit. Une côte de veau correctement cuite devrait être juste un peu rose le long de l'os, pas rouge. Pourtant, et malgré notre longue insistance à la vouloir « bien cuite », malgré un menu qui indique spécifiquement « grillé à la perfection », la côte nous a été servie saignante... Lorsque nous avons demandé à ce que le plat soit ramené en cuisine pour être mieux cuit, cette fois-ci, il est revenu trop sec... Enfin, pour terminer avec les mésaventures au Bar du Port, lorsqu'on a voulu une portion de plus de vinaigrette pour la salade, la réponse fut rapide, et même revêche : « Mangez la salade comme elle se présente, le personnel est trop occupé en cuisine... »
Heureusement, les autres plats étaient plus appétissants : la souris d'agneau parfaitement cuite, avec des légumes sautés en accompagnement et le bœuf croquant, une belle surprise tant il était original et savoureux. Ce qui n'était pas le cas de la daurade grillée, particulièrement fade, ou de la sole meunière qui manquait de sauce au beurre, d'un zeste de citron et d'une pincée de persil indispensables pour la relever. De plus, une sole est généralement préparée comme un filet, désossée, avec ses deux flancs placés côte à côte dans une assiette. Celle-ci est venue telle quelle. À nous de faire le travail !

En raison du grand retard dans nos boissons, de la multitude de plats commandés qui nous avaient déjà largement comblés et de la musique qui nous avait stressés, nous avons sauté le dessert. Un petit café aurait suffi. Manque de bol, il a été servi tiède, les tasses à café n'ayant même pas été préchauffées, comme n'importe quel barista qui se respecte sait qu'elles devraient l'être. À plus de 90 dollars par personne, c'est difficile...

 

 

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Data
Son (zone bar) : niveau max = 109.1dB, TWA = 82.8dB
Son (zone restaurant) : niveau max = 103.5dB, TWA = 73.4dB
Qualité de l'air : 48/100 (pollué), COV 1.8ppm, humidité 58 %, temp. + 21°C

Notes
Son : 1/5
Déco : 4/5
Personnel : 1/5
Plats : 3/5
Propreté : 4/5
Avis : moyen
Prix : élevé

En bref ...
On aime bien : le bœuf Rossini, le poulet croustillant, le dim sum, la souris d'agneau, le bœuf croquant.
On aime moins : le service lent, la musique bruyante, les serveurs revêches, tout ce qui est poisson.
Le conseil : évitez le poisson, partagez les hors-d'œuvre, restez aussi loin que possible des haut-parleurs.

 

Il agit dans l'ombre, même si sa signature énigmatique lui donne des airs de gentlemen franco-anglais. Cordon Courtine sévit dans les restaurants de la capitale undercover pour y goûter le meilleur, et parfois le pire. Un samedi sur deux, il vous servira ses impressions, toujours très objectives, sur tout ce qui fait la (bonne) réputation d'un restaurant, des saveurs aux odeurs, en passant par la décoration et la propreté des lieux. Bon appétit.

*Critique gastronomique
FB: www.facebook.com/CordonCourtine/
Insta: cordon.courtine
Mail: cordon.courtine@gmail.com

 

 

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lila

100% vrai. Les serveurs sont insolents et ne connaissent pas leur travail ! il y en a un qui ne sait pas dire non mais qui ne ramène rien de ce qu'il a promis de ramener. genre : servez-vous des huitres ? réponse : oui, bien sûr ! (comprendre : des huitres ? c'est quoi ?)

Marionet

Encore une très bonne initiative que cette rubrique critique gastronomique de plus assurée par un(e) pro sous pseudo ce qui évite les accueils complaisants et les repas "spécial critique journalistique".
Quant au resto le Bar du port, il condense tous les défauts que je fuis au resto: hyper bruyant, cuisine inégale, long temps d'attente et, surtout surtout, service peu professionnel. Je le raye de ma liste "lieux à découvrir" en attendant une amélioration qui viendra. Ou pas.

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Massabki Alice

Ouf! Interessant.
Critique bien faite.
Suis impressionnée...

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