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La Dernière

Al-Sultan ? Birdy Nam Nam !

L’aile ou la cuisse
09/09/2017

Le restaurant al-Sultan à Bhamdoun (à ne pas confondre avec al-Sultan Ibrahim) est sans aucun doute l'endroit parfait pour manger des oiseaux grillés. C'est l'un des rares choix où l'on se permet d'être en désaccord avec nos parents et leurs amis. Il y a quelque chose de nostalgique, en rapport avec les bons souvenirs de l'âge d'or du Liban, qui fait que toutes les générations anciennes pensent automatiquement à Halim quand un festin d'oiseaux grillés est mentionné. Mais voilà, de nos jours, al-Sultan semble maîtriser de plus en plus cette spécialité. Nader, qui dirige avec grâce le ballet de son équipe de 5 ou 6 serveurs – tandis que Hicham, le propriétaire des lieux, tient la caisse–, gère également le gril sans rater un battement (d'aile). Il a été chargé de griller les oiseaux depuis qu'il était jeune garçon, il y a trente, quarante ans de cela. Hicham n'accepterait pas que cela se passe différemment, que ce ne soit pas Nader qui prenne en charge la réputation d'al-Sultan. Mais avant que les oiseaux n'arrivent à votre table, un vieux monsieur s'approchera de vous. C'est un rituel, réglé comme une horloge suisse. Cet homme vous proposera des noix. Ses mains noueuses et ses doigts seront sûrement teintés de vert-noir à cause des noix qu'il épluche inlassablement. N'hésitez pas : commandez deux ou trois barquettes, car ces noix sont un délice. Surtout que tout le monde connaît les bienfaits et les vertus de ce fruit. On dit même que cela pourrait alléger un peu de cette culpabilité qui pourrait vous étreindre quelques secondes avant de déguster ces délicieux petits oiseaux.

Oiseaux & Co
La décoration du restaurant est pratiquement inexistante, quoique un peu moins fade que celle de Halim, ce qui n'est pas vraiment une référence. Aucune fantaisie à rechercher, car al-Sultan est un endroit on ne peut plus décontracté. Ne cherchez surtout pas une belle vue, car le restaurant est juste là, sur la route principale, avec ses fenêtres qui font face aux voitures qui dévalent le chemin à toute vitesse. On ne comprend d'ailleurs pas pourquoi il n'y a pas de vue sur la vallée. Mais peu importe : les serveurs sont attentifs à vos besoins. Rapides, toujours souriants, ils font tout pour que vous appréciiez le temps passé ici, autant que les plats commandés. Aussitôt attablé, le client est face à un assortiment de légumes frais : lupin, carottes en julienne, et, selon la saison, un plat de banadoura jabaliyyé (tomate de la montagne), avec de l'ail râpé tout frais et un soupçon de sumac. En plus de maîtriser l'art de griller des oiseaux, al-Sultan sert de nombreux autres plats tout aussi savoureux et que vous ne devrez pas manquer d'essayer. Le plat d'oiseaux grillés ne saurait être la seule raison de se rendre chez al-Sultan. Sachez que Hicham n'accepte pas d'acheter son awarma ou ses makaneks d'ailleurs : tout est fait en interne, et il n'est pas étonnant que le résultat soit un pur délice. Le bayd bi awarma est une pure gourmandise! Il est servi dans un pot en argile, très chaud à manipuler, et les jaunes d'œufs sont parfaitement cuits, avec le awarma planté d'un côté et de l'autre. C'est sans aucun doute le meilleur awarma que vous allez jamais goûter. Prenez donc un morceau de pain, noyez vos doigts sans crainte et faites-vous plaisir. Il fondra dans la bouche. Même présentation pour le bayd ghanam et la sawdet djèje : juteux, doux et tendres, en un mot succulents. Ensuite, si vous êtes fan de rakakat bi jebné, vous devez essayer leur version grillée. Une option plus saine que celle habituellement frite, le mélange de fromages qu'ils utilisent ici est tout simplement délicieux – croquant avec un soupçon de saveur grillée. Pour le reste, je vous laisse rêver. Quant aux jawaneh djèje, ils sont également grillés – un délice au palais, même si, parfois, l'assaisonnement (dont une pâte de tomate qui les recouvre) fait que la peau des ailerons et des pilons est plus brûlée qu'il ne le faudrait. Un soupçon de jus de citron sera nécessaire et vous êtes prêts à tout grignoter.
Bien sûr, il y a le mezzé habituel que vous trouverez dans tous les autres restaurants libanais, du fattouche à la taboulé, hommos et moutabbal, chanklish, raheb et autres, ainsi que les taouk, lahmé et kafta grillés, etc. Tout est bon, mais pourquoi vous rassasier avec les plats de tous les jours que vous trouvez partout lorsque vous êtes ici pour manger des O-I-S-E-A-U-X. Certes, n'optez pas pour l'option frite, car les cieux vous attendent portes grandes ouvertes, avec ces minuscules oiseaux grillés à la perfection, présentés dans des enveloppes de pain markouk. Alors, prenez un petit morceau de ce markouk, saisissez un oiseau, trempez-le dans du sumac, profitez et souriez de tout cœur. Ils sont plutôt addictifs et vous ne voudrez pas arrêter de grignoter! Assurez-vous simplement de ne pas commander tous vos oiseaux à la fois : parce que, oui, vous allez en commander au moins une douzaine pour chaque gourmet qui vous tient compagnie, mais ils sont mieux servis chauds, tout droit sortis du gril. Le service ne vous décevra pas. Ça viendra vite, donc vous n'avez pas à vous inquiéter d'un retard quelconque.
Bien sûr, il y a le bol de fruits inévitable qui est servi dans tous les restaurants libanais, mais ce n'est pas ce que vous recherchez. Attendez donc la ariché au miel et l'incontournable karabij w natef. Enfin, assurez-vous d'appeler à l'avance et de réserver votre table, car l'endroit ne désemplit pas, surtout à dîner, et encore plus pendant la saison de chasse, qui s'ouvre autour des premiers jours de septembre. Petite précision : al-Sultan ferme ses portes tous les dimanches à 18 heures et n'est pas ouvert les lundis.Pour finir en beauté, un petit conseil d'ami : vous devez laisser un peu de place pour quelque chose de spécial – aussi sucrés que les oiseaux sont salés. Car une fois que vous êtes à Bhamdoun, vous devez inévitablement passer par Ward, situé juste à quelques centaines de mètres plus haut, pour savourer leur tamriyyé.

DATA
Son : Niveau max = 92,1 dB, LAeq = 68,6 dB
Qualité de l'air : 68/100 (moyen), COV 0.6ppm, Humidité 48%, Température +24°C

NOTES
Son : 3/5
Décoration : 2/5
Personnel : 4/5
Plats : 4/ 5
Propreté : 4/5
Avis : très bon
Prix : raisonnable

En résumé...

On aime bien : Birdy Nam Nam (grillés), bayd bi awarma, rakakat bi jebné, jawaneh djèje, karabij
On aime moins : les oiseaux frits

Le conseil : montez en septembre lorsque les oiseaux sont encore de taille minime.

 

* Critique gastronomique

FB: www.facebook.com/CordonCourtine/
Insta: cordon.courtine
Mail: cordon.courtine@gmail.com

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

EN FRANCE LES RESTAURANTS SERVENT DES ALOUETTES SAUTES AU LARD... DES CENTAINES DE MILLIERS DE CES OISEAUX TOUT COMME LES ORTOLANS SONT LEGALEMENT ET ILLEGALEMENT DECIMES POUR FINIR DANS LES ASSIETTES... POURTANT LES ALOUETTES ET LES ORTOLANS SONT AUSSI DES PASSEREAUX... POUR NE PAS PARLER DES AUTRES OISEAUX !

James Hogg

It is interesting that recently your journalists covered stories about illegal hunting and the need to conserve birds but here the exact opposite.

By promoting the eating of birds in restaurants you are supporting illegal hunting. The hunting and sale of these small birds is forbidden by Lebanese law and as a major media outlet you should be setting a better example.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SONT-CE DES ALOUETTES OU DES VERDIERS ET AUTRES PASSEREAUX DONT LA CHASSE EST INTERDITE QUI SONT SERVIS ?

Le Faucon Pèlerin

Ancien chasseurs viandards que j'étais dans les années 40-50, un jour j'ai rencontré un individu entrain de vendre des oiseaux sur une route. Je m'arrête, en examinant sa marchandise, je lui avais dit : Qu'elle est l'espèce de ces oiseaux ? Il me répond : "Aasfour tine" (Oiseau de figuiers). Je lui avais rétorqué : Ce sont des moineaux auxquels vous avez injecté dans leurs croupes de la graisse de mouton. Il m'avait répondu : C'est vrai mais, personne ne sait cela sauf vous.

Remy Martin

Je m'excuse pour la Redac de mon quotidien favori, mais je trouve qu'il est honteux de promouvoir un met pareil, si bon soit-il, dans un pays ou pratiquement totes les especes d'oiseaux frolent l'extinction au meilleur des cas ...

Irene Said

Est-ce le bon moment de publier cet article, alors que les défenseurs de l'environnement font tout pour arrêter le massacre des oiseaux au Liban ?
Avec l'immense choix de la délicieuse cuisine libanaise...avons-nous besoin de garder ce mets qui cause la mort de milliers d'oiseaux ?

Décidément...nous n'arriverons jamais à respecter quoi que ce soit !
Irène Saïd

RE-MARK-ABLE

Degueulasse ! pas pour le goût ni pour la probité du resto, mais pour ce qu'on fait à des moineaux.

A-t-on besoin de manger ces pauvres moineaux ?

Le Faucon Pèlerin

J'ai envoyé cet article scandaleux à la Ligue pour la Protection des Oiseaux à Rochefort (Charente-Maritime) afin que l'on sache jusqu'où va la barbarie contre les oiseaux en particulier contre les passereaux au Liban en 2017.

Marionet

Excellente mise en bouche, en attendant que les oiseaux se posent tous chauds dans nos assiettes.

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