Liban

Le don d'organes : « Un geste anonyme, gratuit et inconditionnel »

Don d’organes

Le sujet reste entouré, au Liban, de préjugés à tous les niveaux. Cette série d'articles bimensuels vise à faire la lumière sur les différents aspects de ce don de vie.

Nada MERHI | OLJ
27/09/2017

Réunis autour d'un déjeuner, des amis discutent du don d'organes. « J'ai récemment vu la campagne encourageant les gens à faire leur carte de donneur, avance Cynthia. Je pense que le don d'organes est une bonne chose, mais pas au Liban. » Intriguée, son amie lui demande d'être plus explicite. La jeune femme explique alors qu'on lui a dit qu'au Liban, « ce don est mal organisé », que « la liste des donneurs potentiels est envoyée à tous les hôpitaux » et que, par conséquent, « au cas où on y serait admis, les médecins ont tendance à ne pas leur sauver la vie pour avoir leurs organes ». Pire encore, poursuit Cynthia, les potentiels donneurs pourraient « être tués » pour qu'« on prélève leur organes ».

Ce discours n'est pas isolé. Ces idées préconçues sur le don d'organes sont souvent évoquées au Liban, en raison notamment des préjugés qui entourent toujours le sujet. Or le don d'organes est « un geste de solidarité sociale », et « l'anonymat tant du donneur que du receveur est garanti par la loi », assure le Comité national pour le don et la greffe des organes et des tissus (NOD Liban). Ce qui malheureusement n'est pas toujours le cas, dans la mesure où certains médias, dans leur course au scoop, divulguent le nom du receveur et du donneur lorsque l'occasion se présente.

« Même si on a sa carte de donneur, c'est à la famille que revient la décision finale du don d'organes et de tissus », assure le Dr Antoine Stéphan, vice-président de NOD Liban, soulignant l'importance d'« informer sa famille et ses proches de sa volonté de devenir donneur, ce qui facilite, plus tard, la décision de la famille ». En cas de don, « celle-ci doit signer un document officiel dans ce sens, qui doit aussi être contresigné par deux autres parents du premier degré », précise le Dr Stéphan.

 

(Pour mémoire : Hussein Haïdar est né le jour où on lui a greffé un rein)

 

Il rappelle que le don d'organes, au Liban et dans le monde, est « anonyme, gratuit et inconditionnel ». « Il s'agit, par conséquent, d'une décision libre qui peut être révoquée à n'importe quel moment », insiste-t-il. « NOD Liban est une organisation officielle, reconnue par la loi libanaise d'éthique médicale, poursuit-il. Elle est chargée de superviser le don et la transplantation des organes et des tissus au Liban. » Ainsi, « aucun hôpital ne peut prélever des organes sans l'accord de NOD Liban » qui « supervise le registre des donneurs potentiels ». Celui-ci est « informatisé » et « strictement confidentiel ».

Le Dr Stéphan affirme par ailleurs que « les médecins en charge des salles d'urgence et des soins intensifs n'ont jamais eu pour objectif le prélèvement des organes ». « Leur souci majeur est de traiter le patient et de lui sauver la vie, martèle-t-il. D'ailleurs, NOD Liban n'intervient que lorsque le traitement a échoué. »
Rappelons que le don d'organes au Liban est régi par des lois et règles très strictes et que le décès du potentiel donneur doit être confirmé par trois spécialistes, après avoir mené les examens médicaux nécessaires.
Et le Dr Stéphan de conclure : « Il y aura toujours des personnes qui vont prétendre être au courant de certains secrets. Cela leur permettra peut-être de justifier leur attitude plutôt égoïste et qui fait preuve d'un manque de solidarité sociale.

 

 

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DAMMOUS Hanna

Heureusement que le rationnel n’est pas la trame principale chez les humains. Avec plus d'un million de mort violent de personnes en bonne santé au Moyen-Orient durant ces dernières décennies, le don d'organe pour sauver quelques personnes fort malade, donne l'impression que qu'on vit dans deux mondes parallèles.

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