X

Liban

Thérèse Hokayem : « Le rein que j’ai donné à ma fille lui a servi vingt-six ans... »

Don d’organes

Le sujet reste entouré au Liban de préjugés à tous les niveaux. Cette série d'articles bimensuels vise à faire la lumière sur les différents aspects de ce don de vie.

13/09/2017

Nada avait 6 ans lorsque les médecins lui ont diagnostiqué une insuffisance rénale. Benjamine d'une famille alors composée de quatre enfants (Nada a perdu un frère), « elle se portait bien jusqu'au jour où, soudainement, elle a arrêté de manger », se souvient sa maman, Thérèse Hokayem. « Elle était tout le temps pâle et se plaignait continuellement d'un mal de tête, poursuit-elle. Nous avons fait le tour des médecins, mais ils n'ont pas pu poser un diagnostic exact. Un praticien a conclu qu'il s'agissait de crises de migraine, un autre a évoqué des vers intestinaux. Ces constats ne m'avaient pas convaincue. »

C'était en 1989, en pleine guerre. Un jour d'accalmie, les parents de la petite fille ont enfin réussi à voir son pédiatre. « Le bilan rénal était mauvais, se rappelle Thérèse Hokayem. Le médecin m'avait alors dit qu'il pourrait ne s'agir là que d'un épisode passager. Il m'avait tout de même conseillé de voir un spécialiste. »
Ce qui a été fait. Un bilan médical plus poussé a alors été effectué. Les résultats n'étaient pas rassurants.

La nouvelle était alors tombée tel un couperet. Nada souffrait d'un grave problème rénal. Quelques semaines plus tard, elle était déjà sous dialyse. « Elle était petite et fragile, raconte Thérèse Hokayem. Elle avait développé des complications. » La possibilité d'une greffe rénale avait été envisagée. « Je n'ai pas hésité un instant à proposer de lui donner un rein, affirme la maman. Nous avons fait les examens nécessaires, et, six mois plus tard, Nada a pu recevoir la greffe. »

 

(Pour mémoire : Hussein Haïdar est né le jour où on lui a greffé un rein)

 

 

Pendant tout ce temps, la petite fille n'a pas arrêté d'aller à l'école. « Elle était en classe de neuvième quand elle a commencé la dialyse, et, en classe de huitième, lorsqu'elle a reçu le rein, souligne Thérèse. Elle continuait à aller à l'école et poursuivait sa vie normalement. » Trois ans après la transplantation, Nada a eu un gros problème rénal. Ses parents craignaient qu'elle n'ait à être placée de nouveau sous dialyse. « Heureusement, son état de santé s'est vite amélioré », confie sa mère.

Pendant les années qui ont suivi, Nada a vécu sa vie normalement, « comme tout autre enfant de son âge ». « Elle est pleine de vie, constate sa maman. Elle a un moral très haut. » Elle a poursuivi ses études et s'est spécialisée en éducation pour enfants. Comme tous les jeunes de son âge, elle a tardé à trouver un emploi au sein d'une école. Entre-temps, ses parents l'ont aidée à ouvrir un petit négoce.

Il y a un an, c'est-à-dire vingt-six ans après la greffe, Nada a fait une rechute. Elle est de nouveau placée sous dialyse et attend de recevoir un rein. « Sa sœur va lui faire don de son rein, assure Thérèse Hokayem. Nous avons fait les examens nécessaires et jusque-là tout va bien. Bien sûr, Nada a été affectée par la nouvelle, mais elle continue à vivre normalement. Le matin, elle se lève très tôt pour sa séance de dialyse, puis elle va à l'école. »
Et Thérèse Hokayem d'insister : « Je souhaite que la culture du don d'organes soit plus répandue au Liban. J'aimerais que chaque personne pense à s'inscrire sur la liste des donneurs. Après tout, ces organes vont être mis sous terre, au moment où d'autres peuvent s'en servir. J'ai un fils qui est mort. J'aurais voulu faire don de ses organes, mais ils étaient détériorés. Avec tous les jeunes qui meurent dans des accidents de route, il est dommage qu'on ne puisse pas profiter de leurs organes. Après tout, le don d'organes reste un don de vie. »

 

Dans la même rubrique

Focus sur les patients candidats à la greffe d'organes

Ayman Beydoun, le don d’organes dans la peau

Comment devenir donneur d'organes au Liban

Donner de son vivant

Don d’organes : Reine, la femme qui a transformé un drame en source d’espoir

« Nous sommes les enfants de la Résurrection »

 

Lire aussi à la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AMOUR ET DEVOUEMENT DE LA MERE POUR SES ENFANTS... HOMMAGE A CETTE DAME !

Sarkis Serge Tateossian

Émouvante histoire qui devrait nous inciter à y réfléchir cela n'arrive pas qu'aux autres ...
Bonne chance et longue vie à Nada.

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Toute la symbolique du sommet de Sotchi...

Citoyen grognon de Anne-Marie El-HAGE

Floué !

Un peu plus de Médéa AZOURI

Waiting room

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.