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Liban

Ayman Beydoun, le don d’organes dans la peau

Don d’organes

Le sujet reste entouré au Liban de préjugés à tous les niveaux. Cette série d'articles bimensuels vise à faire la lumière sur les différents aspects de ce don de vie.

Nada MERHI | OLJ
12/07/2017

« Donneur d'organes. Groupe sanguin A négatif. Né le 16 juin 1987. Pas d'acharnement thérapeutique. »
Ayman Beydoun, entraîneur sportif personnel, a déjà fait son testament. Il l'a même tatoué sur sa jambe, pour être sûr que sa volonté soit respectée.

Sa décision a été prise il y a près de huit mois, à la suite d'un accident qui a failli lui coûter la vie. « Je faisais de la plongée libre (appelée aussi apnée, cette forme de plongée se fait sans bouteille), qui est un sport très dangereux, confie-t-il. J'ai failli être heurté par un bateau. J'ai frôlé la mort. » Dans une tentative de dédramatiser l'accident, Ayman Beydoun a décidé de se faire tatouer. « S'il m'arrive quelque chose, au moins d'autres personnes pourront bénéficier de mes organes », assure-t-il.

Le jeune homme au calme contagieux ne voit jamais le verre à moitié vide. Pour lui, tout doit être conçu d'une manière positive. « Je ne crois pas aux cérémonies funéraires traditionnelles, affirme-t-il. La mort ne doit pas finir avec l'enterrement. Ça n'a aucun sens. D'ailleurs, nous ne possédons pas notre corps. Il nous a été donné. C'est une perte que de l'enterrer sans avoir fait bénéficier des organes. C'est ainsi qu'après l'accident, j'ai décidé de devenir donneur, pour que mes organes ne se perdent pas. »

Pourquoi avoir recouru au tatouage plutôt qu'obtenir sa carte de donneur auprès du Comité national pour le don et la greffe des organes et des tissus (NOD Liban)? Il sourit et répond : « Je sais que mes parents ne vont pas accepter de faire don de mes organes. Ils viennent d'un environnement religieux très traditionnel. En me faisant tatouer, je les ai mis devant le fait accompli. Lorsqu'ils ont vu le tatouage, ils n'ont pas du tout apprécié mon initiative, mais il était déjà trop tard pour changer quoi que ce soit. » Et de reprendre, en riant : « Je veux faire don de tous mes organes, sauf de mes poumons parce que je fume. »

Ayman Beydoun avait fait part de sa décision à son frère, infirmier, qui lui avait expliqué la nécessité de faire sa carte de donneur. « Je n'ai pas eu l'occasion de la faire jusque-là, signale-t-il. Mais je la ferai le plus tôt possible. »

Quid de la sensibilisation ? « Au début, j'ai pensé le faire, mais j'ai vite réalisé qu'au Liban, il est trop difficile de changer les mœurs, pour plusieurs raisons, dont certaines sont culturelles, constate-t-il. Je me fatiguais à le faire, sans succès. Finalement, j'ai décidé que je suis responsable de ma propre personne uniquement. D'ailleurs, on ne peut pas convaincre quelqu'un qui n'est pas prêt. Les médias ont un rôle à jouer dans ce sens, parce qu'ils agissent sur le subconscient des gens et, à terme, le changement pourra se faire. Récemment, deux de mes amis se sont fait également tatouer. Je ne sais pas s'ils l'ont fait par conviction ou pour attirer l'attention. En ce qui me concerne, je l'ai fait après mon accident. J'ai un plan B, au cas où je risque d'encourir de nouveau un danger de mort. »

 

 

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C.K

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