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Liban

Hussein Haïdar est né le jour où on lui a greffé un rein

Don d’organes

Le sujet reste entouré au Liban de préjugés à tous les niveaux. Cette série d'articles bimensuels vise à faire la lumière sur les différents aspects de ce don de vie.

09/08/2017

Depuis qu'il a reçu le rein qui lui a sauvé la vie, Hussein Haïdar, 61 ans, aime se faire appeler « Mawhoub » (Le ressuscité) Haïdar.

Ce sexagénaire, standardiste dans un hôpital de Jbeil, a renoué avec la vie il y a plus de vingt ans, lorsqu'« une personne qui connaît la valeur de l'homme et du don » a décidé de lui donner le rein de son fils décédé dans un accident de voiture. « Le don d'organes est un acte aussi important que l'œuvre divine, poursuit-il. Seul Dieu peut donner la vie. En tant qu'êtres humains, nous pouvons aussi le faire en faisant don de nos organes. »

Pour Hussein Haïdar, tout a commencé dans les années 1990. À l'époque, il était technicien dans un hôpital de Jbeil. « Dans le cadre de mes responsabilités, je devais être présent lors de l'installation de nouvelles machines, se rappelle-t-il. Ce jour-là, on recevait un nouvel appareil d'échographie et on devait l'essayer. Le médecin responsable du département m'a demandé si j'acceptais d'être le cobaye. J'ai accepté, en riant. Toutefois, tout au long de l'examen, la mine du médecin changeait. Il venait de découvrir que j'avais un grave problème aux reins, mais moi je ne sentais rien. »

Le périple de Hussein Haïdar avec la maladie commence alors. « Mon état de santé a vite commencé à se dégrader et une insuffisance rénale s'est installée, raconte-t-il. Deux ans après le diagnostic, j'ai commencé ma dialyse. »

Père de trois garçons dont des jumeaux, alors âgés de 11 et 13 ans, le jeune homme broyait du noir. « J'étais encore jeune, note-t-il. Je menais une vie heureuse entouré de ma famille. » Mais le poids financier de la maladie était tel que le jeune homme a dû enlever ses enfants des écoles privées et les inscrire dans des écoles publiques. « C'était une chute dans l'abîme, confie-t-il. Les séances de dialyse étaient douloureuses. Je perdais goût à la vie. Mes enfants grandissaient sans moi. Mon état de santé ne faisait que régresser. Je m'en remettais à Dieu, mais j'avais du mal à voir le bout du tunnel. »

Une greffe de rein était le seul espoir de Hussein Haïdar. « J'ai commencé à me renseigner sur la démarche à suivre », d'autant qu'à l'époque, le Programme national pour le don et la greffe des organes et des tissus n'avait pas encore vu le jour. Les greffes étaient pratiquées uniquement à la Clinique du Dr Rizk.

Deux ans après s'être inscrit sur la liste d'attente, Hussein Haïdar reçoit le coup de fil tant attendu. « C'était un 13 septembre, à la veille de la fête de la Croix, avance-t-il. La veille, ma mère était venue me rendre visite à l'hôpital. Elle s'était agenouillée devant la statue de la Vierge placée à l'entrée de l'établissement et avait prié à mon intention. »

Hussein Haïdar affirme être né le jour où il a reçu la greffe. « Pendant un certain moment, j'ai été tenté de connaître l'identité du donneur, se souvient-il. Comme je travaillais dans un hôpital, j'ai réussi à travers mes contacts à rassembler quelques informations le concernant. J'ai su que c'était un enfant de 13 ans, décédé dans un accident de la route. Aujourd'hui, je n'ai plus envie de chercher. Pour moi, le rein qu'il m'a donné est la raison qui me permet de poursuivre ma vie. Il ne se passe un jour sans que je ne prie pour lui et ne le remercie profondément pour ce don de vie. »

Grand-père, Hussein Haïdar avoue dormir peu. « La nuit, je travaille à l'hôpital et je profite de la journée pour jouer avec mes quatre petits-enfants, insiste-t-il. Je veux profiter de ma vie. Elle est belle. »

 

 

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