Liban

La giroflée caractéristique des côtes libanaises, belle et méconnue

Faune et flore
23/09/2017

Il y a de ces plantes que l'on connaît forcément, pour les avoir vues des dizaines de fois, sans jamais en apprécier le caractère unique. La plante appelée Matthiola crassifolia, de la famille des giroflées, en fait décidément partie. Cette belle plante à fleurs mauves pousse en quelques points des côtes libanaises, dont elle est endémique, c'est-à-dire qu'on ne la trouve nulle part ailleurs au monde. Or, vu l'état de bétonnage de nos côtes, il n'est pas difficile de comprendre à quel point elle est en danger, comme l'explique Marc Beyrouthy, ethnobotaniste et professeur associé à l'Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK).

Nom scientifique :
La giroflée endémique de nos côtes a pour nom scientifique Matthiola crassifolia Boiss. et Gaill. Elle est appelée « mantour » en arabe.

Description :
La giroflée qui pousse sur les côtes libanaises est une plante particulièrement esthétique, à racines très épaisses et aux feuilles qui mesurent jusqu'à 16 centimètres. Cette plante a toujours des fleurs mauves, même s'il en existe une variété albinos plus rare, aux fleurs blanches.

Mode de vie et lieux de prédilection :
La Matthiola crassifolia pousse sur les côtes très sauvages du Liban. Elle fleurit de janvier à mai. La plante a été repérée notamment à Saïda, à Beyrouth ainsi qu'au sud de la capitale, à Jbeil et à Fidar. Une étude de l'AUB sur cette plante, qui se fonde sur une observation qui s'est étendue de 2002 à 2010, a confirmé sa présence dans ces sites, et son absence d'autres régions.

Impact positif en milieu naturel :
La giroflée endémique du Liban n'a aucun intérêt médicinal avéré, d'où le fait qu'elle est généralement peu connue et appréciée de la population. Toutefois, cette très belle plante a un intérêt ornemental certain. Dans la nature, sa présence sur les rochers naturels de la côte est une réelle splendeur. Et sa reproduction artificielle pourrait s'avérer très fructueuse. Par ailleurs, son principal intérêt n'est-il pas qu'elle est caractéristique de nos côtes ?

Menaces et dangers :
Du fait de sa présence exclusive sur une portion très limitée des côtes libanaises, elles-mêmes menacées par les constructions qui en éliminent les caractéristiques naturelles, comme les rochers par exemple, cette plante est particulièrement menacée sous nos cieux. La perte d'habitats est donc le danger numéro un qui la guette. Ce qui n'arrange pas les choses, c'est que cette giroflée pousse un peu partout sur ces sites et ne revêt aucune importance aux yeux des habitants pour lesquels elle est un peu trop familière et indigne d'intérêt. Le fait que des études d'impact environnemental ne sont pas toujours exigées pour les constructions fragilise également sa présence, puisque le déplacement des spécimens sur d'autres sites n'est pas exigé avant sa disparition d'un lieu donné. Marc Beyrouthy se souvient d'avoir essayé d'entrer en contact avec le propriétaire d'une villa en construction sur un site où fleurit la Matthiola crassifolia, afin de lui demander de protéger cette espèce endémique ou, du moins, de permettre aux botanistes de la déplacer... peine perdue. Une attitude indifférente et hautaine qui n'est décidément pas rare, contrairement à certaines de nos espèces végétales !

Moyens de protection :
La protection de cette espèce caractéristique du Liban est une urgence, insiste Marc Beyrouthy. D'une part, sensibiliser les habitants, tout comme les autorités, à son importance est une nécessité. Dans les cas de menaces sur l'habitat, cette plante doit être impérativement replantée ailleurs, ce qui devrait être déterminé par des études d'impact environnemental où sa présence dans un lieu donné ferait partie des critères. Toutefois, l'expert préconise également de poursuivre les tentatives de cultiver cette plante, afin de profiter de son intérêt ornemental. Mais, pour cela, il faut finaliser ce qu'on appelle un protocole de germination afin d'améliorer sa durée de vie par rapport à ce qu'elle est dans son milieu naturel, en vue de justifier sa commercialisation. Or une telle démarche requiert des moyens importants, d'où le risque que personne ne s'en préoccupe si l'on n'en mesure pas l'urgence. À bon entendeur, salut.

 

 

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