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Liban

De belles dames si fragiles : les iris du Liban...

Faune et flore
03/06/2017

Les iris sont des plantes capricieuses. Pour profiter de leur incroyable beauté, il faut attendre leur floraison, en moyenne de trois semaines par an pour chaque espèce. Endémiques du Liban, très localisées dans des zones géographiques précises, ils se trouvent en danger dès que l'homme modifie l'étroit territoire où elles fleurissent. Les iris du Liban sont de proches cousins, mais ils ne sont pas pareils, comme l'ont montré les analyses génétiques effectuées à l'Université Saint-Joseph (USJ). Voici l'histoire des iris, racontée en collaboration avec Magda Bou Dagher Kharrat, professeure et directrice du département des sciences de la vie et de la terre – biochimie, à l'USJ.

 

- Noms scientifiques et zones géographiques
Il existe plusieurs iris endémiques du Liban (caractéristiques du pays), qui sont de la même famille et du même genre, mais d'espèces différentes. Il aurait été impossible de citer les noms scientifiques des iris (« sawsana » en arabe) sans les références sur leur localisation géographique, tant ces espèces sont confinées à des zones précises sur le territoire libanais. En voici la liste que dresse Magda Bou Dagher Kharrat, conformément à l'étude effectuée par son département et financée par le « Critical Ecosystem Partnership Fund » (CEPF), qui soutient les recherches sur les espèces menacées :
- Iris antilibanotica, Khreibeh-Baalbeck (Békaa), à 1 337 mètres d'altitude
- Iris bismarckiana, Sarada (Sud, frontière libano-palestinienne), à 435 mètres d'altitude
- Iris cedreti, région des Cèdres à Bécharré, à 1 990 mètres d'altitude
- Iris lortetii, Mays el-Jabal (Sud), à 640 mètres d'altitude
- Iris sofarana, Falougha et Hazzerta (Mont-Liban sud), à 1 640 et 1 530 mètres d'altitude
- Iris sofarana kasruwana, une sous-espèce de la précédente, trouvée à Ehmej (Jbeil), à 1 217 mètres d'altitude
- Iris westii, Tawmet – Jezzine (Sud), à 1 300 mètres d'altitude.

 

- Description
La plante se compose d'une tige souterraine qui demeure toute l'année sous le sol, n'étant visible que près de trois semaines par an, quand elle fleurit. L'iris est une très belle fleur, grande et excessivement impressionnante quand on la voit de près. En fait, comme la décrit Magda Kharrat, elle ressemblerait à une fleur décorative que l'on trouverait chez le fleuriste, mais en pleine nature. Les iris, toutes espèces confondues, fleurissent à diverses périodes de mars à juin, plus ou moins tard selon l'altitude, avec deux à trois semaines de floraison en moyenne par spot. L'iris se fane très vite après la pollinisation.

 

- Mode de vie et de reproduction
Les espèces d'iris sont des refuges idéaux pour les abeilles solitaires, qui en assurent par le fait même la pollinisation. En effet, l'iris possède trois entrées en forme de tunnels dans lesquels s'introduisent les abeilles. En passant d'un tunnel à l'autre, les abeilles transportent le pollen avec elles. Cette histoire qui lie intimement l'abeille et la fleur se complète par l'intervention des fourmis. En effet, suite à la pollinisation, la fleur développe une graine avec une sorte d'excroissance blanche riche en lipides, qui attire les fourmis. Celles-ci s'en emparent et les enfouissent dans leurs fourmilières. Une fois la partie blanche consommée, la graine germe sous terre.
Cette relation étroite entre l'iris et ces insectes explique pourquoi ces espèces restent si localisées. Contrairement aux espèces végétales dont la pollinisation est assurée par certains oiseaux, les iris ne s'étalent pas géographiquement parce que les fourmis ne font pas des kilomètres comme les volatiles mais restent sur place, et la fleur se reproduit dans une zone limitée.

 

- Impact positif en milieu naturel
Il est certain que les iris, quelle que soit leur espèce, sont des fleurs très belles à voir, qui peuvent attirer des visiteurs venus de loin. Les relations privilégiées qu'ils entretiennent avec les insectes, notamment avec les abeilles auxquels ils servent de refuge, les rendent essentiels dans leur lieu géographique. Mais surtout, ces espèces ont choisi le Liban pour s'y établir : il s'agit, insiste Magda Kharrat, de véritables trésors nationaux à protéger à tout prix.

 

- Menaces et dangers
Il faut savoir tout d'abord que les iris sont classés sur la liste rouge des espèces menacées de l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN). La menace principale qui pèse sur eux est la perte de l'habitat, alors qu'ils fleurissent sur des superficies très limitées. Le défrichage d'un terrain naturel, les constructions... peuvent venir à bout d'une grande partie de la population d'une espèce.
L'autre danger qui guette les iris, convoités pour leur beauté, est la cueillette. Mais il faut savoir que ces fleurs se fanent très vite après avoir été cueillies.

Un troisième risque émane d'une bonne intention, quand des personnes soucieuses de la survie de ces espèces se mettent en tête de les déplacer d'un endroit à l'autre, sans que le cas ne soit minutieusement étudié. Pour la spécialiste, la translocation n'est à envisager qu'en dernier recours, en cas de risque de destruction totale du site. Et dans tous les cas, elle devrait être décidée et effectuée par des scientifiques. En effet, cette mesure peut ne pas être aussi efficace qu'on le croit : une fleur plantée dans un endroit éloigné de sa localisation d'origine peut ne pas profiter des mêmes circonstances de biodiversité. Sans les espèces qui contribuent à sa pollinisation, la fleur vivra autant qu'elle vivra, mais ne se reproduira pas. Enfin, déplacer une espèce si caractéristique d'une région donnée pourrait nuire à l'écotourisme de cette région.

 

- Moyens de protection
Le mieux est de privilégier la préservation des espèces d'iris in situ, c'est-à-dire à l'endroit où elles se trouvent, souligne Magda Kharrat. L'un des moyens de sa préservation est la création de microréserves, comme cela a été le cas à Ehmej, près de Jbeil. Et pourtant, l'histoire avait mal commencé : les scientifiques avaient constaté la destruction d'un habitat d'iris dans ce village. Le propriétaire a reconnu ne pas s'être rendu compte de la gravité de son acte. L'incident a mené à des contacts avec la municipalité, une campagne de sensibilisation et une notification aux propriétaires terriens concernés de prévenir les autorités locales en cas de modification de leurs terrains, en vue de déplacer les fleurs. Autre initiative louable : sensibilisé à l'importance de préserver l'Iris bismarckiana sur les terrains du wakf à Sarada (Sud), le métropolite grec-catholique Georges Haddad a envoyé un document au ministère de l'Environnement pour faire protéger 100 hectares de superficie!
Un autre moyen de préservation est de stocker les graines de ces espèces dans des laboratoires, au cas où il y aurait besoin de les faire germer ou de procéder à une pollinisation artificielle.

 

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M.V.

Quand le poil m'"iris" ! je pense aptes tout , que Gauguin et Van Gogh ...n'avaient pas tord de les peindre.....!

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