Le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, a annoncé dimanche que les militaires libanais retenus en otage par le groupe Etat islamique depuis le 2 août 2014 sont probablement décédés. Cette annonce intervient au moment où l'armée libanaise d'un côté, ainsi que le Hezbollah et l'armée syrienne de l'autre, qui combattent l'EI depuis huit jours, ont annoncé quasi-simultanément un cessez-le-feu plus tôt dans la matinée dans les jurds (hauteurs) de Ras Baalbeck et de Qaa et dans le Qalamoun syrien.
"A l'heure où je m'exprime, six dépouilles viennent d'être extraites de terre par l'armée libanaise et la SG", a déclaré Abbas Ibrahim depuis la place Riad Solh où se sont rassemblées les familles des otages militaires. Interrogé par les journalistes, il a confirmé que les dépouilles se trouvent en territoire libanais et non syrien et que ce sont des combattants de l'EI, qui se sont rendus aux forces libanaises, qui les ont conduits à l'endroit où se trouvaient les corps. "Nous pensons que le nombre des dépouilles passera à 8", a-t-il ajouté. Neuf soldats étaient restés otages de l'EI, mais le général Ibrahim n'a fait référence qu'à huit d'entre eux.
"J'aurai souhaité que ce dossier soit clos comme les précédents (en référence à la libération de militaires otages par le Front al-Nosra en décembre 2015, ndlr), a reconnu Abbas Ibrahim. Malheureusement ce dossier se referme sur une page noire".
Tests ADN
Le directeur de la SG a toutefois indiqué que des tests ADN doivent être effectués avant qu'il ne puisse confirmer de façon définitive la mort des militaires libanais. "Nous n'avons pas de preuves pour l'instant qu'il s'agit bien d'eux", a-t-il dit reconnaissant néanmoins avoir eu des informations sur la probable mort des militaires en février 2015.
Vers 20h, l'armée libanaise a indiqué sur son compte Twitter avoir extrait de sous-terre huit dépouilles mortelles, à Wadi el-Debb, dans le jurd de Ersal. "Les corps ont été transportés à l'hôpital militaire pour des tests ADN", a-t-elle ajouté.
En août 2014, de violents combats avaient opposé l'armée libanaise aux jihadistes à Ersal, une localité sunnite de la Békaa, et son jurd et une trentaine de militaires avaient été enlevés par les islamistes. Quatre d'entre eux ont été assassinés en captivité, un cinquième est mort des suites de ses blessures, seize avaient été libérés par le Front al-Nosra le 1er décembre 2015, et neuf autres étaient toujours otages de l'EI.
Il s'agit de :
Abdelrahim Diab : célibataire, originaire de la Békaa-ouest
Hussein Mahmoud Ammar: célibataire, originaire de Fnaydek, au Akkar
Ibrahim Samir Mghayt : marié, père de trois enfants, originaire de Tripoli
Khaled Mokbel Hassan : marié, père de deux enfants, originaire de Fnaydek, au Akkar
Mohamad Hussein Youssef : marié, père d'un enfant, orginaire de la Békaa-ouest
Seïf Zebiane : marié, père de deux enfants, originaire de Mazraat el-Chouf
Ali al-Hajj Hassan : célibataire, originaire de la Békaa
Ali Zayd al-Masri: marié, père de cinq enfants, originaire de Baalbeck
Moustapha Wehbé: marié, originaire de Laboué
Ali Sayyed, otage de l'EI, avait été décapité le 29 août 2014 et son corps a été remis à sa famille. Il était marié, père de deux enfants et originaire de Fnaydek, au Akkar. Abbas Medlej avait, lui, été décapité le 6 septembre 2014 mais son corps n'a toujours pas été remis à sa famille. Il était originaire de Baalbeck
Cessez-le-feu global
Tôt dans la matinée, l'armée libanaise avait annoncé une pause dans son l'opération "L'aube des jurds" contre l'EI. "Le commandement de l'armée annonce un cessez-le-feu à partir de sept heures afin d'ouvrir la dernière phase des négociations sur le sort des militaires enlevés" par l'EI, indique un communiqué publié dans la matinée par la troupe.
#فجر_الجرود #الجيش_اللبنانيhttps://t.co/T2kFsIqyTK pic.twitter.com/OR4ozp8wV6
— الجيش اللبناني (@LebarmyOfficial) August 27, 2017
L'armée contrôle 100 km² de terrain précédemment occupés par les jihadistes avant le début de l'opération. Les soldats libanais ont désormais en ligne de mire une vallée dont la superficie représente près de 20 km². Six soldats ont été tués par des mines depuis le début de la campagne.
Peu après huit heures du matin, l'armée syrienne et le Hezbollah ont à leur tour annoncé une cessation des hostilités dans le Qalamoun syrien, "en vue d'un accord global pour mettre fin à la bataille contre Daech", a précisé le média de guerre du Hezbollah.
الجيش السوري والمقاومة يعلنون وقف إطلاق النار، ابتداء من الساعة السابعة صباحا، في سياق إتفاق شامل لإنهاء المعركة في #القلمون_الغربي ضد داعش
— الاعلام الحربي مركزي (@C_Military1) August 27, 2017
Cette opération avait été lancée simultanément avec celle de l'armée libanaise, mais cette dernière a toujours démenti l'existence d'une coordination entre les autorités libanaise et syrienne.
Accord en 3 phases
Selon plusieurs médias locaux, un accord en trois phases entre le Hezbollah et l'EI, sous la supervision des autorités syriennes, a été scellé. Dans un premier temps, le groupe jihadiste devait remettre les corps de plusieurs combattants du parti chiite. Une source du Hezbollah citée par la chaîne locale LBCI a indiqué que cinq corps ont été remis en tout début d'après-midi et sur lesquels des prélèvements ADN seront effectués. Dans un deuxième temps, le sort des militaires libanais otages de l'EI devait être dévoilé. Dans un troisième temps, les jihadistes de l'EI présents dans les jurds libanais et syriens doivent être transférés dans la région de Deir ez-Zor, dans l'est de la Syrie, et les corps d'autres combattants du Hezbollah, tués pendant la bataille de Palmyre, dans le centre de la Syrie, remis au parti chiite.
L'armée syrienne a accepté de soutenir l'accord entre l'EI et le Hezbollah. "Après les succès de nos forces armées et (du Hezbollah) dans le secteur de Qalamoun-Ouest(...), l'accord passé entre le Hezbollah et le groupe terroriste Daech (acronyme arabe de l'EI) a été approuvé", a déclaré la télévision nationale, qui cite une source militaire.
Les ministres CPL à Ras Baalbeck
Jeudi, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait révélé que des "canaux de négociations" avaient été ouverts entre Damas et l'EI à la demande des combattants jihadistes, parallèlement à la bataille qui se déroule dans le jurd. Des négociations comprenant notamment la clôture du dossier des militaires libanais otages de l'EI, et pour lesquelles, avait souligné le leader chiite, une "coopération et une demande officielles de la part du Liban à Damas" sont nécessaires.
Le jurd de Ersal avait été le théâtre de combats fin juillet entre le Hezbollah et le Front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra) qui s'était soldé par une défaite des islamistes et un échange de prisonniers.
Après cette annonce, les ministres de la Défense Yaacoub Sarraf et des Affaires étrangères Gebran Bassil, qui se sont rendus dans les locaux du QG de l'armée à Ras Baalbeck, avaient semblé prendre le contre-pied de l'armée.
"Il n'y aura pas de négociations avant que toute la vérité ne soit établie sur le sort des militaires otages", avait déclaré M. Sarraf, saluant l'action de l'armée libanaise, ajoutant qu'il y aurait une annonce officielle une fois qu'il aurait obtenu des "informations claires" sur ce qu'il était arrivé aux soldats. "Notre présence à Ras Baalbeck a pour but de montrer que les dirigeants sont derrière l'armée et que ce sont nos soldats qui ont libéré le pays du terrorisme", avait-il ajouté.
"L'armée libanaise a remporté la victoire", avait de son côté déclaré M. Bassil. "Il n'y a pas de "négociations" avec les terroristes. Ce sont eux qui se rendent", avait-il ajouté. Le chef de la diplomatie libanaise et président du Courant patriotique libre, ainsi que le ministre de l’Énergie et de l'Eau, César Abi Khalil, avaient ensuite effectué une tournée dans plusieurs localités de la Békaa-Est. "Le Liban n'acceptera pas de négociations avec les terroristes, avant d'avoir réussi à obtenir ce qu'il considère la chose la plus chère au monde, à savoir les militaires otages", avait déclaré M. Bassil lors de cette tournée.
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j'espère qu'on va pas nous apprendre qu'ils ont été décapité comme des animaux... On ne devrait pas les laisser partir comme ça avec armes et bagages.... Je me rend compte que pour vraiment arreter cette folie, la méthode de la pacification à la russe est la meilleur...
16 h 38, le 28 août 2017