Liban

Et si l’on réfléchissait au rôle des municipalités ?

Pause verte
01/08/2017

En juillet, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, et son équipe étaient en visite au Liban, une visite au cours de laquelle a été signé un nouveau protocole avec la municipalité de Beyrouth. Au cours d'un entretien avec le président du conseil municipal Jamal Itani, auquel la presse a assisté, le sujet des déchets ménagers a été abordé. Reflétant sa vision de la situation au Liban, M. Itani a expliqué à Mme Pécresse les sombres perspectives à court et moyen terme : rappelant que la capitale, qui fait désormais cavalier seul en la matière, a décidé de se doter d'un incinérateur pour produire de l'énergie à partir des ordures, il a dit redouter la période de flottement qui suivrait l'inévitable fermeture prématurée de la décharge côtière de Costa Brava (Choueifate, sud de Beyrouth), dans un an et demi au maximum, sachant que l'installation d'un incinérateur nécessite trois à quatre ans de préparation.

Ce ton plaintif, sollicitant le conseil de régions plus expérimentées en la matière (ce qui est légitime en soi), est bien familier à tous ceux qui sont habitués aux contacts avec les autorités de ce pays, quelles qu'elles soient. Cette expectative de la catastrophe à venir a quelque chose de si passif et de si désarmant qu'on en arriverait presque à excuser les (nombreuses) bavures officielles... alors que rien ne devrait nous pousser à justifier ce qui empoisonne nos vies depuis si longtemps.

En effet, cette intervention de M. Itani, si logique qu'elle paraisse de prime abord, soulève plusieurs interrogations tout aussi justifiées : si, comme nous le savons déjà, la saturation précoce et attendue des deux décharges côtières officielles sera causée par l'excès de déchets non triés qui leur parviennent chaque jour (1 500 tonnes chacune au lieu de 1 100 pour Costa Brava et 1 200 pour Bourj Hammoud), que font les conseils municipaux et les autres autorités pour réduire le volume d'ordures et augmenter les capacités de tri et de compostage dans les localités ?

Si le tri dans les maisons leur paraît si difficile à réaliser (nous sommes pourtant nombreux à espérer un plus grand dynamisme municipal à ce niveau), que leur coûteraient des centres de tri simples à installer ? Et si la municipalité de Beyrouth envisage d'acquérir une usine de transformation des ordures en énergie, ne comprend-elle pas que le tri lui sera dans tous les cas indispensable, puisque les diverses ordures n'ont pas la même valeur énergétique ? Sous-estime-t-elle l'opposition civile à cette technologie, résumée par des experts de l'AUB en détail il y a quelques mois ? Ou encore la colère populaire qui risque d'éclater dans les quartiers autour du futur emplacement de l'incinérateur ?

Ce manque de dynamisme dans le dossier des déchets se retrouve aussi dans la plupart des conseils municipaux du Mont-Liban, non seulement dans l'attentisme d'une solution globale de moins en moins probable, mais dans l'absence d'opérations quotidiennes indispensables, comme le balayage des rues par exemple. Il est navrant de constater que là où cette opération n'est pas incluse dans les contrats avec les sociétés privées chargées du ramassage par l'État, ce balayage n'est pas effectué et cause un important problème d'hygiène. Et quand on leur pose la question, certains responsables municipaux reconnaissent demander au Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) des informations sur l'inclusion de cette opération dans les contrats.

Qu'est-ce qui empêche les municipalités de procéder elles-mêmes au balayage, au tri, à la collecte séparée des recyclables, etc. ? Plus rien ne les en empêche dans la loi. D'un autre côté, qui garantit la pertinence des choix pour éviter des fiascos comme celui de l'incinérateur de Dhour el-Choueir ? Seules quelques petites municipalités, les plus grandes d'entre elles étant Bickfaya et Beit-Méry, ont agi en faveur d'une solution locale et durable.

Quand la mémoire nous ramène vers cette fameuse crise de 2015, au moment où de multiples voix se sont élevées pour revendiquer la décentralisation de la gestion des déchets, on se rend compte, avec le recul, que cette revendication doit être nuancée et assortie d'une exigence de planification centrale rationnelle. Or la volonté politique manque, d'autant plus que les budgets des conseils municipaux demeurent bloqués, ce qui entrave le développement des conseils municipaux les plus dynamiques et fournit le parfait prétexte aux moins inventifs.

Peut-être qu'il faudrait surtout privilégier une réflexion sérieuse et publique sur le renforcement de la place des municipalités dans le développement.

 

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