Liban

La violence... quand il n’y a plus rien à dire

Pause verte
18/07/2017

Plus de deux cents défenseurs de l'environnement au moins ont été assassinés en 2016, dans des opérations en rapport avec leur activité de militantisme, dans 24 pays différents, a recensé récemment un article de National Geographic (par Stephen Leahy, publié le 13 juillet). Jamais les militants, gardiens de parcs naturels inclus, n'ont été autant visés par des intentions meurtrières, sous des cieux si divers. Dans tous les cas cités, l'opposition à des projets majeurs ou à des trafics illicites a mis ces défenseurs de terrains ou de ressources sur la ligne de mire. Partout, les activités (bien trop) lucratives, qui font fi de la qualité écologique des sites et du sentiment d'appartenance des populations autochtones, engendrent des actes d'une violence extrême, souvent peu investigués et sans enquêtes concluantes.
Au Liban, un tel seuil de violence n'a pas encore été atteint (en ce qui concerne les environnementalistes). Mais s'il n'y a pas eu mort d'homme, bien heureusement, militants et journalistes n'en sont pas moins visés par toutes sortes de violences. L'incident récent le plus notoire a été, fin juin, l'agression d'un cameraman de la LBCI, Sami Baytamouni, qui accompagnait la journaliste Sobhiya Najjar dans un reportage sur l'une des dernières plages de tortues du Liban, à Mansouri, au sud de Tyr, menacée par un projet touristique. Les images tournées par la journaliste apportent la preuve de cette brutalité extrême exercée par un homme qui, plus tard, s'avérera être le concierge des propriétaires dudit projet, et qui affirmera, à son arrestation, s'être senti « énervé ».
La violence dans les cas de projets controversés, notamment sur le littoral, prend des visages divers : l'indifférence vis-à-vis des protestations populaires, la non-application des jugements d'arrêt des travaux, la fermeture des accès au public... Au nom d'une vision erronée et dépassée du tourisme, on enferme la population libanaise dans des limbes entre littoral et montagne, de plus en plus cloisonnés et réservés à quelques privilégiés. Dans les villes, l'étouffement est près d'atteindre un seuil maximal, entre manque d'espaces verts, avancée du béton (en largeur comme en hauteur), congestion du trafic à toute heure de la journée...
Priver les citoyens de leur droit d'accès aux espaces publics par des justifications fallacieuses n'est-il pas une violence ? Les priver d'un environnement sain et les exposer à une pollution généralisée, au détriment de leur santé, ne l'est-elle pas aussi ? Ces pressions continues ne font-elle pas naître un autre type de barbarie, et ne contribuent-elles pas, d'une façon ou d'une autre, à la recrudescence des crimes dans les rues, notamment ceux résultant des disputes sur les routes et qui ont fait plusieurs victimes dernièrement ? Une telle réflexion mérite d'être engagée.
Dans tous les cas, le langage de la violence ne fait son apparition que quand les arguments manquent face à la logique indiscutable de la préservation de l'environnement et de la conformité du développement aux impératifs écologiques, pas le contraire. Durant des années, c'était l'indifférence qui primait, les gros sous ne craignant pas les protestations de quelques environnementalistes qu'ils arrivaient facilement à faire passer pour des ringards détestant le progrès. Mais avec l'éveil populaire – en témoigne ce rassemblement de mères la semaine dernière devant le ministère de l'Environnement–, il est de plus en plus difficile de passer outre les protestations. Qu'un employé d'un projet balnéaire controversé à Mansouri en soit arrivé aux mains pour éloigner des journalistes n'est pas banal. Faut-il s'attendre à ce que le taux de brutalité monte d'un cran à mesure que la lutte gagne en efficacité ? La société civile saura-t-elle lire les signes et se projeter à plus long terme dans le combat pour un meilleur environnement, au lieu de se décourager ou se diviser ?
Quoi qu'il en soit, le recours à la violence signifie qu'on n'a plus rien à dire. Et avec ceux qui dénigrent notre droit à un environnement sain, il n'y a effectivement plus rien à dire. Place à la confrontation.

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Bouez Chahine

Il faudrait créer d'urgence un Conservatoire du littoral libanais à l'instar du Conservatoire du littoral en Corse qui a sauvé le tiers des mille kilomètres du rivage de l'Île. Pourrait-il sauver du béton les quelques mètres qui restent intacts des 225 kilomètres qui forment le littoral du Liban ?

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