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Liban - Pause verte

Réclamer l’accès aux lieux publics, un délit d’appartenance ?

« Comment arriver à Horch Beyrouth? Dirigez-vous vers la porte principale. Vous ne pouvez pas le rater, c'est le seul grand espace vert à des kilomètres à la ronde. » Le simple fait qu'il faille indiquer, avec force détails, l'emplacement du Bois des pins à quelqu'un qui vit ou passe par la capitale tous les jours est surprenant en soi. Le plus grand parc d'une ville en mal d'espaces verts devrait être, à juste titre, un lieu emblématique.

Or, il est aujourd'hui coupé de son entourage par des avenues savamment orchestrées, sans compter que la population en a été privée durant des décennies sous des prétextes divers, notamment celui d'une dégradation des lieux causée par la présence humaine non réglementée. Dernièrement, l'association Nahnoo a organisé un sit-in devant le jardin pour militer en faveur de sa sauvegarde : les écologistes ont été rejoints par quelques voisins du parc, le reste de la population se sentant rarement impliqué par de telles actions. Un lien a été coupé entre le peuple et le bois. Était-ce voulu ou fortuit ?

Le Bois des pins n'est pas le seul exemple de ce type. Le littoral foisonne de lieux que les gens ne connaissent plus, leur préférant depuis longtemps les plages où ils doivent payer leur entrée et consommer obligatoirement ce qu'on leur offre sur place. Quand la campagne pour Dalieh, la fameuse plage de Raouché menacée de privatisation, a été lancée, il a fallu réexpliquer aux Beyrouthins pourquoi ce lieu est si important dans leur histoire comme dans leur présent. Ramlet el-Baïda est dorénavant plus connue pour les eaux usées qui la traversent et pour les polémiques qui la secouent que pour son attractivité en tant que plage publique. Deux autres plages au moins, Costa Brava et Bourj Hammoud-Jdeidé, sont désormais fermées du fait des décharges hautement controversées qu'elles accueillent.

Que les lieux publics soient illégalement occupés par des structures fixes, qu'ils aient été choisis contre toute logique pour abriter des activités officielles (comme les décharges du gouvernement), ou qu'ils aient été laissés à une dégradation inévitable sous prétexte de la difficulté de les contrôler, l'objectif semble être le même : en priver le public. Et de l'inaccessibilité à la privatisation ou la construction de grands projets, il n'y a qu'un pas. Les grands dépotoirs, et, plus récemment, les décharges contrôlées, conduisent au remblayage de la mer et à des terrains gagnés sur l'eau. Cela n'est même plus un secret, ni à Saïda dont le célèbre dépotoir a été réhabilité il y a quelques années, ni aux décharges de Costa Brava et de Bourj Hammoud-Jdeidé, ni dans d'autres cas. Même les scandales les plus retentissants, à l'instar, récemment, de celui de l'absence d'un brise-lames pour protéger la mer à Bourj Hammoud des détritus vieux de dizaines d'années qu'on y déverse, ne suffisent pas à pousser les municipalités concernées à demander que soit rectifié le tir... tant que l'objectif lointain n'est pas altéré.

Toutefois, ce qui contribue le plus à favoriser ce genre de situation est le divorce entre la population et ses propres espaces publics, ceux auxquels elle a pourtant droit. Aurait-on pu si facilement mettre la main dessus si les vrais gardiens du temple étaient fidèles à leur poste ? Si les protestataires n'étaient pas qu'une minorité engagée dans un combat sans fin qui prend mille noms et mille visages ?

L'inaccessibilité aux lieux publics n'est pas qu'une question de menace sur l'environnement. Ce n'est pas qu'une question sociale, bien que cette dimension soit prioritaire. Ce n'est même pas une simple question juridique de propriété, ni même de sabotage des lois et de corruption. Ce phénomène confine à l'identité même de la population et du pays. L'accès aux territoires publics est aussi une question d'appartenance. Réclamer cet accès deviendrait-il un délit d'appartenance, une exception insensée au mépris des règles que l'on veut nous imposer depuis si longtemps?

 

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« Comment arriver à Horch Beyrouth? Dirigez-vous vers la porte principale. Vous ne pouvez pas le rater, c'est le seul grand espace vert à des kilomètres à la ronde. » Le simple fait qu'il faille indiquer, avec force détails, l'emplacement du Bois des pins à quelqu'un qui vit ou passe par la capitale tous les jours est surprenant en soi. Le plus grand parc d'une ville en mal d'espaces...

commentaires (1)

Oui, c'est l'espace public, comme architecture du vide qui fait sens et nécessité pour tous qui est en cause, l'espace vide n'est souvent que le lieu délaissé, de l'abandon, ce qui détruit a priori l'appartenance à la cité. Ici, tout est à redécouvrir....

Beauchard Jacques

09 h 25, le 23 juin 2017

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Commentaires (1)

  • Oui, c'est l'espace public, comme architecture du vide qui fait sens et nécessité pour tous qui est en cause, l'espace vide n'est souvent que le lieu délaissé, de l'abandon, ce qui détruit a priori l'appartenance à la cité. Ici, tout est à redécouvrir....

    Beauchard Jacques

    09 h 25, le 23 juin 2017

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