Liban

Quand le respect de la loi devient une option

Pause verte
07/04/2017

« J'accuse les hommes de salir les torrents,
D'empoisonner le sable des enfants,
De névroser l'âme des pauvres gens,
De nécroser le fond des océans. »
Michel Sardou

Trois décisions de justice pour geler le permis de construire du chantier de l'Eden Bay sur la plage de Ramlet el-Baïda ? Qu'à cela ne tienne ! Le chantier se poursuit en toute tranquillité jusqu'à la menace d'une amende qui, apparemment, fait son effet temporaire. Une décision du conseil municipal de Beyrouth de geler la construction en dur d'un hôpital de campagne sur un terrain du Bois des pins ? Aucun souci ! Les grues s'activent sans état d'âme. Et les pressions viennent à bout des intentions des responsables municipaux une semaine plus tard.

On peut comprendre que les parties en conflit présentent leurs arguments contradictoires sur ces projets controversés à Beyrouth. Mais que la société civile se tourne vers la justice, obtienne des jugements favorables (même temporaires) et voie ces décisions foulées au pied par certaines autorités qui refusent de donner le feu vert pour leur application... n'est-ce pas fausser le jeu démocratique ? Quand des membres du conseil municipal se prononcent contre un projet dans l'un des derniers espaces verts restant à Beyrouth, et qu'ils n'opposent qu'un geste d'impuissance quand ils constatent la poursuite des travaux, c'est le prestige des institutions qui s'en trouve bafoué.

Dans le cas des deux scénarios absurdes de la plage et du jardin – deux espaces publics par excellence –, l'obstination déplacée et l'étalage de puissance non dissimulé confinent désormais aux comportements voyous, sans aucune vergogne. Quand ceux qui sont supposés être les gardiens de l'application des lois sapent les fondements de l'autorité judiciaire, se rendent-ils compte qu'ils scient la branche sur laquelle ils sont assis ? Comme le disait récemment un écologiste : « À quoi peut-on s'attendre quand des seigneurs de guerre continuent de gérer le pays comme s'ils se divisaient les parts d'une société ? »

 

(Pour mémoire : Et de trois : une nouvelle décision judiciaire pour l'arrêt des travaux à Ramlet el-Baïda !)

 

Le laxisme ou le refus pur et simple d'appliquer les lois et les décisions judiciaires font de nombreuses victimes, dont l'environnement et la planification urbaine ne sont pas les moindres. Mais, surtout, ils témoignent de la courte vue de ceux qui pensent tout contrôler, y compris la volonté populaire et Dame Nature. La première donne des signes de ras-le-bol croissant face aux infractions de plus en plus flagrantes commises en haut lieu. On reste loin de la révolution intégrale, il semble, mais le sursaut a bel et bien eu lieu, depuis une autre crise environnementale, celle des déchets en 2015.

Pour ce qui est de la seconde, la gente dame n'en fait qu'à sa tête et n'apprécierait pas d'être prostituée à n'en plus finir au profit des intérêts privés et de la mentalité mercantile. Privatiser tous les espaces – littoral, jardins publics –, les asservir à la loi du béton ne se limite pas à en empêcher l'accès aux citoyens. Cela confine à l'étouffement, au sens propre comme figuré, qui aura raison de tous sans exception : il n'y a pas de raison de penser que les risques sur la santé publique sont moindres sur ceux qui auront payé des millions pour s'accaparer le sable d'un littoral dégradé. Le Bois des pins, si longtemps réservé à des privilégiés, ne se meurt-il pas de la pollution et du changement climatique ?

Quand le respect de la loi humaine devient une option, ce sont les lois naturelles que l'on sous-estime, et c'est à un jugement d'un autre type que l'on s'expose. Faut-il espérer ou craindre que la nature soit l'ultime facteur d'équilibre ?

 

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gaby sioufi

une idee " lumineuse " hahahaha ! et pourtant serieuse a l'attention du ministre de l'interieur :
puisque les decision emanant d'autorites diverses , surtout celles emanant de notre justice sont si joliment ignorees,
puisque ces gens la n'ont peur de rien parceque protegees par les politiques ,
puisque finalement comme le dit cet article appliquer la loi est une option seulement ,
ALORS que notre cher ministre de l'interieur fasse fi de certaines loi en envoyant ses soldats appliquer manu militari-SERIEUSEMENT CETTE FOIS - ces memes lois bafouees si allegrement.
je suis sur PERSONNE , mais alors personne n'oserait rouspeter.

George Khoury

ras le bol total

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