Liban

Quand Jacqueline a offert une bague à une inconnue au Yildizlar

Souvenirs du vieux Beyrouth

Jacqueline, 75 ans, livre à « L'Orient-Le Jour » quelques souvenirs du Beyrouth d'avant la guerre civile et la reconstruction du centre-ville.

08/07/2017

« Je suis une personne âgée, aujourd'hui, et je me rappelle souvent de la beauté, de la perfection et de l'honnêteté des gens que l'on côtoyait dans le vieux Beyrouth. C'était le temps où l'on assistait à des mariages au Holiday Inn, l'élection de Miss Liban au Carlton et aux concours de couture à l'Alcazar, avec Feyrouz sur une table à côté de la nôtre. On élisait Miss Couture et Miss Coupe, entre autres.

«Parfois, on dînait au Yildizlar, au bord de la mer. Je me souviens d'une soirée particulière avec mon frère dans ce restaurant. Il y avait, à côté de nous, un jeune couple que nous ne connaissions pas et qui fêtait ses fiançailles. Le couple a offert des parts de gâteau à tous ceux qui dînaient dans le restaurant. J'ai alors dit à mon frère qu'il fallait à tout prix offrir une bague à la jeune femme. Il s'est exécuté et il est allé chercher une bague. La fiancée n'en revenait pas que des inconnus lui offrent un tel cadeau. À la fin de la soirée, le couple a attendu que nous soyons sur le départ pour nous offrir plusieurs bouteilles de champagne.

«Je suis incapable de décrire Beyrouth, tellement sa beauté était incommensurable, mais je vais commencer par la place al-Bourj, à laquelle je me rendais depuis Baabda. Il y avait là-bas l'église Saint-Georges, la place des Martyrs, souk el-Sagha (le souk des Bijoutiers), souk el-Azarié, souk el-Maarad et la plupart des cinémas de la capitale, dont le Shéhérazade, le Métropole et le Zahraa, ainsi que l'hôtel Astoria. Il y avait aussi le Gaumont Palace à la rue Béchara el-Khoury, où on regardait des films où jouait Fernandel et des films indiens. Sous le cinéma Rivoli, à côté du souk des Bijoutiers, se trouvaient le souk des Légumes, celui des Poissons et un souk populaire appelé souk el-Nouriyé, sans oublier souk Abi el-Nasr où on trouvait des produits d'épicerie. Tous ces endroits sont gravés dans ma mémoire et je m'en souviens encore comme si c'était hier.

«Des fois, nous prenions le tramway pour descendre aux souks Allenby, el-Bazerkan et el-Tawilé, puis au souk des Fleurs. À côté de souk Tawilé, il y avait souk Ayass où on pouvait acheter des vêtements et de la laine.
«Souk el-Tawilé était le plus beau de tous les souks, avec ses magasins de fourrure et de prêt-à-porter. On achetait le tissu pour les rideaux chez Wardé, les chaussures et les sacs chez Carina et le trousseau des mariées chez Ziadé. Un jour, j'ai croisé la chanteuse Samira Toufik chez Wardé. Elle m'a vue en train de choisir du tissu et a dû trouver que j'avais bon goût. Elle m'a donc demandé de lui choisir des rideaux et a fini par les acheter. Pour la fourrure, on se rendait chez Sisco et chez Honein, pour le tissu chez Takché et pour le prêt-à-porter chez Karam.

«Au bout de souk el-Tawilé, il y avait le café du hajj Daoud où l'on mangeait du délicieux poisson frit au bord de la mer. Je m'y rendais souvent avec ma mère, et, une fois le déjeuner terminé, je passais des heures à contempler la Méditerranée, fût-elle calme ou agitée. C'était mon endroit préféré à Beyrouth. Des fois, avec mon frère, on mangeait du poulet grillé chez Ali Baba, le meilleur de la ville, avant de déguster des baklavas chez Ariss. La meilleure glace de Beyrouth se trouvait à l'Automatic. En descendant vers la mer, on trouvait également tous les hôtels de luxe.

«À la fin de la guerre, je suis allée voir ce qu'il restait de la ville. La première chose qui m'a frappée, c'était un cinéma détruit, j'ai ensuite vu les hôtels en ruine et le souk des Bijoutiers pillé. Il y avait beaucoup de tristesse dans ce paysage.
«Le Beyrouth actuel est beau d'un point de vue architectural, mais ceux qui ont connu le vieux Beyrouth ont toujours un pincement au cœur. Je ne retrouve plus la richesse d'autrefois. Les gens étaient différents, aujourd'hui il n'y a plus la même bonté. Il n'y avait pas de vol non plus et nous jouissions d'un sentiment de sécurité à tous les niveaux. »

 

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Eleni Caridopoulou

Madame j'ai eu des larmes aux yeux c'est justement ce Beyrouth que j'ai connu, j'ai 81 ans et j'habite l'Italie et je raconte avec nostalgie la vie de rêve de Beyrouth et du Liban aux Italiens

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