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Moyen Orient et Monde

L’opération marketing de Trump au Proche-Orient

Conflit israélo-palestinien

Le président américain a réaffirmé les liens solides avec l'État hébreu, tout en restant vague face au dirigeant palestinien.

24/05/2017

Donald Trump avait annoncé la couleur. Il serait celui qui parviendrait à résoudre l'épineux conflit israélo-palestinien sur lequel tous ses prédécesseurs se sont cassé les dents. Les dernières négociations de paix, sous les auspices des États-Unis, ont capoté en 2014. Pourtant, les deux jours de visite du dirigeant américain, à Jérusalem d'abord, lundi, et hier à Bethléem, n'ont guère laissé entrevoir une éventuelle sortie de crise.

Après son passage en Arabie saoudite visant à resserrer les liens avec les pays du Golfe, le président américain a fait de même auprès de l'État hébreu, allié historique des États-Unis, mais avec qui les relations s'étaient refroidies sous Barack Obama. Lundi, M. Trump a rassuré le Premier ministre Benjamin Netayahu, en n'entachant aucunement son discours de critiques ou de pressions à l'égard de l'administration israélienne.

Donald Trump s'est contenté de déclarations consensuelles et de l'emploi de termes généraux, appelant hier Israéliens et Palestiniens à prendre des « décisions difficiles » pour la paix, avant de quitter Jérusalem sans avoir jamais précisé publiquement comment il s'y prendrait pour obtenir ce qu'il a appelé l'accord « ultime ».

De ses rencontres lundi avec M. Netanyahu à Jérusalem et hier avec le président palestinien Mahmoud Abbas à Bethléem en Cisjordanie occupée, M. Trump, lui-même « personnellement décidé à (les) aider à parvenir à un accord », a retenu que les deux antagonistes voulaient la paix. « Cependant, faire la paix ne sera pas facile. Nous le savons tous », a déclaré celui qui, il y a seulement quelques semaines, disait que cela ne serait « peut-être pas aussi difficile ». « Les deux parties feront face à des décisions difficiles. Mais avec de la détermination, des compromis et la conviction que la paix est possible, Israéliens et Palestiniens peuvent conclure un accord », a-t-il lancé devant un parterre d'officiels israéliens et américains au musée d'Israël à Jérusalem.

 

(Lire aussi : Et maintenant, une doctrine Trump, l'éditorial de Issa GORAIEB)

 

Passage dumur
Plus tôt dans la journée, M. Trump, qui faisait ses premiers pas sur le terrain de l'un des plus vieux conflits du monde, a pu embrasser du regard l'une des réalités israélo-palestiniennes les plus frappantes quand il a gagné Bethléem par la route en provenance de la proche Jérusalem. Il a franchi en convoi le mur érigé par Israël pour se « protéger » des attaques palestiniennes, et le non moins impressionnant checkpoint qui commande l'accès de Bethléem depuis Jérusalem. Une grande partie de Bethléem vit à l'ombre du mur, « barrière de sécurité » pour les Israéliens, « mur de l'apartheid » pour les Palestiniens dont il empoisonne la vie.

L'horizon israélo-palestinien paraît de plus en plus sombre. La rencontre éclair avec M. Abbas au palais présidentiel de Bethléem n'aura pas permis d'entrevoir une quelconque lueur d'espoir. En février, M. Trump avait alarmé les Palestiniens en prenant ses distances avec la solution à deux États. La création d'un État palestinien coexistant avec Israël est perçue comme l'unique sortie de crise par la communauté internationale.

Le conseiller à la Sécurité nationale américaine, le général HR McMaster, avait signifié que le président américain pourrait s'être ravisé. « L'occupation et la paix ne peuvent pas coexister », a rappelé le diplomate palestinien Maged Bamya lundi, à RFI. « C'est soit la solution de deux États sur la base des frontières de 1967, soit l'apartheid qui est en train de se dessiner avec des lois de plus en plus racistes et des comportements de plus en plus discriminatoires. Je pense qu'il est inévitable, s'il veut faire la paix, que Donald Trump aille dans ce sens-là », a-t-il ajouté. Une solution que ce dernier n'a pas évoquée une seule fois lors de son séjour au Proche-Orient. Comme il l'avait fait le 3 mai dernier à Washington auprès de son homologue américain, Mahmoud Abbas a fait passer à nouveau le message, en réitérant « (leur) position qui est celle de deux États le long des frontières de 1967, un État palestinien ayant pour capitale Jérusalem-Est vivant aux côtés de l'État d'Israël dans la sécurité et la paix ». Car, a-t-il ajouté, « notre problème fondamental n'est pas contre le judaïsme comme religion mais contre l'occupation, la colonisation et le refus des Israéliens de reconnaître l'État de Palestine comme nous l'avons fait pour eux ».

 

(Lire aussi : Donald fait du « Bibi » : cocktail explosif au Moyen-Orient)

 

Discours pro-israélien
Après 50 années d'occupation par Israël des territoires palestiniens, M. Trump n'a pas non plus évoqué la question de la colonisation illégale, principale crainte du gouvernement israélien. Le 15 février dernier, M. Trump avait timidement demandé à Benjamin Netanyahu, lors de sa grande visite, extrêmement chaleureuse, à Washington, de « freiner la colonisation ». Pas de quoi hérisser le poil des Israéliens pour autant. Ces derniers avaient salué l'avènement de Donald Trump comme le début d'une nouvelle ère dans laquelle la colonisation reprendrait sans frein et peut-être même une partie de la Cisjordanie serait annexée. Le dirigeant américain a notamment promis de défendre Israël. « Les dirigeants iraniens appellent régulièrement à la destruction d'Israël. Pas avec Donald J. Trump ! » a-t-il martelé. Le quotidien israélien de gauche Haaretz a souligné hier que le discours de Trump au musée d'Israël était « l'un des discours les plus impudemment unilatéraux et pro-israéliens jamais donnés par un président américain, n'importe où, n'importe quand ».

Par ailleurs, la question des frontières ou le statut de Jérusalem sont totalement passés à l'as. Le président américain n'est pas revenu sur sa promesse de campagne de déménager l'ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, qui avait provoqué un tollé chez les Palestiniens et les Arabes ainsi que des dénonciations de la communauté internationale. Le nouveau locataire de la Maison-Blanche devra rendre, début juin, sa décision de geler pour six mois supplémentaires une loi votée par le Congrès il y a plus de vingt ans en faveur du transfert de l'ambassade. Sa décision coïncidera par ailleurs avec le cinquantième anniversaire de la conquête par Israël de la Cisjordanie et de Gaza lors de la guerre de 1967.

 

 

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VIRAGE CONTRÔLÉ

Il ya aussi une 3eme voie pour que la paix reigne à Jérusalem à côté des 2 états ou l'apartheid .

L'EXTERMINATION DU PEUPLE PALESTINIEN c'est la chose la plus sûre qui est en bonne voie.

Vous n'y avez pas pensé ?

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