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Et maintenant, une doctrine Trump

Tel un illusionniste aux talents insoupçonnés, c'est un lapin de belle taille que Donald Trump a tiré de son chapeau durant son périple moyen-oriental qui l'a conduit en Arabie saoudite, en Israël et en Cisjordanie. Ce que le président américain propose en effet aux peuples et gouvernants de la région, c'est une impensable mutation, une vertigineuse opération de transfert : une cause alternative et commune dont il escompte qu'elle reléguera au musée toutes les causes dites grandes ou historiques qui, tout au long des dernières décennies, ont embrasé cette partie du monde.


Au gré des trois sommets concentriques qui ont eu lieu à Riyad (et dont le dernier rassemblait, autour de Trump, une cinquantaine d'États arabes et musulmans), c'est clairement l'Iran qui a été désigné comme l'ennemi public numéro un : quasiment en ex aequo avec Daech, sinon devant Daech. Dans ses déclarations publiques, le président US, usant d'accents bushiens, n'a cessé par ailleurs d'appeler à la mise en place d'un axe du bien face à l'Iran.


Par ses implications politiques et psychologiques, l'idée même d'une telle coalition est d'une importance considérable, même s'il y a longtemps déjà que les monarchies pétrolières du Golfe s'estiment plus gravement menacées par la République des ayatollahs que par l'État hébreu. Cette inversion solennelle des priorités qui furent largement arabes et musulmanes peut surprendre aussi par les changements de costumes auxquels elle a donné lieu. Transformiste de haut vol, ainsi, que cet islamophobe déclaré de Donald Trump qui a multiplié les déclarations d'amour aux adeptes de la religion du Prophète puis s'en repartir avec des contrats d'armement et d'équipement plein les poches. Et transformistes accomplis, à leur tour, ces richissimes royaumes du Golfe suspectés d'avoir fermé les yeux sur les dons privés aux groupes jihadistes et qui, en un tournemain, montrent patte blanche, prennent la bonne résolution de tarir les sources d'où coulaient à flots les riyals, s'engagent même à étouffer dans l'œuf la propagation des idéologies radicales...


C'est précisément cette rare (et pas trop confidentielle, désormais) conjonction d'intérêts, face à l'Iran comme à Daech, qui porte le chef de la Maison-Blanche à se poser en grand coordinateur d'une historique opportunité de paix entre Arabes et Israéliens. Or, c'est bien sur ce terrain qu'il va un peu trop vite, et cela pour deux raisons. La première est que ce n'est pas seulement en protestant de son soutien indéfectible à Israël que Donald Trump peut espérer obtenir un démantèlement substantiel des colonies juives, condition primordiale de tout règlement de la question de Palestine. La seconde est que la doctrine Trump, si elle est bien loin de garantir la paix arabo-israélienne, est encore moins susceptible d'écarter le spectre de guerres régionales d'une ampleur sans précédent.


Non point, bien sûr, que l'Iran soit innocent des activités terroristes qui lui sont reprochées. Un clou chasse l'autre, dit-on, mais les antécédents de Téhéran sont encore présents dans bien des mémoires. Bien avant les Assad de Syrie, avant même d'avoir formé ses propres légions étrangères – dont le Hezbollah –, la République islamique est passée maître dans l'art de manipuler divers groupes jihadistes. Durant le dernier quart du siècle dernier, elle a commandité nombre d'attentats, d'enlèvements et parfois d'assassinats de diplomates, chercheurs ou journalistes occidentaux. Elle n'a cessé de chercher à déstabiliser maints pays arabes, ce qui peut très bien être assimilé à une forme étatique de terrorisme. Et elle porte une belle part de responsabilité dans le réveil du grand schisme entre les deux principales branches de l'islam. Ce phénomène est particulièrement affligeant et inquiétant au Liban, seul pays arabe non spécifiquement musulman, et où sunnites et chiites représentent des populations sensiblement égales : seul pays aussi où cohabitent tant mal que bien, au sein du même gouvernement, fidèles de l'Iran et de l'Arabie saoudite.


Dès lors, et comme on pouvait s'y attendre, le communiqué final du sommet de Riyad ne manquera sans doute pas d'alimenter, dans les prochains jours, le débat politique. Car si le Premier ministre n'a rien à reprocher à ce texte (bien au contraire), c'est par un simple tweet que son ministre des AE a dit n'avoir jamais été au courant d'un quelconque communiqué en préparation. Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire : les trois fameuses figurines de la sagesse n'auraient pas fait mieux !

Issa GORAIEB
[email protected]


Tel un illusionniste aux talents insoupçonnés, c'est un lapin de belle taille que Donald Trump a tiré de son chapeau durant son périple moyen-oriental qui l'a conduit en Arabie saoudite, en Israël et en Cisjordanie. Ce que le président américain propose en effet aux peuples et gouvernants de la région, c'est une impensable mutation, une vertigineuse opération de transfert : une...