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Liban

Beyrouth-Erbil : le vol de ceux qui font leurs adieux...

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Le Liban ne représente plus qu'une courte halte pour les chrétiens de Syrie et d'Irak.

17/05/2017

Tous les jours, depuis plusieurs années maintenant, un vol de la Middle East Airlines relie Beyrouth à Erbil. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'Airbus qui assure le lien entre ces deux villes ne transporte pas beaucoup d'hommes et de femmes d'affaires libanais. Ce vol est surtout emprunté par des chrétiens orientaux, des Irakiens, mais aussi des Syriens, pour qui Beyrouth et le Liban constituent une courte halte avant le grand départ. Pour ces chrétiens, la capitale libanaise est consacrée aux adieux qu'on fait aux membres de la famille qui partent s'installer hors du Moyen-Orient.

Sonia, chaldéenne, récite le chapelet en attendant l'embarquement. La soixantaine, cette Irakienne est venue avec sa sœur, son neveu et ses petits-neveux au Liban pour embrasser sa nièce une dernière fois. « Ma nièce a fui l'Irak pour le Liban il y a un peu plus de deux ans, avec l'arrivée de l'État islamique dans la plaine de Ninive. Elle s'est inscrite auprès de l'agence de l'ONU pour les secours aux réfugiés (HCR), et là elle vient de partir en tant que réfugiée en Australie. Nous sommes venus à Beyrouth pour lui souhaiter bonne chance. Nous rentrons à Chaklawa, une localité d'Erbil », raconte-t-elle. « Nous sommes originaires d'un autre village du Kurdistan irakien, mais nous l'avons quitté durant les années quatre-vingt, lors de la guerre entre l'Irak et l'Iran, car la situation était instable entre les rebelles kurdes et (l'ancien président irakien) Saddam Hussein », explique-t-elle.

Un peu plus loin, une autre famille irakienne. Mariam est venue au Liban voir une dernière fois sa sœur. « Elle est arrivée au Liban durant l'été 2015. Elle vient de bénéficier d'un programme de l'Église assyrienne, qui a réussi à envoyer quelque 1 000 familles en Australie », dit-elle.
Mariam est accompagnée dans son voyage par son mari et ses enfants. « Il ne reste plus que moi en Irak. J'ai sept frère et sœurs, ils sont en Suède, en Allemagne, au Danemark, au Canada, et là, la toute dernière part pour l'Australie », ajoute-t-elle d'un air résigné.
« Même si tout le monde part, je ne quitterai jamais mon pays. J'ai déjà été obligée de quitter Bagdad il y a quelques années, car la situation des chrétiens se détériorait de jour en jour. Je me suis établie avec mon mari et sa famille à Ainkawa (quartier chrétien d'Erbil) et j'y resterai », poursuit-elle, résolue.

 

Le village du patriarche Hazim
Deux familles, chacune avec trois enfants, dont certains en bas âge, patientent pour peser leurs valises. Elles doivent payer une grosse somme pour l'excédent de bagages. Les deux mères de famille, qui portent des croix en or autour du cou, tentent de calmer les enfants qui s'impatientent et qui ont endossé de gros manteaux, des vêtements qui tranchent avec la chaleur exceptionnelle de ce mois de mai.

« Il n'y avait plus de place dans les valises. C'est pour cela que nous avons obligé les enfants à mettre les manteaux », explique, comme pour s'excuser, Sarah.
Son mari, Youssef, raconte : « Nous sommes originaires de Mhardeh (la province de Hama) en Syrie. C'est le village de l'ancien patriarche grec-orthodoxe Ignace Hazim (décédé en 2012). Aujourd'hui, nous sommes trois familles de cette localité à bord du vol. Nous venons de faire nos derniers adieux à la Syrie. Au cours des derniers mois, environ 60 familles ont quitté Mhardeh pour Ainkawa à Erbil. »
Mhardeh, localité qui compte plus de 25 000 habitants, tous grecs-orthodoxes, est encerclée depuis le début de la guerre en Syrie par diverses factions rebelles islamiques.

« Nous avons quitté le village il y a deux jours. Beyrouth nous a servi de transit. Nous espérons rester uniquement quelques mois à Erbil, le temps de pouvoir émigrer au Canada, en Australie ou ailleurs, par le biais d'une église ou du HCR. Nous avons des amis originaires de Mhardeh à Ainkawa, ils nous ont déjà trouvé un appartement », ajoute-t-il, précisant qu'il est accompagné de son beau-frère et de sa famille.

Pourquoi ne restent-ils pas au Liban? « Avec tous les réfugiés que le pays a déjà accueillis, le Liban n'a plus de place pour nous... Et puis il relève de notre devoir d'assurer un meilleur avenir à nos enfants. Moi-même je serais resté à Mhardeh, mais j'ai trois enfants et je ne les laisserai plus sous les bombes », martèle-t-il.
Au cours de son histoire, le Liban a accueilli des minorités de tout le Moyen-Orient. Pour un moment, il est même devenu le pays refuge de diverses communautés chrétiennes. Aujourd'hui, il n'est plus qu'une halte pour ces chrétiens qui quittent à jamais leur Orient natal.

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRISTE... TRES TRISTE POUR LES CHRETIENS QUE LES PERSECUTIONS DES TERRORISTES ISSUS DE COMMUNAUTES ORIENTALES POUSSENT A L,EMIGRATION...

Talaat Dominique

toujours pareil se sont toujours les réfugiés musulmans qui sont mieux traiter que les chrétiens

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