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Ces étudiants qui se mobilisent contre la cigarette...

Tabagisme

En 2015, on estimait à 28 % le taux de fumeurs parmi les jeunes Libanais de 20 à 29 ans. Aujourd'hui, ce chiffre serait plus élevé.

13/05/2017

« Il est très décevant que la loi antitabac soit ignorée », lance Chris Labaki. L'étudiant en médecine à l'USJ explique : « La non-application de la loi 174 augmente le nombre de fumeurs passifs dans les restaurants, les obligeant à supporter un environnement pollué par les fumeurs. » Sarah Haddad, également étudiante en médecine, dénonce, elle aussi, la cigarette dans les lieux publics fermés. « Pendant les soirées, mes habits et mes cheveux puent la cigarette. C'est très désagréable », se plaint la jeune fille, qui confie éviter autant que possible les endroits fumeurs.

Dégoûtée par l'odeur de la cigarette, Joya Hindy confie n'avoir jamais été tentée de fumer. « C'est embêtant de devoir subir les cigarettes des autres. J'ai choisi de ne pas fumer. Je ne suis pas obligée d'inhaler la fumée des fumeurs », s'indigne l'étudiante en médecine. Un avis partagé par Rodrigue Zouein, étudiant en santé publique à l'Université de Balamand, qui, pourtant, confie ne pas être autant dérangé par le tabagisme passif. Pour certains étudiants, l'aversion pour la cigarette remonte à loin. Quand elle était petite, Lara Abdallah cachait les paquets de cigarettes de ses parents et oncles, et les avertissait des risques du tabac. « Aujourd'hui, je ne peux plus le faire, reconnaît l'étudiante en santé environnementale à l'AUB. Alors, lorsque je suis dérangée par la fumée, je m'en éloigne. »

Des sanctions sévères et une surveillance stricte sont, selon Chris, indispensables pour une bonne application de la loi 174. Une exécution qui reste, selon Joya, fragile « parce qu'elle implique des enjeux économiques et politiques ».

(Lire aussi : Le tabagisme actif, plus nocif que la pollution atmosphérique)

 

« Acheter la mort »
« Fumer, c'est acheter la mort », estime le jeune étudiant. « La cigarette favorise l'apparition de nombreuses maladies pulmonaires et cardio-vasculaires. Par ailleurs, c'est une drogue. Commencer à fumer à un jeune âge est un facteur non négligeable du cancer du poumon et d'autres pathologies pulmonaires chroniques gênantes. » Sarah est d'accord. « Vu les effets néfastes du tabac, je trouve illogique qu'une personne choisisse volontairement d'être dépendante à la cigarette. »

Katherine, qui tient à garder l'anonymat « pour éviter les railleries de ses camarades de classe » qui ne partagent pas son aversion pour le tabac, va encore plus loin : « Fumer est une addiction qui nuit à l'individu, à son entourage et à l'environnement. Je n'ai jamais compris l'avantage d'une telle activité. » L'étudiante en anthropologie à l'AUB poursuit : « Certains ados fument sous prétexte qu'ils sont stressés. Si à cet âge la cigarette les aide à surmonter ce qu'ils appellent stress, que feraient-ils plus tard face au vrai stress de la vie ? » Chris ajoute : « Le stress, les examens et la pression sociale ne justifient pas le recours des jeunes à la cigarette. »

Évoquant l'effet de la chicha, très répandue parmi les jeunes Libanais, Sarah rappelle que « fumer la chicha équivaut à fumer 40 à 60 cigarettes, soit 2 à 3 paquets d'un seul coup, ce qui est très nocif pour la santé ».
La plupart des étudiants interviewés confient connaître quelqu'un, dans leur sphère familiale ou sociale, qui est tombé malade à cause de la cigarette. Les deux grands-mères de Sarah en sont un exemple. « La première a souffert d'un cancer de la vessie, ce qui l'a incitée à arrêter de fumer. La seconde a fait une bronchopneumopathie obstructive mais n'arrive pas à délaisser cette mauvaise habitude », confie-t-elle. Et d'expliquer : « C'est difficile à son âge de prendre une telle décision, l'idéal serait de ne pas entrer dès le début dans ce cercle vicieux. »

(Lire aussi : Ces pays qui ont réussi à dissuader les gens de fumer)

 

Sensibilisation
Bien qu'il n'existe pas de clubs antitabac dans les universités au Liban, ces jeunes non-fumeurs se mobilisent contre la cigarette dans leurs établissements respectifs, et cela dans le cadre des clubs auxquels ils appartiennent. Étant président du club 4D For Development à l'Université de Balamand, Rodrigue assure que la lutte antitabac est une priorité pour lui. « Notre club organise des campagnes de sensibilisation à l'hygiène, la santé et au respect de l'environnement », précise-t-il. Et d'ajouter : « Une activité de sensibilisation aux dangers du tabac est prévue prochainement. Nous distribuerons aux étudiants des affiches listant, non pas les dangers du tabac, mais les avantages de l'arrêt de la cigarette. »

Même son de cloche de la part des membres du club Lemsic de l'USJ (Lebanese medical student international committee). « Lors des journées de la santé que notre club organise, nous ressentons la répulsion des jeunes vis-à-vis du stand destiné à la sensibilisation aux effets néfastes de la cigarette puisqu'ils savent déjà que " fumer tue" », indique Sarah, présidente du club. « Notre devoir en tant qu'étudiants en médecine est de leur expliquer ce qu'ils ne savent pas : les effets positifs sur leur santé de l'arrêt de la cigarette et le temps nécessaire pour les améliorations. » Les membres du club Evergreen de l'AUB comptent eux aussi organiser, en collaboration avec d'autres clubs de l'AUB, une activité de sensibilisation antitabac. « Ce qui distingue notre événement est le fait qu'on va montrer aux étudiants les risques que représente le tabac sur l'environnement et non pas uniquement sur leur santé », précise Lara.

Sarah et Katherine ont un mot pour les jeunes fumeurs : « Regardez les fumeurs qui sont plus âgés que vous. Ils souffrent à cause de la cigarette. Ne pensez pas que fumer est cool. Au contraire. C'est triste de vous voir gaspiller votre argent et nuire à votre santé. Si vous pensez que fumer résout vos problèmes, à l'avenir cette activité serait la source d'autres problèmes, plus graves. Vous manquerez ainsi de nombreux moments de bonheur à cause d'une chose aussi banale que la cigarette. »

 

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« La non-application de la loi 174 a gâché ma vie »

Le témoignage de cette jeune fille est édifiant... « Je m'appelle Mira Youssef. Je suis étudiante en psychologie à l'USJ. J'ai fumé ma première cigarette à l'âge de 13 ans. Mes parents ne sont pas fumeurs et fumer est interdit chez nous. C'était à l'école, avec mes amis. J'ai pensé qu'une cigarette par semaine n'aura pas d'effets négatifs sur moi. Mais la cigarette hebdomadaire s'est vite transformée en une cigarette quotidienne qui est devenue 10 cigarettes par jour. Lorsque ma mère a découvert que je fumais, j'avais 16 ans. Elle m'a incitée à arrêter en m'expliquant les effets néfastes de la cigarette sur ma santé et sur mon apparence. J'ai arrêté de fumer, pour reprendre de nouveau la cigarette à 18 ans. Entre-temps, j'ai entamé une carrière de modèle. On me reprocha d'avoir des cernes noirs, des rides précoces et un souffle court qui m'empêchait de suivre l'entraînement quotidien nécessaire pour garder une belle silhouette. Tout cela à cause du tabac. À cette époque, je fumais environ 3 paquets par jour. J'ai essayé d'arrêter pendant quelques mois avec l'aide d'une tabacologue. Malheureusement, j'ai repris la cigarette peu après. Aujourd'hui, je fume un paquet par jour. J'ai beaucoup d'heures libres à la faculté, donc j'ai plus tendance à fumer. Et comme fumer n'est pas interdit dans les lieux publics, je suis souvent tentée de le faire. Si je regrette une chose, c'est d'avoir essayé ma première cigarette. Aujourd'hui j'en suis dépendante. »


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Tobacco Free Initiative veut raviver la loi 174

Créée en 2000 suite à une expérience douloureuse, Tobacco Free Initiative (TFI) est la seule association au Liban spécialisée dans la lutte antitabac. « Mon père est décédé à 67 ans d'une tumeur aux poumons due au tabagisme. Nous l'avons vu fondre... avant de partir au bout de neuf mois », confie Pierre Kairouz, président de TFI. Et d'ajouter : « Nous avons décidé en famille de réagir positivement face à cette expérience et de créer cette association pour combattre ce fléau. »
« TFI s'est beaucoup mobilisée pour l'entrée en vigueur de la loi 174. Nous sommes très déçus aujourd'hui de sa non-application. Nous comptons nous mobiliser pour la raviver, en rencontrant les ministres et les différents responsables concernés, ainsi qu'en organisant une campagne médiatique centrée sur la nécessité de son application », précise Elsa Yazbeck Charabati, membre et cofondatrice de TFI. Cette association organise depuis 17 ans, dans les écoles, des campagnes de sensibilisation aux dangers du tabac, animées par des formateurs spécialisés. « Notre but est d'alerter les jeunes écoliers sur le piège de la première cigarette », ajoute Mme Charabati. Cette année, TFI a décidé de viser un nouveau public : les universitaires. « Nous misons sur la création de clubs antitabac dans les universités », assure M. Kairouz. Pour en savoir plus sur TFI, contacter Nadine Kairouz au 03/728007 ou Rania Baroud au 03/968301.

 

 

 

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