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Liban

Des émigrés, des soldats, un chemin de fer et des échanges commerciaux

Liban-Australie

Une histoire d'un peu moins de deux siècles lie le Liban à l'Australie.

09/05/2017

L'ambassade d'Australie célèbre aujourd'hui son cinquantième anniversaire au Liban. Dans un entretien avec L'Orient-Le Jour, l'ambassadeur d'Australie à Beyrouth, Glenn Miles, s'est penché sur l'histoire qui lie les deux pays.

C'est avec une sélection de musique aborigène, jouée sur didgeridoo – une sorte de flûte propre aux tribus australiennes – jumelée avec les percussions de Rony Barrack, que l'ambassade d'Australie a marqué son cinquantième anniversaire au Liban lors d'un concert à l'Université américaine de Beyrouth et à l'hôtel Phoenicia. Et pourtant, les relations entre les deux pays remontent à beaucoup plus longtemps. À 1854 exactement, quand le premier émigré libanais, Mansour Fakhri – selon les archives de l'ambassade – a débarqué sur les côtes d'Adelaïde.

L'Australie a connu deux importantes vagues d'émigration à partir du Liban, l'une au début des années trente et l'autre à la fin des années cinquante.
Pour la deuxième vague d'émigration, les Libanais, de toutes les régions, ont été encouragés à s'installer dans l'île la plus vaste d'Océanie, grâce aux soldats australiens, déployés au Liban au cours de la Deuxième Guerre mondiale. On relève aussi une autre vague d'émigrés pas aussi importante que les deux premières, qui date de la guerre du Liban. Ce sont ces derniers émigrés qui ont un peu de mal à s'installer dans le pays hôte.
« Pour gagner leur vie, les premiers arrivants libanais ont travaillé dans le commerce, faisant du porte-à-porte, vendant surtout des tissus », raconte l'ambassadeur d'Australie au Liban, relatant les mêmes histoires à succès qu'on entend auprès des émigrés d'Amérique latine et des États-Unis.

Ils sont partis de rien. Certains, jetés sur les côtes australiennes, ont fait un long chemin pour arriver dans les zones les plus reculées du pays, où ils se sont installés et ont réussi à s'imposer. « C'est le cas de la famille de Marie Bashir, qui a occupé durant treize ans le poste de gouverneur de New South Wales. Steve Braks, dont la famille est originaire de Zahlé, a été durant huit ans Premier ministre de l'État de Victoria. L'Australie compte de nombreux hommes politiques d'origine libanaise », note M. Miles.
« Les Australiens d'origine libanaise ont réussi dans tous les domaines. Aujourd'hui, ils tiennent 60 % du marché de la construction à Sydney. Ils sont aussi parmi les plus importants champions de rugby du pays, comme Nicolas Shehadie, qui a représenté l'Australie 114 fois et qui a également occupé le poste de maire de Sydney », poursuit-il.

Selon les chiffres officiels, l'Australie compte 206 000 habitants d'origine libanaise. Ce chiffre devrait pourtant être revu à la hausse, car tous les descendants de Libanais ne mentionnent pas sur les documents officiels leur pays d'origine. La diaspora libanaise est la plus importante en nombre en Australie après celle venue du Royaume-Uni.

 

Soldats australiens tombés au Liban
L'histoire entre l'Australie et le Liban n'est pas uniquement liée à l'émigration, mais aussi à celle de soldats australiens déployés au Liban durant la Première et la Deuxième guerres mondiales. Ceux qui sont tombés au Liban, à 80 % des soldats australiens d'origine libanaise, sont enterrés au cimetière de Kaskas, non loin de l'Université arabe de Beyrouth.

« Lors des deux guerres, ces soldats faisaient partie des forces alliées et étaient certes rattachés aux Britanniques dans le cadre des nations du Commonwealth, souligne l'ambassadeur d'Australie. Dix soldats, tous d'origine libanaise, ont perdu la vie au Liban lors de la Première Guerre mondiale. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, 440 soldats australiens, déployés au Liban en 1941, la plupart d'origine libanaise également, ont péri au Liban-Sud, notamment à Jezzine, Marjeyoun et Damour en se battant pour la France et les alliés contre les soldats de Vichy », indique M. Miles.
« Deux bataillons avaient été déployés, l'un à partir de Rayak vers Beyrouth et l'autre au Liban-Sud, précise-t-il. Ils étaient plus de 10 000 hommes. Le premier soldat tombé était Nicolas Khoury, dont la famille était originaire de Kfarhouna. Il avait été blessé au début, mais quand ses proches (oncles et cousins) sont arrivés à Beyrouth pour lui rendre visite, il avait déjà rendu l'âme », poursuit-il.

Les soldats australiens sont restés au Liban après la guerre ; ils ont aidé à la construction du chemin de fer.
Chaque année, l'Australie célèbre l'Anzac Day, jour consacré à la mémoire de tous ses soldats tombés au champ de bataille. Une cérémonie se tient au Liban dans ce cadre tous les 25 avril, à l'aube, au cimetière de Kaskas.
« L'ambassade d'Australie au Liban a ouvert en 1967 car Beyrouth, spécialement son port et son aéroport, constituait un passage important à l'époque entre l'Océanie et l'Asie, d'une part, et l'Europe, de l'autre. Entre l'Orient et l'Occident », souligne M. Miles. Cela n'est plus malheureusement le cas. Aujourd'hui, c'est Dubaï qui a remplacé la capitale libanaise. C'est d'ailleurs à partir de cet émirat que transitent désormais les biens et les personnes ayant l'Australie comme point de départ et le Levant ou l'Europe comme point d'arrivée, ou vice versa.
« Aujourd'hui, le volume des échanges en matière de coopération entre le Liban et l'Australie atteint 233 millions de dollars australiens (soit 172 millions de dollars américains). L'Australie assure son soutien à l'armée libanaise avec la remise à la troupe d'un matériel pour hélicoptères. Des aides ponctuelles sont aussi versées à diverses ONG libanaises. Et depuis la guerre en Syrie, l'Australie a remis 220 millions de dollars australiens (soit 162 millions de dollars américains) aux pays voisins à la Syrie accueillant les réfugiés », note M. Miles.

Le pays continent accueille également des réfugiés dans le cadre de deux programmes, dont l'un est spécifique aux déplacés syriens.

 

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