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Moyen Orient et Monde

Quelle stratégie pour Marine Le Pen pour l’emporter au second tour ?

Éclairage

À huit jours du second tour, la candidate du Front national redouble d'efforts pour attirer les électorats de gauche et de droite.

Julie KEBBI | OLJ
29/04/2017

Elle est au second tour, mais dans le costume de l'outsider. Elle, c'est Marine Le Pen, la candidate du Front national qui a obtenu 21,3 % des suffrages au premier tour de la présidentielle française. C'est mieux que son père, Jean-Marie Le Pen, qui n'avait pas passé la barre des 20 % en 2002, mais c'est pour l'instant insuffisant pour l'emporter face à Emmanuel Macron. Depuis dimanche, Marine Le Pen cherche par tous les moyens à inverser la tendance et à attirer vers elle les électorats populaires de droite comme de gauche. À créer et alimenter les réserves de voix à gauche chez les mélenchonistes et à droite chez les fillonistes, indécis dans ce dilemme entre les gagnants et les perdants de la mondialisation bien différent du traditionnel clivage gauche-droite.

La tâche est loin d'être facile pour Mme Le Pen, auquel les sondages prédisent un score d'environ 40 % pour le second tour. Il y a encore quatre jours, M. Macron était crédité de 63 % des voix contre 37 % à Mme Le Pen. Mais l'écart semble se resserrer depuis. Selon un sondage Odoxa pour Le Point publié hier, la candidate d'extrême droite obtiendrait 41 % des voix tandis que le candidat centriste remporterait l'élection avec 59 % des suffrages.

Depuis dimanche, Marine Le Pen a mis la barre à gauche toute pour séduire l'électorat « insoumis » de Jean-Luc Mélenchon. Le silence de ce dernier quant à son positionnement pour le second tour, contrairement à l'appel du Front républicain à faire barrage à l'extrême droite, est une « opportunité » et « laisse le champ libre à Mme Le Pen sur le terrain des questions sociales sur lesquelles il y a une certaine porosité entre les deux électorats », explique Adélaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinion, interrogée par L'Orient-Le Jour. Hier encore, la candidate du FN a publié une vidéo sur son compte Twitter intitulée Mon appel aux insoumis: faire barrage à Macron. « Mettons les querelles et divergences de côté, il n'est pas possible de laisser les manettes de la France à Emmanuel Macron », a-t-elle lancé. Plus tard dans la journée, M. Mélenchon a néanmoins voulu couper court à l'offensive en expliquant via sa chaîne YouTube que « le doute n'existe pas sur ce que va être mon vote » et se demandant si « une seule personne d'entre vous qui doute du fait que je ne voterai pas Front national ».

 

(Lire aussi : Clinton-Trump/Macron-Le Pen : comparaison n'est pas raison...)

 

« Vote de classe »
« La candidate du peuple » cherche à se démarquer de son opposant, ancien banquier et favori des élites. S'attaquant à la mondialisation, au système et dénonçant l'immigration comme responsable du chômage, Marine Le Pen tient un discours auxquelles les couches populaires peuvent être sensibles. Au fil des années, elle a su transformer sa ligne de communication et attirer une nouvelle tranche de l'électorat.
« Auparavant, voter FN représentait un ras-le-bol de la population à l'égard des politiciens, constate Stéphane Zumsteeg, directeur du département politique et opinion de l'institut de sondage Ipsos, également à L'OLJ.

Aujourd'hui, voter FN est devenu un vote de classe. » Hier, Nicolas Dupont-Aignan, ancien candidat à la présidentielle du parti souverainiste Debout la France ayant récolté 4,70 % des suffrages, a annoncé sur France 2 qu'il soutenait Mme Le Pen suite à « un accord de gouvernement » signifiant qu'il pourrait être le prochain Premier ministre si elle est élue. Il a également ajouté que selon lui, Marine Le Pen « n'est pas d'extrême droite ».
Chez les conservateurs, qui se sont largement prononcés en faveur de François Fillon, une partie des voix lui semble déjà assurée, du fait d'une proximité idéologique, notamment sur les questions de société. « Un sur quatre des électeurs de M. Fillon va naturellement voter pour Mme Le Pen », observe Mme Zulfikarpasic. Dans sa profession de foi pour le second tour publié hier, Mme Le Pen ne mentionne plus « la souveraineté monétaire », tendant la main à ceux rebutés par ses mesures annoncées sur une possible sortie de l'euro. Dans cette optique, le Front national cherche à rallier la droite traditionnelle.

 

(Lire aussi : Duel Macron-Le Pen : le choc des patriotismes)

 

Les abstentionnistes: un avantage pour le FN
Marine Le Pen devrait également profiter de la fragilité du Front républicain, qui apparaît beaucoup plus poreux qu'il ne l'était en 2002. Contrairement à ce qui s'était passé à l'époque, l'accession du FN au second tour n'a pas provoqué cette fois de choc national ni d'appel unanime de l'ensemble de la classe politique pour faire barrage au Front national. Même si, au soir du scrutin du 23 avril, François Fillon expliquait déjà « qu'il n'y a pas d'autre choix que de voter contre l'extrême droite, je voterai donc en faveur d'Emmanuel Macron », ce front est relativement poreux. C'est uniquement l'aile modérée des Républicains qui semble se tourner vers M. Macron. « Quatre personnes sur 10 parmi les fillonistes annoncent qu'ils voteront Macron naturellement », souligne Adélaïde Zulfikarpasic. Malgré son statut de favori, « les Français ont été très critiques à l'égard de l'attitude de M. Macron après l'élection (peu d'apparitions médiatiques, dîner à la Rotonde) », constate Mme Zulfikarpasic. Ces éléments affaiblissent le candidat au profit de son adversaire et renforce le risque de démobilisation du côté des potentiels électeurs mélenchonistes et fillonistes.

Le principal atout de Marine Le Pen, celui qui pourrait faire pencher la balance en sa faveur, est lié à un possible fort taux d'abstention. La proportion d'abstentionniste dans le scrutin du second tour reste difficile à calculer pour les sondeurs, mais plus le taux est important, plus il fera les affaires de la candidate frontiste. « Il y a une part importante des votants mélenchonistes et fillonistes qui ne comptent pas aller voter, et cela risque de gonfler le scrutin de Marine Le Pen », précise Stéphane Zumsteeg. Près de 42 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et 30 % de ceux de François Fillon comptent s'abstenir le 7 mai selon un sondage Harris Interactive. Hier, l'ancien candidat ayant récolté 1,21 % des suffrages, Jean Lassalle, a annoncé qu'il voterait blanc, expliquant que cela est un « appel à la résistance » et que « l'histoire ne nous condamne pas à choisir entre l'hystérie et l'hystérie ». Une vision qui semble être partagée par de nombreux Français.

 

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Le Faucon Pèlerin

Voilà Nicolas Dupont-Aignan, un recalé des présidentielles (4,7%) prétendument gaulliste qui appelle à voter pour Marine Le Pen, fille de son père Jean-Marie Le Pen qui fut le directeur de campagne de J.-L. Tixier Vignancour en 1965, le pire ennemi du général de Gaulle.
C'est à tomber de sa chaise !

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