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Moyen Orient et Monde

Clinton-Trump/Macron-Le Pen : comparaison n’est pas raison...

Analyse

Comme si les mêmes maux traversaient les deux sociétés occidentales, le même spectacle semble recommencer.

29/04/2017

La comparaison est dans tous les esprits depuis les résultats du premier tour de la présidentielle française. Impossible de ne pas penser au duel entre Donald Trump et Hillary Clinton quand on décrypte les enjeux du second tour, opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Le débat idéologique repose sur les mêmes antagonismes, même si l'attribution des rôles est inversée : il oppose un candidat européiste défendant l'ouverture au nom d'une « mondialisation heureuse » à une candidate europhobe qui prône le repli sur soi pour se protéger des effets de la « mondialisation malheureuse ».

À l'instar du milliardaire américain, l'héritière de la dynastie Le Pen se présente comme la protectrice du peuple face au « candidat des élites ». Tout comme l'ancien candidat des Républicains, la présidente du Front national ne manque pas une occasion de vilipender « le système », présenté comme la source de tous les maux, et de s'en prendre directement aux médias, accusés d'être à la solde de son adversaire. Le parallélisme ne se limite pas aux simples questions de rhétorique. Il se justifie par une certaine réalité électorale. Il y avait, globalement, deux Amérique face à face durant la présidentielle américaine.

Il y a aujourd'hui, fondamentalement, deux France qui s'affrontent. Même si des nuances s'imposent dans les deux cas, les analogies sont nombreuses : il y a d'un côté l'électorat des grandes villes et de l'autre celui des zones périurbaines et rurales, d'un côté les diplômés et de l'autre les sans-diplôme, d'un côté les classes socialement intégrées et de l'autre les classes moyenne et populaire, d'un côté les personnes qui ont une vision positive de l'avenir et de l'autre ceux qui en ont une perception négative... Les premiers ont majoritairement voté pour Hillary Clinton et Emmanuel Macron. Les seconds pour Donald Trump et Marine Le Pen.

Comme si les mêmes maux traversaient les deux sociétés occidentales, le même spectacle semble recommencer. Avec cette-fois Jean-Luc Mélenchon dans le rôle de Bernie Sanders pour fragiliser Emmanuel Macron sur sa gauche. Après sa défaite à la primaire démocrate, M. Sanders avait largement soutenu sa rivale, mais une partie de ses électeurs ont tout de même refusé, quelques mois plus tard, de voter pour une candidate considérée comme un symbole de l'élitisme de Washington. Les mêmes réactions sont aujourd'hui perceptibles au sein de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon alors que celui-ci a refusé de donner une consigne de vote, au nom de la lutte contre les dérives du libéralisme qu'incarnerait M. Macron.

 

(Lire aussi : Quelle stratégie pour Marine Le Pen pour l’emporter au second tour ?)

 

Machine politique
Comparaison n'est toutefois pas raison. Si les similitudes sont troublantes, les différences entre les élections américaine et française ne manquent pas. Elles tiennent tout d'abord à la personnalité et au positionnement politique des deux acteurs principaux de ces deux scènes politiques. Emmanuel Macron a des atouts que Hillary Clinton n'avait pas : il est jeune, incarne le renouveau, a dynamité le clivage traditionnel droite/gauche et a une image assez positive auprès de l'opinion française. Contrairement à Donald Trump, Marine Le Pen n'est pas ce qu'on peut appeler une novice en politique. Elle ne partage ni l'extravagance ni l'imprévisibilité du 45e président américain, dont la campagne a surtout constitué à multiplier les polémiques. Marine Le Pen est une machine politique froide, au discours extrêmement bien huilé et à l'idéologie habilement construite et déguisée. Une populiste d'extrême droite, qui instrumentalise des thématiques plus ou moins enracinées dans la scène politique française. Le président américain est davantage un ploutocrate, populiste au sens le plus littéral du terme et vulgaire bonimenteur en série.

 

(Lire aussi : Duel Macron-Le Pen : le choc des patriotismes)

 

Mais « le Donald », comme il est surnommé, à réussi à faire ce que Marine Le Pen n'est, pour l'instant, pas en mesure de faire : réaliser une OPA sur le Parti républicain et obtenir de ce fait le soutien, au moins par défaut, d'une grande partie de l'électorat américain. Le magnat de l'immobilier a ainsi non seulement capté l'électorat des classes moyennes, que la candidate du FN ne cesse de convoiter, mais aussi celui des plus riches, qui votent traditionnellement pour Les Républicains. Si près de 30 % des électeurs de François Fillon se disent aujourd'hui prêts à voter pour Marine Le Pen, 45 % d'entre eux devraient voter pour Emmanuel Macron au nom du « front républicain ». Preuve que la candidate n'arrive toujours pas à tuer politiquement la droite républicaine, qui préfère voter pour un ancien ministre du quinquennat de François Hollande que pour elle.

Le système électoral américain a permis la victoire de Donald Trump, qui a pourtant obtenu deux millions de voix de moins que son adversaire. Le système électoral français rend, pour sa part, difficile la victoire de Marine Le Pen. Non seulement parce que c'est une élection au suffrage majoritaire à deux tours, mais parce que, mis à part Nicolas Dupont-Aignan, qui a réuni 4,7 % des suffrages au premier tour, aucun des autres candidats ne s'est prononcé en faveur de Marine Le Pen. Autrement dit, la candidate du FN se retrouve dans une configuration où la majorité des autres candidats opposés au premier tour s'allient contre elle pour le second tour.
Le cocktail trumpiste mélangeant une captation de l'électorat populaire, une adversaire faible et un fort taux d'abstention, fait ses preuves aux États-Unis. La France semble être mieux armée pour y résister. Mais les derniers mois ont prouvé que les apparences étaient parfois trompeuses.

 

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Ma Fi Metlo

A quoi ça sert d'avoir un programme pour le candidat Trump-péte et qu'une fois élu on le met au placard ?

On aurait mieux fait de le choisir que pour sa mèche jaunie .

En France peuple plus cultivé on ne laissera pas faire le candidat élu s'il venait à diriger le pays.

Et puis vous Mr Samrani vous en connaissez un bout pour vous être complètement planté sur le résultat des élections amerlock humaine.

Chammas frederico

Le Front Républicain, seule vraie barrière contre la "vague Marine" a t il vécu?
En tous cas à t il perdu en "étanchéité"
Porosité, trous multiples, rétours de casaque...
Attention Danger pour l'Europe dénigrée

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