Le réalisateur de films d’animation, un artiste pluridisciplinaire à l’imagination débordante - Chantal EDDÉ

LES CARRIÈRES NON TRADITIONNELLES

Le réalisateur de films d’animation, un artiste pluridisciplinaire à l’imagination débordante

Raconter une histoire ou faire parvenir un message.

Le réalisateur de films d'animation compose un mouvement à partir d'images fixes, pour raconter une histoire ou faire parvenir un message. Depuis l'idée du projet jusqu'au film achevé, les étapes de travail exigent des compétences, tout aussi artistiques que techniques, dans plusieurs disciplines.

13/04/2017

La nature du travail

S'adressant non seulement aux enfants, mais aussi à un public plus large, les films d'animation constituent « un mouvement d'expression artistique à part entière, dont la réalisation pourrait être tout aussi raffinée et avant-gardiste que celle des films cinématographiques », affirme David Habchy, auteur de films d'animation et l'un des fondateurs de l'association culturelle et artistique, Waraq. L'animation est un média vaste et flexible qui consiste à créer l'ensemble des éléments d'un film. De par sa nature, elle permet à l'animateur « de faire ce que bon lui semble, de réaliser des idées que l'on ne peut pas exécuter avec d'autres médias », ajoute-t-il.

Par ailleurs, bien que le processus de réalisation d'un film d'animation soit assez personnel, d'une manière générale, l'animateur commence par en définir l'idée, effectue une recherche, travaille la scénarisation, puis le story-board.

En outre, l'animateur conçoit les personnages. « C'est un champ large qui étudie le design des personnages, leur expression corporelle, leur histoire, leur comportement ou leur pose neutre », explique ce professionnel de l'animation.
S'y ajoute l'étude du layout, l'environnement où sont définis les matériaux, les textures, les couleurs ou le poids.
Puis à partir des images finales, sont créées les séquences qui seront placées sur l'animatic. « C'est une sorte de story-board animé dont le but est de visualiser le rythme du film et d'y apporter les modifications nécessaires. »

La méthode de travail dépend aussi de la technique choisie : la 2D qui comprend l'animation traditionnelle et l'animation digitale, la 3D ou le stop-motion. L'approche de cette dernière technique est celle des prises de vue photographiques. Elle englobe l'animation des marionnettes, du sable, de l'eau, de la lumière, etc., ainsi que la technique de la pixellisation qui filme des acteurs et les transforme en caractères animés.
Enfin, la dernière étape est celle du montage, puis du mixage du son. S'ajoutent au film les dialogues, la musique et les effets spéciaux. Essentiel en animation, le son traduit, entre autres, le poids et le mouvement.

Les aptitudes et les compétences requises

En somme, réaliser un film d'animation requiert des créatifs et des passionnés à l'imagination débordante, possédant en parallèle des connaissances générales en physique. «Notre perception doit être bien développée, car nous devons disséquer chaque mouvement dans son détail», ajoute David Habchy. Par ailleurs, poursuit-il, « il faut avoir des compétences d'acteur qui nous permettent de développer les personnages ».

S'y ajoute une culture générale dans plusieurs domaines de l'art, comme la sculpture ou la mode, afin de concevoir les personnages, leurs vêtements et les décors. Un bon réalisateur de films d'animation maîtrise également des notions relatives à la direction de la photo, la conception de l'éclairage et celle du son.
Toutes ces disciplines apportent une valeur ajoutée au processus complexe de ce média. « Plus on possède des compétences, plus on contrôle le processus de réalisation », confie le spécialiste.
Enfin, il faut avoir l'esprit d'équipe et être capable de gérer le stress du métier.

Les difficultés et les contraintes

« Il manque un savoir-faire technique dans notre pays, dans le sens où l'on ne trouve pas des personnes de référence qu'on pourrait consulter », note David Habchy. De même, les grands laboratoires et les équipements propres à l'animation sont quasi inexistants au Liban. Par ailleurs, les clients ne réalisent pas la difficulté du processus d'animation, « ils pensent qu'ils peuvent changer le story-board en milieu de chemin, après qu'ils l'aient confirmé », déplore-t-il.

Le processus de réalisation d'un film d'animation est méticuleux et nécessite par conséquent beaucoup de temps, ce qui le rend coûteux. « Ceci rend sa production difficile, surtout en animation traditionnelle. Dans le monde arabe, les fonds sont rares, quoique actuellement ceci commence à changer », assure-t-il, plutôt confiant.

Les débouchés

C'est grâce à ces fonds que certains parviennent à réaliser leur propre film. Il est possible aussi de travailler en free-lance sur des projets commissionnés. « L'essentiel c'est de collaborer à plusieurs projets et, peu à peu, on se fait connaître plutôt rapidement puisqu'on est peu nombreux dans ce domaine », avoue David Habchy.

Toutefois, la majorité des animateurs se retrouvent en général dans la création publicitaire, notamment dans le département d'animation des studios de production. Ils occupent alors divers postes, comme illustrateur, coloriste, spécialiste de l'éclairage, de la caméra, etc. Le salaire peut varier entre 800 et 4 000 dollars. « On peut être bien payé, car ce n'est pas facile de trouver un bon animateur, et ceci vaut spécialement pour l'animateur de personnages », conclut-il.

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