Curateur d’art indépendant : un passionné d’art, sociable et bien organisé - Chantal EDDÉ

LES CARRIÈRES NON TRADITIONNELLES

Curateur d’art indépendant : un passionné d’art, sociable et bien organisé

Francisé du mot anglais curator, le mot curateur vient du latin, curare, qui signifie prendre soin. Se chargeant d'un projet artistique dans sa totalité, le curateur d'art indépendant est aujourd'hui un acteur indispensable qui contribue, grâce à son savoir, au monde de l'art contemporain.

13/04/2017

La nature du travail

« Le curateur d'art indépendant est le monteur du projet dont il conçoit l'idée, son producteur, mais aussi le commissaire artistique. De plus, il s'occupe de la communication et de la circulation de ce projet », souligne Amanda Abi Khalil, curatrice d'art indépendante et fondatrice de l'association curatoriale, Temporary Art Platform. Le but du curateur d'art indépendant c'est de produire du sens, à travers les œuvres d'art ou les pratiques d'artistes contemporains, locaux ou internationaux.

Contrairement au curateur d'art qui travaille dans une institution culturelle, le curateur d'art indépendant agit plutôt comme un free-lance. Multitâche, il doit ainsi trouver des partenaires pour financer le projet, mais aussi réfléchir au type d'espace qui convient le mieux à l'idée de ce projet.

Par ailleurs, il doit repérer les artistes dont les œuvres adhèrent à la thématique choisie. Pour ce, il effectue une recherche documentaire. Il visite aussi les artistes dans leurs ateliers, sélectionne les œuvres ou en commande de nouvelles.

Le curateur d'art travaille également la scénographie du projet qui doit participer à son discours. Il s'agit d'agencer les œuvres et de choisir les éléments qui entrent en scène.
En outre, la réception du projet est une condition indispensable à sa réussite, d'où l'importance de la médiation culturelle.

Le rythme de travail

Atypiques, les journées sont ainsi partagées entre lecture et recherche, écriture et préparation de documents, rendez-vous avec des financeurs, des journalistes, des artistes ou des collaborateurs étrangers invités. L'aspect mondain est important. « Le travail continue le soir ! Il faut être présent aux vernissages et aux débats, et être actif sur la scène culturelle », souligne la curatrice d'art. Fréquents, les voyages permettent de visiter les biennales et les foires d'art contemporain, mais aussi développer son réseau, collaborer ou monter des projets au niveau international.

Les aptitudes et les compétences requises

Passionné par l'art contemporain, le curateur d'art est informé des pratiques des artistes et possède des connaissances solides et pointues dans le domaine.
Établir un réseau de collaboration étant primordial, il faut être sociable, flexible et pratique afin de pouvoir jongler avec les tâches. « Il faut avoir des capacités organisationnelles, pour gérer une équipe et monter des dossiers de financement, ainsi que des compétences en communication. Et même une ténacité physique ! », insiste Amanda Abi Khalil. Pour elle, il faut accepter l'absence de frontière entre la vie personnelle et le travail.

En outre, sur le plan relationnel, « le côté humain est très important. Ma manière de travailler est intuitive », confie-t-elle, en ajoutant que travailler dans l'art c'est établir des relations de confiance avec les artistes.

Les difficultés et les contraintes

C'est un métier stressant et précaire « qui n'est pas suffisamment considéré par rapport aux honoraires reçus. Mais la rémunération symbolique est immense », note Amanda Abi Khalil.
Il est difficile d'avoir une équipe, vu que souvent les projets s'effectuent sur le plan local avec un budget minimal, voire sans financement dans certains cas.

Ce qui est difficile aussi « c'est d'obtenir la reconnaissance des acteurs locaux et internationaux du monde de l'art, et de rendre visible le travail indépendant, car il est en concurrence avec les grandes institutions locales et internationales ».
Enfin, le défi consiste à atteindre les publics autant que les grandes institutions, et de penser une médiation pertinente et adéquate.

Les débouchés

Le curateur d'art indépendant peut monter son association ou être sollicité par des institutions, musées ou galeries, pour participer à des ouvrages collectifs ou des catalogues d'artistes, ou encore développer lui-même un projet.

Il peut également prodiguer des conseils aux collectionneurs ou aux institutions. Il fait office aussi de médiateur entre les artistes locaux, et les institutions et galeries internationales.
S'il ne souhaite pas travailler en indépendant, le curateur peut intégrer en outre l'équipe d'un musée, d'une galerie d'art ou d'un centre culturel «pour être en charge de la programmation artistique ou être commissaire d'expositions », souligne Amanda Abi Khalil.

Au Liban, les opportunités de travail vont augmenter avec l'ouverture prochaine de nouveaux musées qui recherchent ce profil et qui auront besoin de collaborer avec des curateurs indépendants.
À noter que la rémunération dépend des projets. Une collaboration directe avec le marché de l'art est correctement rémunérée.

 

Comment devenir un curateur d'art indépendant

Au Liban, à l'Université Saint-Joseph, la faculté des lettres et des sciences humaines prodigue un master en critique d'art et curatoriat.
De même, à l'Université américaine de Beyrouth, le département des beaux-arts et d'histoire de l'art fournit un master en histoire de l'art et curatoriat.
Enfin, à l'Académie libanaise des beaux-arts, le master en arts visuels introduit aux pratiques curatoriales.

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