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Culture

Les millenials libanais sont-ils vraiment aussi désenchantés ?

Décryptage

Ils sont une cinquantaine, peut-être un peu plus, mais difficile de les compter à la vitesse où ils défilent en projection sur les murs de la galerie Tanit*. Ils sont la nouvelle génération de Gilbert Hage. Une génération apparemment désenchantée.

Danny MALLAT | OLJ
25/03/2017

Ils ont entre 17 et 30 ans, ces millenials libanais, et ils vous toisent et vous fixent du regard, mais de ce regard triste, quelquefois découragé, presque désespéré. Leurs portraits défilent, l'un après l'autre, sur le mur de la galerie Tanit. La photographie est-elle un moyen de représenter la réalité et de la réfléchir ? A-t-elle vraiment une identité ? Certes, mais elle est ici, chez Gilbert Hage, déconcertante.

Si l'étymologie du mot photographie, photo (lumière) et graphie (celui qui écrit), renvoie à ce pouvoir d'extirper de l'ombre des émotions, si la photographie est une technique qui permet de créer des images sans l'action de la main, contrairement à un peintre ou à un sculpteur, mais par la simple action de la lumière, alors Gilbert Hage a réussi son pari. Dans cette salle obscure, où plus de cinquante personnes sont réunies dans un silence qui laisse le spectateur désemparé, la lumière parle. Et si la photo était un moyen de partager un vécu, de retranscrire un instant, de capter un moment, Gilbert Hage a là aussi réussi son pari.

Sauf que le visiteur est en droit de se poser une question essentielle : pourquoi ?
Face à ce jeune homme au tee-shirt noir qui vous agresse de sa colère ; face à cette jeune fille dont la blancheur de la chemise n'a d'égal que son teint blafard et ses yeux délavés ; face à ces jeunes gens à la barbe triste et aux yeux d'automne ; face à cette jeunesse qui a l'air de n'avoir qu'un seul souhait : sortir du cadre et fuir une existence pesante, une question revient en ritournelle : pourquoi ? Pourquoi tant de tristesse, tant de détachement ? Cinquante modèles et pas un seul qui n'ait ressenti l'envie, le besoin, de sourire face à la caméra de Gilbert Hage, de le défier dans son entreprise et de lui rappeler qu'au fond de la boîte de Pandore, il restait quand même l'espoir.

Est-ce vraiment la jeunesse d'aujourd'hui que l'artiste dépeint comme des relents de sa propre jeunesse multipliée par 100 et que ces figures portent au visiteur tel un Hermès du passé ? Ou est-ce un choix artistique assumé ?

 

(Lire aussi : Le cinéma, la poésie des ruines, Beyrouth et les 70’s...)

 

Pousser la porte. Ou pas...
Quand on referme la porte rouge de la galerie Tanit derrière soi, on se retrouve de nouveau assailli par de multiples points d'interrogations : doit-on craindre une jeunesse vouée au désabusement, doit-on risquer l'extinction de voix en hurlant à ces millennials que la vie est belle ? Oserons-nous poser la question : faut-il faire des enfants dans ce monde cruel et les exposer à tant de misère et d'injustice ? Est-ce que la jeunesse d'aujourd'hui ressemble bien à celle que Gilbert Hage a voulu dépeindre ? Une jeunesse désœuvrée en mal de vivre ? Poussez la porte rouge et peut-être la lumière de ces visages vous portera au-delà du désespoir, et de ce monochrome que l'artiste n'a pas réussi à éviter.

Nadar disait : « La photographie est une découverte merveilleuse, une science qui occupe les intelligences les plus élevées, un art qui aiguise les esprits les plus sagaces et dont l'application est à la portée de tout le monde. » Dans cette entreprise de portraiturer sans aller plus loin, encore faut-il découvrir, ressentir quelque chose. Peut-être une dynamique cathartique pour réveiller une jeunesse définitivement endormie ?

* « Ici et maintenant », de Gilbert Hage, galerie Tanit, Mar Mikhaël, Beyrouth. Jusqu'au 1er avril.

 

 

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