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Manifestation à Beyrouth : Gemayel évoque "une opportunité historique" pour une "vraie réforme"

Liban

Plusieurs milliers de Libanais protestent contre l'augmentation des impôts ; Hariri s'adresse aux manifestants ; tensions entre perturbateurs et forces de l'ordre.

rédaction/ Matthieu Karam et Patricia Khoder sur le terrain
19/03/2017

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dimanche dans le centre-ville de Beyrouth pour manifester contre le projet de loi de budget 2017 présenté par le gouvernement libanais, qui envisage d'augmenter les impôts pour financer la nouvelle grille des salaires du secteur public.

Affluence importante

Au lieu d'augmenter les impôts, le gouvernement devrait éliminer la corruption et le gaspillage dans les institutions publiques, se sont élevés les manifestants, rassemblés à l'initiative d'organisations de la société civile et de partis politiques ayant appelé à se mobiliser contre le projet de loi des finances.

"Vous volez, nous payons", pouvait-on lire sur une banderole arborée durant la manifestation, tandis qu'une autre montrait une photo des ministres du gouvernement avec pour légende : "Les bandits du Liban".
Le Liban est classé comme le 39e pays le plus corrompu au monde par l'ONG anti-corruption Transparency International, basée à Berlin.

"Le rassemblement d'aujourd'hui représente notre rêve de faire du Liban un État de droit, a dit le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, lors d'une conférence de presse à l'issue de la manifestation. Les Libanais de toutes les confessions étaient réunis ensemble sous le drapeau libanais (...) pour dire +non+ à l'injustice et ils ont réussi à le faire". Il a par ailleurs appelé les responsables politiques et les représentants de la société civile à "saisir l'opportunité historique" pour "entamer une vraie réforme" au Liban et "bâtir un État de droit et de justice (...) pour un meilleur avenir".

"Notre lutte aujourd'hui est contre la corruption et la hausse des impôts, a encore affirmé M. Gemayel. Nous devons continuer pour que la grille des salaires soit approuvée et les réformes entamées afin d'éliminer la corruption." "Nous voulons rester dans ce pays et nous ne baisserons jamais les bras", a-t-il ajouté.


Tensions place Riad el-Solh

Ce rassemblement devait être le point d'orgue de la grogne populaire qui monte depuis plusieurs jours face à une série de majoration d'impôts et taxes que le Parlement a commencé à valider en vue de financer la nouvelle grille des salaires du secteur public, dont le montant a été plafonné à 800 millions de dollars.

Le Parlement a déjà avalisé huit mesures fiscales, notamment une hausse d'un point de la TVA (désormais à 11%), un relèvement des taxes sur les produits alcoolisés importés, ou encore sur le tabac. Il n'a toutefois pas réussi à voter la nouvelle grille. Ces mesures fiscales sont fortement contestées, car frappant indistinctement l'ensemble des contribuables, indépendamment de leurs revenus. Les contestataires réclament l'adoption d'une nouvelle grille des salaires, mais sans la financer par des impôts qui, selon eux, toucheraient les classes défavorisées.

Des tensions ont, par ailleurs, éclaté en début de soirée avec l'arrivée d'un groupe de protestataires encagoulés qui ont tenté d'enfoncer le cordon policier et forcer les barrières de fer placées près du siège du gouvernement libanais. Quelques minutes auparavant, des échauffourées opposant des manifestants entre eux avaient éclaté et des pétards avaient été jetés en direction des forces de l'ordre. Les responsables ont aussitôt décidé de renforcer le cordon de sécurité.

 

Hariri s'adresse aux manifestants

Le Premier ministre libanais Saad Hariri s'est rendu par la suite place Riad Solh pour adresser un message aux manifestants. "Le gouvernement se tiendra à vos côtés et nous lutterons toujours contre la corruption et la dilapidation", a déclaré M. Hariri, ajoutant que "le gouvernement poursuivra son chemin avec vous". Le Premier ministre a par la suite appelé sur Twitter les organisateurs du rassemblement à former un comité habilité à discuter avec le gouvernement.

Après la déclaration de M. Hariri, des perturbateurs ont réussi à bousculer les barrières en fer placées près du Grand Sérail, siège du gouvernement. Des pétards ont à nouveau été lancés contre les forces de sécurité. Les FSI ont appelé les protestataires à faire en sorte que le rassemblement reste pacifique.

Dans la matinée, le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a appelé les responsables à sortir le pays et l'administration publique des calculs partisans et confessionnels, les exhortant à mettre fin à la corruption, aux pots-de-vin et au clientélisme.

 

(Lire aussi : Nasrallah : "Nous soutenons avec force la grille des salaires")

 

Paroles de manifestants
"Je suis ici car nos augmentations de salaire sont confisquées par la hausse des prix et des taxes. On n'arrive plus à payer la scolarité de nos enfants", explique Youssef Haiby, un militant Kataëb de 52 ans, originaire de Zabbougha, dans le Metn, à l'un de nos correspondants sur place. "Aux politiciens, je dis : 'Légiferez, mais sans toucher au peuple !' Vous êtes au pouvoir grâce à nous. Vous devez faire ce qu'on vous demande, et pas l'inverse", ajoute-t-il, précisant qu'il n'avait manifesté qu'à deux reprises avant cela, le 14 mars 2005 (contre la tutelle syrienne sur le Liban) et au moment de la crise des déchets, en 2015.

"Je manifeste pour mes enfants. Tout est devenu insupportable dans ce pays", explique Élias Baaklini, un autre militant Kataëb de 70 ans, originaire de Bzebdine (caza de Baabda). "Je fais mes calculs. Si la hausse de taxes se confirme, je devrais débourser 150 dollars supplémentaires par mois. Nous avions deux sous de côté, et ce gouvernement veut nous les confisquer", ajoute-t-il. "Je ne suis pas mon parti aveuglément. Je le critique quand il le faut. Mais aujourd'hui, les demandes de Samy Gemayel sont justes", souligne-t-il. Le chef des Kataëb est l'un des contempteurs de la grille des salaires.

"J'ai peur de demain. Je manifeste pour mon fils pour qu'il n'ait pas à le faire plus tard. Aujourd'hui je peux payer sa scolarité. Demain, probablement pas", déclare de son côté Zeina, une mère de famille âgée d'une trentaine d'années, qui manifeste pour la première fois. "Si je ne descends pas dans la rue aujourd'hui, mon fils quittera le pays demain".

"Le Liban ne souffre pas d'un problème de communautés, mais d'un problème d'ordre social", a déclaré Nadim Khayat, urbaniste. Pour sa part, un militant du PNL, écharpe du 14 Mars autour du cou et admirateur du député assassiné Gebran Tuéni, estime que "le Liban aurait été différent si tous les assassinats politiques de ces 12 dernières années n'avaient pas eu lieu".

L'ancien ministre Charbel Nahas s'est également exprimé. "Nous sommes entrés dans une nouvelle phase car les gens se sont sentis humiliés. Et les responsables sont désormais conscients de cela. La question de la grille des salaires est encore plus dangereuse que la crise des déchets car elle touche à toute l'administration publique, à l'armée, à tout l’État", a-t-il déclaré à L'OLJ. "Aujourd’hui, cette classe politique cherche à assurer les fonds pour couvrir ses magouilles", a-t-il ajouté.

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL Y A DES DEMAGOGUES DE TOUT GENRE... LES BONS AUJOURD,HUI ET QUI SE REVELERONT MAUVAIS DEMAIN... ET LES MAUVAIS AUJOURD,HUI ET QUI SE REVELERONT BONS DEMAIN... IL N,EMPECHE QU,ILS SONT TOUS DES DEMAGOGUES !!! DES VAMPIRES !!!

Bery tus

dans presque tous les pays au monde (sauf peut etre dans les pays du golf) vous trouverez la TVA en dessous de 15%

a cette phrase il faut rajouter le "NE" et le " PAS" : VOUS "NE" TROUVEREZ "PAS"

merci

Antoine Sabbagha

On dirait un Liban orphelin sans président de la République ou président du conseil ou chef du parlement . Triste .

Bouez Chahine

Des éléments incontrôlés ont jeté de l'eau sur le Chef du Gouvernement, c'est très grave, mais si des manifestants l'ont fait c'est pire. Saad Hariri n'a pas besoin d'argent pour en ajouter. Allez manifester avec des casseroles devant le ministère du ministre que vous soupçonnez de détourner les fonds publics, allez manifestez avec des pétards devant les domiciles des députés que vous soupçonnez de voler votre argent. Vous les connaissez tous, tout le monde les connait. La place Riyad-es-Solh est loin de leurs domiciles.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL EST VRAI QU,IL N,Y A PAS D,AUTRE CHEMIN POUR LE MOMENT... LES TAXES ET LA GRILLE DEVRAIENT ETRE VOTEES AVEC L,ASSURANCE DE L,ASSAINISSEMENT IMMEDIAT DE L,EDL, DES PORTS, AEROPORT ET AUTRES DILAPIDATIONS DES DENIERS PUBLICS...

Bery tus

hehe et vous allez revoter pour les memes loool

dans presque tous les pays au monde (sauf peut etre dans les pays du golf) vous trouverez la TVA en dessous de 15%

meme en afrique ou le pouvoir d'achat et PIB sont encore inferieur au liban ont une TVA de plus de 22%

Ma Fi Metlo

Ah oui ... ? pas que le hezb alors ?

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