L’édito de Ziyad MAKHOUL

Macron(utriments)

L’édito
13/03/2017

Je ne suis pas là pour beurrer les tartines.
Emmanuel Macron

La France, aujourd'hui, a quelque chose d'une monstresse sacrée. Comme une comédienne, légendaire, prodigieuse et surdouée, qui ne veut désormais plus ni films ni pièces de théâtre. Ou qui ne peut plus. La France, aujourd'hui, a quelque chose de Jeanne Moreau. De cet épuisant être et avoir été. À la différence, notable, que pour cet Hexagone plus roseau que chêne, rien n'est irrémédiable. Encore faut-il que les Français le veuillent.

Observée, scrutée, épiée même de partout, la France, elle aussi, se regarde à la fois chavirer et essayer de se sauver des eaux – la présidentielle 2017 comme bouée de sauvetage inespérée. Ou comme coup de grâce, si jamais les Français se retrouvaient à préférer le monochrome et métastasé bleu marine à l'insubmersible patchwork bleu-blanc-rouge.

Elle est assez inouïe, cette présidentielle 2017. Porteuse de tous les cytomégalovirus qui ont fini par scléroser et ronger du dedans cette Ve République très Dame aux camélias et que François Mitterrand, cabotin comme jamais, avait sacrément résumée : Qu'est-ce que la Ve République, sinon la possession du pouvoir par un seul homme dont la moindre défaillance est guettée avec une égale attention par ses adversaires et par le clan de ses amis ? Sauf que l'histoire est gueuse : la présidentielle française de cette année pourrait, peut-être, cacher en elle les anticorps, les antibiotiques ou la potion magique qui redynamiseraient cette Ve République. En la guérissant plus ou moins durablement. Ou en l'assassinant.

Ce que propose cette cuvée 2017 est à la fois classique et inédit. Les marronniers : la droite, avec un François Fillon englué jusqu'à l'os dans une immoralité hallucinante et hallucinée, si peu compatible avec des prétentions élyséennes, mais défendeur d'un projet, qu'on y adhère ou pas, extrêmement cohérent ; et la gauche, avec un Benoît Hamon tour à tour archaïque et novateur, héritier, dépositaire et champion de cent et une promesses non tenues, et secrètement combattu par un PS que d'aucuns voudraient voir suicider, puis renaître en mouvement de progrès. Les épouvantails, au plus haut de leurs vagues respectives : l'extrême (si, si...) gauche, avec un Jean-Luc Mélenchon né décidément pas à la bonne époque ; et l'extrême droite, avec une Marine Le Pen apprentie sorcière et maîtresse en manipulation des peurs. Et l'outsider : Emmanuel Macron.

Il faut rendre grâce à Marine Le Pen. Toutes proportions gardées. Au cœur de l'hystérie fascisante et dégénérescente de son programme, le Front national aura eu le mérite sinon d'avoir établi le bon diagnostic, du moins d'avoir inscrit la bonne équation au centre de toute discussion politique. En juxtaposant la gauche et la droite, au pouvoir successivement depuis des décennies en France. En les superposant. En leur imputant, indistinctement et à tort, naturellement, l'échec de la France. En martelant, jusqu'à la nausée, ce ni gauche ni droite. Mais ce dont Mme Le Pen ne se doutait probablement pas, c'est qu'elle a trouvé au moins aussi fort qu'elle : quelqu'un qui a su pousser jusqu'au bout la transformation alchimique du ni ni en et et : Emmanuel Macron.

Ce et et, le maître (pour l'instant) des sondages en a fait sa marque de fabrique : et hyperbanquier et ministre de François Hollande ; et économiste et philosophe ; et lisse et trouble ; et chérubin et diablotin ; et jeune(s) et vieux ; et rassurant et inquiétant ; et salarié et patron ; et Mme Bovary et Rastignac ; et sympathique et repoussant... Emmanuel Macron a des défauts et des handicaps par dizaines, ne serait-ce que son inexpérience flagrante, notamment en (géo)politique, en diplomatie, en relations internationales, en psychologie de ses compatriotes. Mais cet homme est un matériau work in progress que la France pourrait transfigurer, à l'image d'un Blair en Grande-Bretagne, d'un Schröder en Allemagne ou, toutes proportions encore gardées, d'un Kennedy dans les USA des 60's. Si et seulement si il arrive, là encore, à transformer le mou, le neutre, le consensuel, bref, le centrisme, en une force motrice fulgurante.

C'est-à-dire en un mélange d'espérance et d'actions.

Ziyad MAKHOUL

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P-S : Je vous aime farouchement mes amis, avait dit un jour en public Emmanuel Macron. Un candidat à l'Élysée qui utilise l'adverbe farouchement avec le verbe aimer : cela a, quelque part, farouchement, de la gueule.

 

 

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RE-MARK-ABLE

Et , et .... vouloir concilier une palette allant de Robert Hue jusqu'à Madellein , faut oser quand même !!!

On dit plus le mensonge est gros et plus il attrape les mouches , mais en vérité la différence entre Macron et une machine à laver c'est que la machine à laver , elle , elle a un programme , qui peut arriver à laver plus blanc si le détergent est de bonne qualité .

Allez ! dites vous une chose si un jour on le voyait à l'Elysées , c'est hollandouille en bis repetita .

Lebreton Alain

C'est peut-être bien le seul espoir qui nous reste face à la perspective terrifiante d'une présidentielle bleu-marine (quel gâchis pour une si belle couleur)... par défaut, hélas!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

THE THREE STOOGES L,Y SUIVRAIENT AVEUGLEMENT...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Emmanuel Macron est un matériau work in progress que la France pourrait transfigurer si et seulement si il arrivait à transformer le mou, le neutre, le consensuel, bref, le centrisme, en une force motrice.
C'est-à-dire en un mélange d'actions et d'espérance." !
Comme un Banal social-démocrate du siècle passé, dépassé ; quoi !
N'est-ce pas ?

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