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Moyen Orient et Monde

Quatre raisons pour lesquelles la présidentielle française est historique

Décryptage

La campagne a pris des tournures insoupçonnées, bafouée par les affaires médiatiques et judiciaires des candidats.

Julie KEBBI | OLJ
07/03/2017

L'année politique française commence sur les chapeaux de roue et le terme chaos résume à merveille cette course à la présidence. Annoncée d'abord comme allant tuer le Parti socialiste, il semble que le parti Les Républicains pourrait également se retrouver mis de côté. Le fossé entre les cadres de gauche s'agrandit tandis que les déboires judiciaires du côté de François Fillon ont porté un coup à la droite. Voici quatre raisons pour lesquelles la présidentielle 2017 est sans précédent.

- Les deux partis traditionnels ne passeraient pas au second tour
Selon le plus récent sondage Kantar Sofres OnePoint sorti hier pour Le Figaro, François Fillon remporterait 17 % des suffrages et Benoît Hamon en récolterait 16 %. Dans un contexte confus, les intentions de vote des Français retournent sans dessus-dessous les dynamiques politiques classiques. Les Français cherchent une alternative qui n'est plus représentée par les deux poids lourds qui se sont succédé au pouvoir ces dix dernières années. « La population est déçue. Les Français ont l'impression que l'alternance de 2012 n'a rien changé, explique Jean Petaux, politologue à Sciences Po Bordeaux. La droite et la gauche n'ont pas réussi à se différencier l'une de l'autre. » En parallèle, les candidats considérés comme non favoris montent en puissance. Les primaires des poids lourds n'ont pas permis d'imposer leurs candidats. Emmanuel Macron et son mouvement En Marche ! remporteraient 25 % des suffrages. Marine Le Pen, 26 %. Ils seront donc probablement au second tour. « Ces candidats ont réussi à se présenter comme des antisystème, ajoute M. Petaux. Ils sont différents, ce qui les rend attirants. »

- Des rebondissements perpétuels
Fait surprenant dans cette campagne présidentielle, le président sortant, François Hollande, ne se représente pas pour un second quinquennat, une première dans l'histoire politique française. En parallèle, le ministre de l'Économie Emmanuel Macron quitte le gouvernement de Manuel Valls, fonde son propre parti en avril 2016 et annonce sa candidature en novembre de la même année. Côté LR, les deux candidats favoris ont été éclipsés lors des primaires par François Fillon qui a remporté haut la main les élections au sein du parti avec 66,5 %.
Par ailleurs, les déboires judiciaires n'en finissent plus de s'accumuler. Marine Le Pen est présumée avoir employé des collaborateurs avec des fonds européens. Protégée par son immunité parlementaire, elle refuse de se rendre devant les juges. « Le système cherche par tous les moyens à contrôler le résultat de cette élection. Le système ne supporte pas que le peuple puisse reprendre le pouvoir », dénonce-t-elle lors d'un meeting le 4 mars. La candidate du Front national profite également d'un taux de popularité record, se plaçant à la première place des intentions de vote pour le premier tour. En utilisant la théorie du complot, Mme Le Pen se place sur la même ligne que M. Fillon. Le Penelopegate ayant débuté fin janvier suite aux révélations du Canard enchaîné ne cesse de faire les gros titres. Les emplois fictifs présumés de la femme de M. Fillon et de ses enfants ont marqué un tournant dans la campagne de l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy. À deux mois de l'élection présidentielle, la droite se déchire. En chute libre dans les sondages, délaissé par une partie de son parti, M. Fillon a su rebondir hier, Les Républicains ayant réaffirmé leur soutien à leur candidat, fort de la manifestation qu'il a organisée dimanche place du Trocadéro et après l'annonce par Alain Juppé qu'il ne se présenterait pas à la place de M. Fillon.

 

(Lire aussi : Le gâchis français, l'édito d'Emilie SUEUR)

 

- Toujours pas de débat de fond
À 48 jours de l'élection présidentielle, aucune thématique n'est vraiment ressortie des débats. Dans une campagne monopolisée par les affaires judiciaires des candidats, les échanges sur le fond entre eux semblent être passés à la trappe avec leurs programmes. Longtemps stigmatisé comme n'ayant pas de programme clair, Emmanuel Macron a présenté enfin son projet la semaine dernière, pour être aussitôt rattrapé par les déboires du côté LR. Les autres candidats s'agacent ouvertement de cette situation. « Je ne parlerai plus de Fillon », souligne Benoît Hamon, excédé, face aux journalistes samedi dernier à Reims lors d'une réunion publique. Cette exaspération se fait également sentir du côté de Jean-Luc Mélenchon s'exprimant lors d'une intervention télévisée sur France 3 : « On a besoin de pouvoir avoir une campagne électorale. Nous sommes en train de passer 3-4-5 minutes à commenter une histoire dans laquelle je n'ai rien à voir ! » Deux dates pour les débats télévisés sont pourtant déjà fixées : le 20 mars pour TF1 et le 20 avril pour France 2. Pourtant, différents problèmes de forme sont posés ainsi que les critères de participation des candidats.


(Lire aussi :  En France, une élection présidentielle à l'issue très incertaine)

 

- Crises simultanées pour la droite et la gauche
Les primaires des deux partis ont mis en évidence des divisions profondes au sein de chaque groupe politique. Le triomphe de Benoît Hamon face à Manuel Valls au sein du Parti socialiste et la percée d'Emmanuel Macron ont presque vidé le PS de ses centristes, entraînant le parti toujours plus à gauche. Idem pour le parti LR qui a vu le noyau de ses militants et sympathisants se radicaliser, comme l'a si bien fait remarquer hier Alain Juppé, stigmatisant une partie du centre. Les deux grands partis traditionnels risquent ainsi l'implosion. Cette crise est-elle institutionnelle ou circonstancielle ? « Les deux ! » estime Thomas Guénolé, politologue et enseignant à Sciences Po Paris, auteur du Petit guide du mensonge en politique (Fayard, 2017). Selon le chercheur, les déboires judiciaires de M. Fillon et de Mme Le Pen ne sont que « conjoncturels ». « Mais en même temps, plus profondément, la radicalisation généralisée des Français chacun dans son couloir politique rend les attentes de plus en plus inconciliables, et donc le pays de plus en plus hystérique et ingouvernable. Du reste, en permettant à un seul bloc à grosso modo 30 % des voix de gouverner le pays contre les 70 % restants, grâce au mode de scrutin des législatives, les institutions françaises aggravent le problème », conclut-il.

 

 

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Soeur Yvette

Gachis Francais ????? la fille ainnee de l'EGLISE ???? triste...je suis triste...

M.V.

Ca ressemble aux "analyses" des politologues gauchocrate d'avant la débâcle d'Hillary Clinton ....

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