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Ces jeunes qui ont fait une croix sur la viande

Tendances

Noël, pour beaucoup, c'est aussi le foie gras, les chapons, les dindes farcies. Pas pour ces jeunes. Témoignages.

23/12/2016

« J'avais 10 ans lorsque j'ai vu, horrifiée, un mouton se faire égorger », se rappelle Jennifer Karam, jeune gestionnaire de 25 ans. Choquée par « l'écoulement du sang de la pauvre bête », la petite fille décide alors, les larmes aux yeux, de ne plus jamais manger de viande. Stéphanie Moumdjian, elle aussi, a été témoin, pendant son enfance, d'une scène semblable. « Un acte barbare » qui la pousse à vouloir boycotter la viande. Mais ses parents s'opposent à sa décision. Ce n'est qu'une fois majeure que la jeune étudiante en architecture a pu assumer son choix : bannir tous les produis d'origine animale de son alimentation et « condamner (en action aussi) cette horrible pratique ». Même son de cloche de la part de Michael Douglas, jeune mastérant en affaires internationales, « qui a réalisé l'année dernière que les conditions dans lesquelles les animaux sont transportés sont écœurantes et que la manière avec laquelle ils sont traités dans les abattoirs est révoltante ».
Le jeune homme de 22 ans assure que s'il continue à manger de la viande, il serait « en train de contribuer à ce massacre ». Yasmina al-Amm, jeune diplômée en droit de 26 ans, est devenue, elle, végétarienne il y a 5 ans, pour des raisons « philosophiques » qu'elle a découvertes dans l'ouvrage Faut-il manger des animaux ? de l'écrivain américain Jonathan Safran Foer. « Pourquoi l'homme aurait-il le droit d'abattre un être vivant qui lui ressemble afin de le manger ? » s'indigne-t-elle.

Jennifer, Michael et Yasmina sont végétariens, alors que Stéphanie, elle, est végétalienne, excluant tout produit d'origine animale de son alimentation. « Je refuse qu'un animal vive pour moi ou qu'il soit enfermé et traité d'une manière horrible juste pour assouvir mes besoins », assure l'architecte en devenir. Yasmina, par contre, estime que la consommation des produits qui dérivent des animaux comme le lait et les œufs renforce la relation naturelle qui existe entre l'homme et les animaux.

 

Entre refus et acceptation
« Au Liban, le végétarisme n'est pas très commun. Pour la plupart des gens, manger de la viande et du poulet est vital. Les végétariens sont alors la cible de beaucoup d'interrogations et de critiques », note Yasmina. Les témoignages de Stéphanie et de Jennifer illustrent bien ces propos. « Au début, à chaque fois que je me trouvais à table avec d'autres personnes, elles s'acharnaient à essayer de me convaincre de la nécessité de manger de la viande. Je leur demandais alors de respecter ma décision qui ne les affecte pas », raconte Stéphanie. La jeune fille poursuit : « Mes parents, qui avaient refusé mon choix au début, s'y sont adaptés par la suite.
Aujourd'hui, lorsque ma mère cuisine, elle réserve toujours une partie du plat sans viande pour moi et, parfois même, elle prépare des plats carrément végétaliens. » Les parents de Jennifer ont, eux aussi, essayé en vain de la convaincre de changer d'opinion. « Parfois ils ajoutaient discrètement de la viande à mes plats, mais je m'en rendais compte rapidement et refusais de les manger », confie-t-elle. Par contre, les parents de Michael ont rapidement soutenu le choix de leur fils, allant même jusqu'à limiter leur propre consommation de viande. « Ma mère a commencé à cuisiner sans viande. Elle m'a même appris des recettes de plats végétariens », précise le jeune banquier.

 

Une meilleure santé
Bien que les jeunes interviewés admettent n'avoir pas consulté de médecin ou de nutritionniste, ils confient avoir fait des recherches pour consolider leurs décisions. « L'être humain n'a pas besoin de viande pour son développement et sa croissance. Tous les nutriments sont présents dans les légumes, les graines et les produits laitiers. Arrêter de manger de la viande n'a donc aucun effet sur notre nutrition », précise Michael. Stéphanie, quant à elle, a découvert que « plusieurs sportifs et athlètes, pour améliorer leur endurance et leur force physique, ont banni la viande de leur alimentation ». La jeune fille de 21 ans indique se sentir moins fatiguée et plus énergique depuis qu'elle a changé son régime alimentaire. Yasmina, qui avait lu des articles assurant que la consommation de la viande rouge rend l'homme plus agressif, confie : « Arrêter la viande et le poulet a amélioré ma santé et m'a rendue plus calme. » Mais pour rassurer leurs parents et pour s'assurer que leur mode d'alimentation ne nuit pas à leur santé, les deux jeunes femmes font régulièrement des tests
sanguins.

Étant végétarienne depuis 15 ans, Jennifer a complètement oublié le goût de la viande. La jeune fille n'a donc jamais envie de redécouvrir cette saveur qui ne semble pas manquer à Michael non plus. Le jeune homme confie : « Les épices donnent du goût à n'importe quel plat. » Pour Stéphanie, oublier certains goûts et se familiariser avec d'autres est une question d'habitude. « Au début il est difficile de s'adapter mais, avec le temps, on vit avec et ça devient normal », explique-t-elle. Si les jeunes interviewés ont assuré à l'unanimité ne pas rencontrer de difficultés à manger dans les restaurants libanais puisque « la plupart d'entre eux offrent des plats qui leur conviennent ou les transforment, suite à leur demande, en plats végétariens », Stéphanie se plaint de la rareté des desserts végétaliens, « qui ne comportent pas d'œufs ou de beurre ». Pour essayer de remédier à cette situation, la jeune étudiante, avec d'autres membres du groupe Facebook Lebanese Vegeterians and Vegans, dont elle fait partie, envoient « au nom du groupe des courriers aux restaurants leur demandant d'adapter les menus » à leurs besoins.

Adopter le végétarisme ou le végétalisme commence avec un changement de son régime alimentaire, mais peut s'étendre à d'autres détails de son quotidien. Pour Michael, sa décision de devenir végétarien ne consiste pas uniquement à arrêter de manger de la viande, elle implique aussi « la condamnation de toutes les activités qui exploitent ou torturent les animaux, telles que les zoos ». Stéphanie va encore plus loin. La jeune femme, qui « ne porte plus ses sacs à base de cuir », refuse d'acheter les produits cosmétiques des sociétés qui font des tests sur des animaux.

« L'important, c'est d'équilibrer ses repas... »
Trois questions à la diététicienne Raya Nasrallah.

Peut-on vivre sans aucun aliment d'origine animale ?
Oui, sinon nous ne verrons pas des végétariens et des végétaliens en si bonne santé ! Mais il est indispensable d'éviter les carences. Pour cela, l'important est de connaître la vraie valeur nutritive des aliments d'origine végétale que l'on consomme. Il faut savoir où trouver les protéines et surtout les acides aminés essentiels au bon fonctionnement des cellules. Tant que l'on surveille son apport en calcium, en fer, en vitamine D, surtout pour les végétaliens, son apport en vitamine B12 et que l'on diversifie les légumes, verts de préférence, les fruits, les céréales complètes, les légumineuses, le bon gras, les noix, les arachides et les autres fruits secs, et qu'on rajoute des algues vertes, de la spiruline, et les grains de lin, de chia et autres, il n'y a aucune raison de craindre le régime végétarien ou végétalien. L'important, c'est d'équilibrer ses repas.

Quels sont les bienfaits d'une telle alimentation ?
Les études ont montré que les régimes végétariens et végétaliens sont bons pour la santé tant que l'on évite les carences nutritives. Ces régimes ont en effet une incidence positive sur les maladies cardio-vasculaires. Les risques d'hypertension, d'accidents vasculaires, d'infarctus sont réduits, ainsi que l'obésité, le diabète et d'autres maladies métaboliques. L'apport en vitamines, en antioxydants, et surtout les vertus anti-inflammatoires des fruits et légumes réduisent le taux de cancer. Bien sûr, tout cela, à condition d'éviter les pesticides.

Que doivent faire les jeunes végétariens/végétaliens pour éviter les carences ?
Il est indispensable, pour être végétarien et surtout végétalien, de connaître les valeurs nutritives des aliments dans leurs moindres détails ainsi que ses propres besoins nutritionnels. Quand le corps est en pleine croissance, surtout chez les jeunes, les carences peuvent subvenir très facilement. Il est indispensable de faire des bilans de santé de façon régulière et de consulter des spécialistes dans le domaine. Surtout, il faut équilibrer les repas et les en-cas afin de fournir au corps les acides aminés, le fer, les vitamines du groupe B, le zinc, le calcium, la vitamine D, et s'assurer que l'organisme est en train d'absorber et de métaboliser ces aliments nutritifs d'une façon optimale.

 

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