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Tribune

Hommage d’un « Antipode » à Michel Butor

Marie-Jo et Michel Butor, Paris, le 25 octobre 2010, par Maxime Godard.

Un de mes meilleurs amis, peut-être le meilleur, Michel Butor, nous a quittés. Je l'apprends au Liban, plus précisément à Deir el-Qamar, où Gérard de Nerval, son modèle, a passé une unique nuit dans ses épousailles avec l'Orient, et où il était venu aussi. À lui et au peintre surréaliste Jacques Hérold qui l'accompagnait dans son voyage, j'avais fait visiter les cèdres de la montagne du Barouk, et ils étaient repartis au matin du 13 avril 1975, au moment même où la guerre civile commençait ici. Depuis, nous avons pu, lors d'échappées, nous revoir chez Jacques Hérold ou chez lui. Le chemin surréel et magique qu'il a éclairé depuis pour moi est révélé dans mon livre Le Berceau du Monde, Orient-Opéra édité par Verticales. Autour des Cèdres, puis de la tour Saint-Jacques si chère à Breton, tout se renouait et rejoignait (à travers Nodier) Nerval.
On pensait Michel Butor seulement romancier, mais il a été plus loin que ses classiques La Modification ou L'Emploi du temps, et il aura en fin de compte bouleversé, grâce entre autres à la poésie et à l'écriture du rêve, les assises du roman. Peu en sont conscients, mais de plus en plus, cela sera mis à jour. Une ligne directe épousant la courbure de la planète part de ces textes devenus classiques, traverse Paris et Rome, les capitales impériales, et leurs modèles, Athènes et Jérusalem, pour atteindre les Antipodes, le Pacifique, l'Australie, pays et îles qu'il avait visités attentivement comme d'ailleurs le Brésil et qu'il désirait faire parler ; ce furent alors Boomerang, Transit, Gyroscope. Sa villa de Terra Amata à Nice s'appelait d'ailleurs Les Antipodes, mais il vivait depuis des années à Lucinges en Haute-Savoie À l'Écart où j'allais comme d'autres de ses amis régulièrement le voir. À notre dernière rencontre, il évoquait déjà l'usure de l'âge, alors qu'il était la jeunesse mentale même, et me disait qu'il était heureux d'avoir dépassé en âge à la fois Hugo et Goethe, des modèles pour lui, certainement. Mais qui n'a pas connu Michel ignore qu'il pouvait bien être une réplique vivante du Monsieur Teste de Paul Valéry, avec un bagage stupéfiant de connaissances en toutes choses infinies allant de la botanique à la géographie, à la peinture ou à la philosophie.
Son dernier poème, ou l'un des derniers, écrit en octobre 2015, m'était dédié et venait en hommage à un jeune sculpteur d'arbres, Axel Cassel, à propos de qui il avait écrit auparavant un petit texte, Malaria. Celui-ci ayant été foudroyé en l'espace de 15 jours par un cancer du pancréas, je réussis néanmoins le tour de force de faire écrire à Butor un hommage post-mortem à ce sculpteur. Il y racontait notre ancienne visite aux Cèdres du Liban et l'intitulait Bosquet de Cèdres. Comme le nom de la petite Julia Lamartine est resté gravé dans un cèdre, celui de Michel Butor demeurera gravé en moi, comme le plus beau des poèmes.


Un de mes meilleurs amis, peut-être le meilleur, Michel Butor, nous a quittés. Je l'apprends au Liban, plus précisément à Deir el-Qamar, où Gérard de Nerval, son modèle, a passé une unique nuit dans ses épousailles avec l'Orient, et où il était venu aussi. À lui et au peintre surréaliste Jacques Hérold qui l'accompagnait dans son voyage, j'avais fait visiter les cèdres de la...

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Cet article est aussi informatif que touchant! :)

Inconnue à cette adresse

13 h 38, le 27 août 2016

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  • Cet article est aussi informatif que touchant! :)

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    13 h 38, le 27 août 2016