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Festival de Baalbeck

Les lasers de Jean-Michel Jarre transpercent tous les obscurs

Le pionnier-recordman de la musique électronique a littéralement ensorcelé les spectateurs du temple de Bacchus. Un concert hautement symbolique en ces temps de noir et de barbarie.

Une orgie de lumières en plein Bacchus. Photo Fabienne Touma

À lui seul, cet homme est un pont spatio-temporel. Un trait d'union entre deux millénaires que, déjà, tout oppose.

Mi-Goldorak, robot superhéros des années 80 (celles de son absolue consécration) et sauveur de l'humanité contre les forces obscures de Vega, mi-Dumbledore, le mentor de Harry Potter et magicien le plus puissant des années 00 (celles de son retour fracassant, entouré de quelques-uns de ses disciples les plus prestigieux), Jean-Michel Jarre est un antidote hallucinant contre un modèle de pensée de plus en plus répandu, qui consiste à faire se battre en un duel morbide le passé et le présent.

À tous ceux qui beuglent que c'était mieux avant et que le progrès, l'ouverture aux autres et la mondialisation sont d'infinies plaies, il assène que oui, c'était très bien hier, mais que c'est tout aussi bien aujourd'hui. Et que ce sera tout aussi bien demain. Ses lumières et ses sons au cœur de l'ancestral (et continuellement en transparence) Bacchus, samedi, ont montré que cet ambassadeur de l'Unesco, qui a vendu 80 millions d'albums dans le monde, sait se battre contre les obscurantismes, l'enfermement et le refus de l'autre aussi bien avec ses notes, fées et sorcières à la fois, ses rayons, ses sabres et ses papillons lasers, qu'avec ses mots.

 

Vers le ciel
«Dans le site exceptionnel de Bacchus, nous allons faire du sur-mesure.» Cette promesse, au cœur de l'interview recueillie par L'Orient-Le Jour quelques jours avant son (déjà fameux) concert d'avant-hier samedi (lire notre édition du 26 juillet), Jean-Michel Jarre l'a tenue. Impérialement.

Entouré de ses deux acolytes, le Français Claude Samard et le Canadien Stéphane Gervais, à la tête d'une impressionnante armada composée de machines, d'écrans LED et de projecteurs lasers, le Lyonnais de 67 ans n'a pas failli à sa réputation : le spectacle, dans cet espace béni par le dieu de la vigne, du vin et de ses excès, de la folie et la démesure, ainsi que du théâtre et de la tragédie, était à la hauteur de l'engagement: unique.

Les spectateurs, d'abord fascinés par la scénographie spectaculaire et l'orgie de couleurs proposées par le trio pendant près d'une heure et demie – avec, en point d'orgue, un morceau joué par Jean-Michel Jarre sur un instrument virtuel composé de rayons lasers s'élevant vers le ciel, comme un tutoiement des étoiles –, se sont progressivement lâchés au fil du concert, dansant près des chaises, tous rangs pratiquement confondus. Comme transportés dans un espace sidéral, ensorcelés, sans vraiment contrôler leur enthousiasme : comment pouvait-il en être autrement pour ces passagers volontaires d'un voyage intergalactique, comme un 2001 Space Oddity du IIIe millénaire, enfermés et heureux dans d'imposantes courbes géométriques, follement harmonieuses, équations et algorithmes mathématiques purs...

Autre temps fort : le titre Exit, sur lequel le compositeur a collaboré avec l'ancien agent du renseignement américain réfugié en Russie, Edward Snowden, s'est aussi bien distingué par sa rythmique trance-psychédélique (courant full-on) que par la brève intervention du lanceur d'alerte dans un enregistrement vidéo diffusé pendant le morceau. Jean-Michel Jarre ne s'engage jamais à moitié...

Guerre culturelle
Et entre deux vieux morceaux et des extraits de ses deux derniers albums, Electronica 1: The Time Machine et Electronica 2: The Heart of Noise (en collaboration avec Vince Clarke, fondateur des Depeche Mode, de Yazoo et d'Erasure, Armin van Buuren, Jeff Mills, Pet Shop Boys, Sébastien Tellier ou encore Cindy Lauper), il y a eu... Oxygène. C'est là que tout a commencé, pour lui ; c'est là que tout commence, entre lui et les spectateurs, à chaque spectacle. Bien sûr, le concert de Baalbeck n'est pas le plus impressionnant de Jean-Michel Jarre: cet homme avait réussi à entasser 1 million de personnes place de la Concorde à Paris en 1979, 1,5 million à Houston en 1986, 2,5 millions à la Défense, toujours à Paris, en 1990, et 3,5 millions (!) à Moscou en 1997. Mais Baalbeck 2016 restera sans doute aucun le concert le plus important, le plus émouvant, le plus symbolique.

Dans un pays, le Liban, et une région, le Proche-Orient, privés depuis des années d'air et de lumière ; dans un pays et une région embourbés dans la barbarie et toutes les formes possibles et imaginables d'obscurantisme, avec une Europe de l'autre côté de la Méditerranée où les communautés commencent déjà à s'affronter, pleines de haine, le spectacle de Jean-Michel Jarre à Baalbeck a transcendé la résistance culturelle. C'était une guerre. Culturelle. À coups de molécules d'oxygène, de décibels extraterrestres et de missiles de couleurs. Avec, en bonus, des tonnes de cette denrée de plus en plus rare par ici, plus rare que les cinq Pokémons légendaires réunis : l'espoir.


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À lui seul, cet homme est un pont spatio-temporel. Un trait d'union entre deux millénaires que, déjà, tout oppose.


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commentaires (1)

Vous dites sous la photo de l'article de Jean Michel Jarre dans le journal papier: "une orgie de couleurs" alors que la photo est en noir et blanc. dommage ! vous auriez du, exceptionnellement pour la photo du spectacle de Jean Michel Jarre, imprimer la photo en couleurs. on aurait alors mieux apprecié cette "orgie".

Le Herisson

14 h 06, le 01 août 2016

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Commentaires (1)

  • Vous dites sous la photo de l'article de Jean Michel Jarre dans le journal papier: "une orgie de couleurs" alors que la photo est en noir et blanc. dommage ! vous auriez du, exceptionnellement pour la photo du spectacle de Jean Michel Jarre, imprimer la photo en couleurs. on aurait alors mieux apprecié cette "orgie".

    Le Herisson

    14 h 06, le 01 août 2016