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Culture - Spécial Mahmoud Darwich

Mahmoud Darwich, une poésie à plusieurs voix

Du 25 au 27 septembre, une trentaine de lieux, de Beyrouth à Paris, célèbrent le poète palestinien. Quelques jours plus tôt, à Guéret, Charif Majdalani avait fait dialoguer son œuvre avec celle de Paul Celan.

Mahmoud Darwich, une poésie à plusieurs voix

Mahmoud Darwich au palais de l’Unesco à Beyrouth, le 16 décembre 2003. Photo Ramzi Haidar/AFP

Le vendredi 25 septembre, le musée Sursock fera place à Mahmoud Darwich et aux poètes palestiniens qui écrivent après lui. Cette soirée beyrouthine s’inscrit dans le Poetry Day, un hommage qui réunit une trentaine de lieux à travers le monde. Elle s’ouvrira à 19 heures avec Mahmoud Darwich : et la terre, comme la langue. Réalisé par Simone Bitton et écrit avec Elias Sanbar, ce documentaire retrace le parcours du poète, de l’exil de son enfance à ces récitals où le public reprenait ses vers à l’unisson. Il cherche aussi à saisir cette ferveur : comment une poésie née de l’expérience palestinienne a pu devenir une parole familière à tant de lecteurs et d’auditeurs.

À 20h15, le film laissera place aux lectures. Dana Mikhaël, Tarek Yacoub, Antoine Gaspard et Raed Tayyan liront des textes de Darwich, mais aussi de Rifaat el-Areer, Najwan Darwich, Samar Abdel Jaber, Hind Jouda, Mosab Abo Toha, Neema Hassan et Karim Kattan. Jack Estephan les accompagnera au violon baryton électrique. La soirée est placée sous la direction artistique de Charif Majdalani et Rima Abdul Malak, directrice générale de L’Orient-Le Jour, qui prendra elle aussi part aux lectures. En réunissant de jeunes voix autour de Darwich, Majdalani souhaite « faire connaître la richesse de cette littérature aujourd’hui ».

Organisé par la Maison internationale des écrivains (Beyt el-Kottab), ce rendez-vous se tient en partenariat avec le Centre Pompidou, avec le soutien de L’Orient-Le Jour, de l’Institut français du Liban et du musée Sursock, sous le patronage du ministère de la Culture. L’entrée est libre, sans réservation, dans la limite des places disponibles.

Charif Majdalani, le cinéaste Quentin Bas-Laurent et Bertrand Badiou, spécialiste de Paul Celan, lors des Rencontres de Chaminadour, à Guéret. Quentin Bas-Laurent y a présenté un film sur les archives de Celan et de Mahmoud Darwich. Photo Isabelle Delatouche


À Guéret, Darwich et Celan

Quelques jours avant la soirée du musée Sursock, Charif Majdalani avait déjà invité à lire Darwich dans un autre cadre. L’écrivain libanais était chargé d’organiser la 21e édition des Rencontres de Chaminadour, consacrée cette année au poète palestinien et à Paul Celan. Du 17 au 19 septembre, à Guéret, dans la Creuse, écrivains, chercheurs, cinéastes, photographes et musiciens se sont retrouvés autour de leurs œuvres. Aux conférences se mêlaient des lectures, des images et des paroles plus personnelles.

Charif Majdalani raconte avoir d’abord hésité à accepter cette mission. Il s’y est ensuite engagé avec bonheur, heureux, dans une période de repli et de violence, de réunir des voix multiples autour d’un poète juif et d’un poète palestinien. Une partie des préparatifs s’est déroulée alors que Beyrouth était bombardée, y compris sa banlieue sud, qui commence à quelques rues de chez lui. Pendant deux mois, ses amis de Chaminadour ont pris de ses nouvelles presque chaque jour. Lui leur répondait aussi sur l’avancement du programme. Il avait songé à intituler ces courriels « Dernières nouvelles du front » – le front littéraire.

Le propos des rencontres, insiste Charif Majdalani, n’était pas de débattre des événements en Israël et en Palestine. Il s’agissait de regarder comment deux poètes, à partir d’histoires qui leur sont propres – la Shoah pour Celan, la Nakba pour Darwich –, écrivent la perte, l’exil et l’errance. Les échanges ont porté sur l’identité, sur la manière dont elle peut s’ouvrir à une expérience humaine plus vaste, et sur le rapport de chacun à sa langue. Pour Celan, cette question prend une forme particulièrement douloureuse : il continue d’écrire en allemand, langue de ceux qui ont persécuté sa famille. Charif Majdalani voulait montrer ce que la littérature peut encore nous aider à penser lorsque l’histoire semble rendre toute parole difficile.

L’écrivain libanais a ouvert les journées par une question : dans quelle langue parlent les poètes ? Karim Kattan s’est demandé comment une jeune génération palestinienne écoute encore Darwich ; Elias Sanbar a participé à une table ronde sur la traduction. Les textes des deux poètes ont été lus par François Marthouret.

Avec Yasmine Khlat, le chemin vers Celan passait par un souvenir du Liban. Dans Rosa… dans l’ombre de ta sœur, Edith Stein (Éditions du Carmel), la romancière revient à Faraya où, à douze ans, elle marchait seule au soleil couchant, au-dessus d’une « mer de nuages moutonneuse ». « Je pense souvent à cet endroit où est peut-être née en moi l’écriture », confie-t-elle. Plus d’un demi-siècle après cette promenade, tandis qu’elle écrit à Paris, c’est le « chant de Paul Celan » qui se lève pour elle dans le vent de cette montagne. Sa conférence, consacrée à Rosa Stein, morte à Auschwitz, faisait ainsi se rejoindre une mémoire intime, un paysage libanais et l’œuvre du poète juif.

La chercheuse Stéphanie Hage a, elle, proposé de regarder Darwich au-delà de la seule figure du poète de la résistance. Parce qu’il est palestinien, observe-t-elle, ses poèmes amoureux ou son attention à la beauté quotidienne sont souvent lus comme des allégories de la patrie perdue. Une telle lecture risque d’effacer ce qu’ils disent aussi du désir et du simple plaisir d’être au monde. Darwich revendiquait le droit de « lire la rose comme une rose », rappelle la chercheuse. Mais cette liberté n’annule pas la portée politique de la célébration : dans État de siège (Actes Sud), opposer la poésie et la beauté de la nature à la violence militaire, c’est encore résister. Chez lui, célébrer la vie peut être à la fois un geste libre et une manière de tenir pendant le siège.

Selon Charif Majdalani, le théâtre de Guéret est resté rempli tout au long des trois journées. Le public était venu de la Creuse, mais aussi de Bordeaux, Bergerac, Clermont-Ferrand, Saint-Nazaire et Paris. Entre les séances, les conversations se poursuivaient avec les écrivains et les chercheurs, près des tables de livres. Une façon, très concrète, de prolonger hors de la scène les questions que Celan et Darwich avaient fait surgir.


À Paris, une œuvre et ses héritages

Le Poetry Day s’ouvrira le 25 septembre à l’Institut du monde arabe, associé pour l’occasion au Centre Pompidou dans le cadre de la Saison Méditerranée. Une première table ronde reviendra sur l’itinéraire de Darwich et sur la circulation de ses poèmes hors de la Palestine et de la langue arabe. Elle réunira l’éditeur Farouk Mardam-Bey, l’anthropologue Hamza Esmili et la chercheuse Ève de Dampierre-Noiray. La soirée se poursuivra avec Nour Elassy, jeune poétesse originaire de Gaza, qui présentera son premier recueil, Ceci est ma maison (éd. Les Liens qui libèrent), lors d’une rencontre poétique et musicale.

Le samedi, la question sera celle de l’héritage : comment lire Darwich aujourd’hui, et qu’en font ceux qui écrivent ou composent après lui ? La poétesse et traductrice Batool Abu Akleen, le chanteur Walid Ben Selim et la chercheuse Émilie Picherot croiseront leurs regards lors d’une table ronde. À 20 heures, Walid Ben Selim présentera Murale, une lecture musicale du long poème publié en 2000 en arabe chez Dar al-Rayess (traduit par Elias Sanbar en 2003 chez Actes Sud). Accompagné par Agathe Di Piro au piano et Lina Belaïd au violoncelle, il en cherchera le souffle et le rythme dans sa langue originale, entre récital et oratorio.

Le dimanche fera place au cinéma avec deux documentaires : Write Down, I’m an Arab d’Ibtisam Mara’ana et Maya Weinberg, puis Mahmoud Darwich : et la terre, comme la langue, de Simone Bitton. À 17 heures, Marcel Khalifé dévoilera en avant-première son nouvel album, cinquante ans après Promesses de la tempête. Il y reprend notamment quatre chansons composées sur des poèmes de Darwich : Rita, Oummi, Passeport et Promesses de la tempête. La séance d’écoute sera précédée d’un échange avec le musicien sur le lien qui l’unit au poète.

Ailleurs, chaque lieu invente sa manière de le faire entendre. Au Mucem, à Marseille, Haidar al-Ghazali et Asmaa Azaizeh liront en arabe, avec un sous-titrage en français ; Rachid Koraïchi y proposera une conférence-performance. À Lille, dix artistes mêleront théâtre, danse, musique et vidéo dans Métaphore Palestine. À Montréal, lectures bilingues et musique se retrouveront autour de ses textes. À Tanger, une exposition consacrée à Ernest Pignon-Ernest côtoiera une projection, des lectures et une discussion sur la place de Darwich aujourd’hui.

À Guéret, deux œuvres s’étaient rencontrées autour de questions que l’histoire laisse ouvertes. À Beyrouth, Darwich prêtera la scène à ceux qui écrivent après lui. À Paris et ailleurs, ses poèmes passeront d’une voix, d’une langue et d’un art à l’autre.



Mahmoud Darwich Poetry Day, principalement du 25 au 27 septembre 2026. Certaines manifestations partenaires se tiennent à d’autres dates. À Paris, les rencontres, projections et séances d’écoute sont gratuites sur réservation ; le spectacle « Murale » est payant.




Le vendredi 25 septembre, le musée Sursock fera place à Mahmoud Darwich et aux poètes palestiniens qui écrivent après lui. Cette soirée beyrouthine s’inscrit dans le Poetry Day, un hommage qui réunit une trentaine de lieux à travers le monde. Elle s’ouvrira à 19 heures avec Mahmoud Darwich : et la terre, comme la langue. Réalisé par Simone Bitton et écrit avec Elias Sanbar, ce documentaire retrace le parcours du poète, de l’exil de son enfance à ces récitals où le public reprenait ses vers à l’unisson. Il cherche aussi à saisir cette ferveur : comment une poésie née de l’expérience palestinienne a pu devenir une parole familière à tant de lecteurs et d’auditeurs.À 20h15, le film laissera place aux lectures. Dana Mikhaël, Tarek Yacoub, Antoine Gaspard et Raed Tayyan liront des textes de Darwich, mais...
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