Des pneus en flammes dans le centre-ville de Beyrouth, lors d’un sit-in d’anciens militaires, le 9 septembre 2026. Photo Téa Ziadé/L'Orient-Le Jour
Sans qu’un mouvement de contestation d’ampleur ne se soit encore déclenché, la grogne sociale semble monter au Liban. Plusieurs secteurs ont annoncé ces derniers jours des grèves et des manifestations pour faire entendre leurs revendications, sur fond de forte hausse des prix des carburants ces dernières semaines.
Les fonctionnaires libanais observent ainsi mercredi et jeudi deux journées de grève et confirment la fermeture des administrations publiques tous les vendredis, afin de réclamer une hausse de leurs indemnités de transport. « Tous les employés des administrations officielles et des municipalités » sont appelés à participer à la grève. Des conducteurs de camionnettes ont, de leur côté, bloqué la route de Dahr el-Baïdar, qui relie Beyrouth à la Békaa, pour protester contre la hausse des prix des carburants.
Grève générale le 30 septembre
Parallèlement, suite à une réunion extraordinaire mercredi, des fédérations et syndicats des transports routiers au Liban consacrée à la question, Bassam Tleiss, le président des syndicats et associations du secteur des transports terrestres, a annoncé une grève générale, une mobilisation et un sit-in sur l’ensemble du territoire libanais, avec la participation de toutes les catégories du secteur du transport routier, mercredi prochain, le 30 septembre, rapporte l'Agence nationale d'information (ANI, officielle). Bassam Tleiss a également dénoncé « le retard du gouvernement dans l’application des décisions et des lois », notamment dans la mise en œuvre de ce qui avait été convenu en février dernier et décidé par le Conseil des ministres concernant le secteur des transports. M. Tleiss avait alors annulé une grève prévue fin février, à la suite d’un « accord » conclu avec le Premier ministre Nawaf Salam et le ministre des Transports Fayez Rassamny. Celui-ci prévoyait que le gouvernement prenne en charge, pour les chauffeurs du transport public légal, une hausse de 300 000 livres libanaises du prix de l’essence. De son côté, le patron de la Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL), Béchara Asmar, a regretté durant la réunion que « les choses ont atteint un niveau intolérable », estimant que « la souffrance des travailleurs et des gens conduira les choses vers des situations aux conséquences fâcheuses ».
Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, proche du Hezbollah, a quant à lui estimé dans un communiqué que le Liban « se dirige vers un suicide social, financier et souverain ». « Le pouvoir exécutif vit retranché derrière les murs du confort du pouvoir, des circuits de services politico-financiers, des voyages et dépenses de prestige, du clientélisme dans l’administration politique et des promesses faites au détriment de classes sociales à bout de souffle », a-t-il accusé. Il a regretté « l'inflation parmi les plus graves et une paralysie extrêmement dangereuse qui viennent aggraver les crises financières et les politiques monétaires », évoquant une « une situation historiquement critique ».
La hausse des prix des carburants, qui se répercute sur les prix des biens de consommation et de première nécessité, a lieu alors que les Libanais sont déjà épuisés par les guerres successives et la crise socio-économique. Le gouvernement, qui planche actuellement sur le projet de budget 2027 et a mis sur pied un « groupe de travail ministériel », tente de trouver des solutions, mais qui ne pourraient être que « limitées au niveau du budget », selon une source gouvernementale contactée cette semaine par L'Orient-Le Jour. Malgré les promesses des autorités, les syndicalistes persistent à tirer la sonnette d’alarme. Les 20 litres d’essence ont bondi à 32 dollars mardi, dans le sillage de la guerre régionale entre l’Iran et les États-Unis. Il y a quelques jours, le prix du paquet de pain a également augmenté, dans un contexte d’inflation à plus de 17 % en rythme annuel au Liban.
